Inceste
L'inceste désigne une relation sexuelle entre trop proches parents, et soumise à un interdit.
Toute la difficulté réside dans la définition de ce que sont des parents trop proches, et il y a de grande variations selon les sociétés et les époques, et même selon les circonstances (Cf. la Bible, qui montre que l’inceste, normalement interdit, devient un impératif pour sauvegarder une lignée vouée sans cela à l’extinction).
Le terme est souvent et abusivement associé à celui de pédophilie car parmi toutes les relations incestueuses, celles entre un parent et son enfant mineur sont les plus violemment condamnés - bien qu’un incestueux soit rarement pédophile et qu’un pédophile abuse rarement de ses propres enfants.
Enfin, le terme peut être employé de manière métaphorique en dehors du champs de la sexualité pour décrire la relation entre deux personnes ou entités très proches (par exemple deux entreprises).
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Législation
La loi française (Code civil art. 161, 162 et 163) considère qu’il y a inceste entre : là : ascendants ou descendants ou alliés dans la même ligne génétique, avec son père ou sa mère, son enfant, son frère ou sa sœur, son grand-père ou sa grand-mère, son fils ou sa fille, son petit-fils ou sa petite-fille.
Une décision récente (janvier 2004) interdit également l’adoption d’une enfant née d’un inceste par son père biologique, afin de ne pas reconnaître la parenté conjointe des incestueux.
Il est légal de se marier avec son cousin ou sa cousine, il n’y a donc pas d’inceste dans ce de cas.
Contrairement à certaines idées reçues, une relation sexuelle incestueuse est tout à fait légale pour la loi française. Cependant, pour une infraction sexuelle jugée devant un tribunal (viol, abus sexuel de mineur, etc.), la présence d’un caractère incestueux peut être considéré comme circonstance agravante.
Historique
Depuis l’Égypte pharaonique et encore récemment dans certains pays comme le Pérou pour la famille des Incas , il était fréquent, dans la noblesse, de se marier et d’avoir des enfants avec un membre, plus ou moins éloigné, de sa famille.
Ces mariage consanguins avait au moins différents sens plus ou moins liés
- une imitation de caractéristiques divines (Osiris, époux de sa sœur Isis)
- une manifestation de puissance (non asservissement aux règles ordinaires)
- une concentration de légitimité, assurant aux descendants un grand maximum d’ancètres royaux, tout en excluant les autres familles de ces caractéristique du lignage ; et par là une limitation des risques politiques
Cette tradition disparaît peu à peu : l’empereur actuel du Japon est le premier de sa dynastie à être marié à une femme ne faisant pas partie de sa famille.
Dans la Rome antique, la violation du serment de chasteté par les Vestales était taxé d'incestus et, considéré comme un crime inexpiable, puni par la mort de la coupable, condamnée à être enterrée vivante.
Au Moyen Âge la parenté spirituelle comptait aussi pour définir l’inceste : toute union parrain-filleule ou marrain-filleul était ainsi prohibée, mais aussi toute union entre un parent (père ou mère) et le parrain ou la marraine de l’un de ses enfants.
L’inceste n’est pas toujours symétrique par rapport au sexe (par exemple : prohibition des relations oncle-nièce sans prohibition des relation tante-neveu)
Les sociétés qui considère le père comme quantité négligeable (parfois faute de le connaître) peuvent néanmoins connaître l’inceste (prohibition des relation oncle-niéce, par exemple).
Anthropologie
Marque de puissance de la société ?
De nos jours, un des fondements de beaucoup de sociétés humaines est de proscrire l’inceste. Certains sont même plus catégoriques : une société naît lorsqu’elle définit les frontières de l’inceste. Disons qu’un tel interdit témoigne en tout cas de la puissance des structures sociales qui s’impose aux choix de l’individu.
Simple question d’habitudes ?
On ne sait pas avec certitude si cela résulte d’observations biologiques (l’Église catholique s’opposait aux mariages consanguins dès le Moyen Âge, bien avant la découverte de la génétique), ou simplement d’une habitude venant du fait que l’inusité (quel est le frère qui peut avoir envie d’épouser sa sœur, tant elle présente peu de mystère pour lui ?) prend en quelque générations dans une société coutumière le statut d'interdit - puisqu’on a là affaire à un comportement qui ne s’est jamais vu, à une chose qui ne se fait ordinairement pas.
L’argument génétique
L’inceste, avant d’être un facteur de dégénérescence, est un moyen de renforcer les gènes récessifs. Bien que la plupart des gènes récessifs soient nocifs (sans quoi ils fussent vite devenus dominants), certains ne le sont guère (mutations neutres). La réalité a certainement des explications tenant à la sociologie.
L’argument sociologique
Les ethnologues considèrent souvent que la prohibition de l’inceste est commune à tout ce qui n’est pas aristocratie dans les sociétés humaines (d’où l’exception des pharaons, l’endogamie des souverains d’Europe, l’existence de rallyes dans la très haute bourgeoisie, etc.).
Claude Lévi-Strauss y voit l’articulation entre nature et culture, le fondement social. Le message n’est pas selon lui « N’épouse pas ta sœur », mais bien plutôt : « Donne ta sœur à ton voisin » (ces propos seraient, s’ils était tenus aujourd’hui, politiquement incorrects).
L’exogamie serait selon lui à la base des échanges et des alliances entre groupes sociaux, leur permettant de s’affirmer en tant que tels. La prohibition de l’inceste serait alors le fondement de l’exogamie en interdisant l’endogamie (dont les limites varient fortement d’une société à l’autre) et le tabou de l’inceste serait alors une construction sociale destinée à défendre l’exogamie en tant que fondement de la société.
Cette approche a toutefois été vivement contestée par certains ethnologues (voir tabou de l'inceste).
Les couples incestueux unis dans le consentement mutuel entre adultes et non-mariés ne sont pas toujours prohibés par la loi (en France, le mariage avec un degré de parenté supérieur à celui de cousins germains demande une dispense), mais le sont parfois par les mœurs.
Malgré l’interdit qui l’accompagne et que Freud croyait universel, l’inceste reste un phénomène non marginal. Lorsqu’il concerne un enfant (mineur sexuel) et un adulte de la même famille, il s’effectue souvent dans un contexte d’abus sexuel, accompagné de secret et de culpabilité qui pèsent lourdement sur les victimes du tabou - ou plus simplement de la violence effectuée sous forme de pression.
Voir aussi l’article sur le tabou de l'inceste.
L’inceste dans les mythes
- la Bible laisse entendre implicitement, et parfois mentionne explicitement, des relations incestueuses dans les récits de la Genèse :
- la famille de noé qui devait repleupler le monde aprés le déluge en se mélangant
- les enfants d’Adam et Ève, sauf à supposer l’existence d’humains de souche non-adamique (ce que suggère en effet l’histoire de Caïn, marqué pour que « qui le rencontre ne le tue pas » (Genese 4 v.15-17) : comment ses frères et sœurs auraient-ils pu ne pas le reconnaître ?
- Lot avec ses deux filles (elles l’enivrèrent, après la mort de leur mère, pour perpétuer sa lignée). Le récit se trouve en Genèse 19 v.30-38 ;
- Amnon et sa demi-sœur Tamar, deux enfants du roi David en 2 Samuel 13
- dans la mythologie gréco-romaine, Zeus/Jupiter est marié avec sa sœur Héra/Junon. Parmi les mythes grecs celui d’Œdipe qui sans le savoir tue son père Laïos et épouse sa mère Jocaste. On remarquera que la ville mentionée est Thèbes et l’animal un sphynx, ce qui n’est pas sans rappeler le rôle de l’inceste en Égypte ancienne.
- dans la mythologie de l’Égypte antique, une grande partie des unions divines était incestueuses. Par exemple, dans la grande Ennéade d’Héliopolis, les couples Chou-Tefnout, Geb-Nout, Osiris-Isis et Seth-Nephtys sont tous des couples frère-sœur. Le mythe du frère-époux était très tenace.
Cas d’inceste historiques
- à Rome Clodius Pulcher fut accusé d’inceste avec sa sœur Clodia ;
- Jean V d'Armagnac épousa sa sœur Isabelle d’Armagnac ;
- on prête à Ramsès II d’avoir eu des enfants avec au moins deux de ses filles ;
- les Ptolémées étaient incestueux et se mariaient entre frères et sœurs.
Œuvres de fiction traitant de l’inceste
- Le film Festen, réalisé par Thomas Vinterberg, un proche du réalisateur Lars von Trier, montre comment l'inceste émerge dans une famille très convenable où le père de famille a largement abusé de sa fille et de son fils pendant de longues années ;
- Le Souffle au cœur, film de Louis Malle sorti en 1971 ;
- L'Hôtel New Hampshire de John Irving sorti en 1981 ;
- Visitor Q, film japonais de Takashi Miike sorti en 2001 ;
- Ou plus récemment, Innocents - the dreamers, de Bernardo Bertolucci, sorti en 2003.
Voir aussi
- Tabou de l'inceste
- Maltraitance
- Pédophilie
- Prévention de la pédophilie
- Complexe d'Œdipe
