Imperial war museum
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L'Imperial War Museum présente les conflits du XXème siècle. Il occupe un ancien hôpital psychiatrique dans la rue "Lambeth Road", sur la rive droite de la Tamise. Ce musée a été fondé pour commémorer les efforts et les sacrifices faits au cours de la première guerre mondiale. Lorsque la deuxième guerre mondiale a éclaté, sa mission s'en est trouvée élargie aux événements de cette gigantesque conflagration. Aujourd'hui, les termes de référence de ce musée englobent tous les conflits dans lesquels les forces armées britanniques et du Commonwealth ont été engagées, et son cadre temporel est illimité. Le sujet abordé par ce musée est, de par sa nature même, international : ses conservateurs fondateurs ont ramené des objets de la première guerre mondiale, venant d'aussi loin que la Mésopotamie et l'Egypte. Lors de la deuxième guerre, une quantité considérable d'armements allemands a été saisie. Des expositions successives y ont décrit les campagnes d'outre-mer ou les différentes étapes qui ont provoqué ce conflit d'envergure internationale. Ce musée a ouvert ses galeries pour la première fois en 1920 - ici à "Crystal Palace". Tout comme en France, pratiquement chaque famille du Royaume-Uni avait perdu un parent lors de la première guerre mondiale, et ce musée était alors un lieu du souvenir. Ce musée a emménagé dans son site actuel de la rue "Lambeth Road" en 1936. Trois ans après ce déménagement, la deuxième guerre a éclaté et la mission de ce musée a été très élargie. En gros, entre 1945 et la fin des années 60, le musée s'est essentiellement consacré à l'histoire des campagnes, en soulignant tout particulièrement la puissance et la polyvalence d'aéronefs et de tanks spécifiques, en mettant en valeur l'esprit d'invention des chercheurs en temps de guerre, et en présentant des dioramas montrant la planification et l'exécution d'opérations spéciales. Une grande partie de nos visiteurs de cette période avait vécu la deuxième guerre mondiale et y avait même combattu, et il existait donc une certaine curiosité de découvrir les armes mises au point par les nazis et celles qui ont permis à la Grande-Bretagne et à ses alliés de remporter la victoire. Vers le milieu des années 80, sous la direction du Dr Alan Borg, le musée s'est éloigné de l'histoire des campagnes militaires. L'expression "Une partie de votre histoire familiale" est devenue le slogan de ce musée et, bien que les combats sur différents fronts lors des deux guerres mondiales constituaient toujours le principal centre d'intérêt des expositions permanentes, des expositions temporaires s'y consacraient de plus en plus aux thèmes sociaux. Les visiteurs venaient, et viennent toujours, voir les expositions sur l'impact de l'austérité en temps de guerre sur la mode, ou sur la façon dont les gens faisaient la cuisine et mangeaient. Cette nostalgie de la deuxième guerre mondiale est, d'après moi, un trait typiquement britannique, qui est confirmé par le succès du feuilleton télévisé de la BBC intitulé "Dad's Army" ("l'armée de papa") et qui est une comédie dramatique dont les vedettes sont une section de "Home Guard" (sorte de milice intérieure). Mais, si ces expositions, qui présentent une vue plutôt rose de la deuxième guerre, sont visiblement populaires auprès du public, les sujets principaux de la victoire de deux guerres mondiales sont toujours à la base de l'exposition permanente. Qui plus est, il y a eu une évolution marquée dans les années 80 vers une approche plus internationale. Lorsque, en 1989, les deux expositions permanentes principales du musée furent modifiées de fond en comble, on s'est efforcé de faire en sorte qu'elles soient les plus complètes possibles dans l'espace accordé, en racontant l'histoire des deux guerres mondiales en retenant des thèmes très larges : le front occidental, la Turquie et le Moyen-Orient, la bataille d'Angleterre, la guerre en Europe, la guerre en Extrême-Orient, et ainsi de suite. Les événements spécifiques à la Grande-Bretagne comme, par exemple, la bataille d'Angleterre et le "Blitz", occupaient une partie plus importante que d'autres sujets comme, entre autres, l'Europe occupée ou le front de l'Est, car à ce moment là le musée n'avait que très peu d'objets ou documents à ce sujet. Mais cela a cependant permis de faire une transition importante. Je vais maintenant passer aux deux expositions que je voudrais décrire. Elles ont toutes deux été conçues et mises au point par mon équipe. L'exposition sur l'Holocauste a été la contribution de ce musée au nouveau millénaire. L'exposition qui lui a succédé intitulée Crimes contre l'humanité fait partie du même projet majeur de construction - elle a reçu le soutien du fonds de la loterie nationale britannique pour le patrimoine - et va ouvrir ses portes avant la fin de cette année. Tout d'abord, l'exposition sur l'Holocauste : il s'agit d'une exposition narrative, sur 1 200 mètres carrés, qui a pour but de présenter un exposé qui fait autorité sur les persécutions nazies. Il a fallu quatre ans pour la mettre au point et elle a ouvert ses portes au grand public en l'an 2000. Lorsque nous avons rédigé le rapport de mission de cette exposition, nous avons énormément réfléchi sur l'atmosphère qu'elle devrait avoir et sur les règles qui devaient en régir la création. Nous avions l'impression qu'elle ne devait pas se contenter de présenter quelque chose de prétendu ou de faire des reconstructions ; nous étions d'avis qu'elle devait avoir pour devoir principal de renseigner le visiteur sur ce qui c'était passé plutôt que de lui dire comment il devait se sentir, et c'est pour cela que nous avons décidé qu'un traitement simple et direct servirait au mieux ce sujet. Il y avait un certain scepticisme de certains côtés à propos de l'intégration d'une telle exposition au reste du musée. Certaines personnes - en particulier des universitaires et un certain nombre de nos supporters juifs - souhaitaient vivement que cette exposition ait une entrée séparée : en d'autres termes, que les visiteurs de l'exposition sur l'Holocauste ne devaient pas traverser le grand hall d'entrée, et son prélude déconcertant d'armes en masse. En bref, cette proposition a mis en évidence la tension entre un musée qui fête la victoire de l'état nation et une exposition dont le message central était qu'un nationalisme exacerbé avait été la cause directe d'un génocide. Le fait que ce sujet et ses nombreuses questions de moralité et facettes sujettes à controverse étaient traités par une institution financée par le gouvernement britannique, semblait inconfortable pour certains - serions-nous libres de présenter des commentaires objectifs sur le rôle de la Grande-Bretagne, ou allions-nous "blanchir" l'histoire de la lenteur des autorités de l'époque à réagir aux nouvelles des atrocités et aux appels au secours ? A l'intérieur du musée, il y avait également d'autres inquiétudes. Certains membres du personnel se demandaient si cette exposition ne serait pas trop poignante pour le grand public, ou même s'il s'y rendrait. Les personnes qui étaient venues en si grand nombre aux expositions sur la vie chez soi en Grande-Bretagne pendant la guerre seraient-elles attirées par une exposition consacrée à un génocide ? Cette exposition, bien évidemment, allait se consacrer à la vie de personnes bien loin de la Grande-Bretagne - en Allemagne, en Autriche et en Pologne. En d'autres termes, elle ne portait sur aucun sujet véritablement britannique. Le musée a reçu un certain nombre de lettres de personnes qui pensaient que ce projet allait forcer cette institution à s'écarter de son but originel. Cette exposition devait bien s'intégrer au reste du musée, tout en gardant sa propre identité. La période choisie et l'agencement mis en place ont permis "l'intégration" au reste du musée : il semblait parfaitement logique de commencer en 1918 et de terminer en 1945, d'effectuer une descente physique d'un étage à un autre, au début de la deuxième guerre mondiale, afin de renforcer la notion de "l'exposition sur l'Holocauste dans l'Imperial War Museum". Pour la première fois lors d'une exposition réalisée ici, l'histoire britannique a constitué un élément nettement secondaire d'une perspective européenne. Simultanément, nous étions conscients du fait qu'il était important de montrer comment les nouvelles du traitement des juifs par les nazis avaient été accueillies en Grande-Bretagne - un fil important de cette histoire. La solution était représentée par les quatre fenêtres intitulées "Les dernières nouvelles arrivent en Grande-Bretagne", pour ponctuer l'histoire et raconter ce qui se passait en Europe occupée, en montrant aux visiteurs comment les informations sur les atrocités sont arrivées à l'Ouest et comment ces nouvelles ont été accueillies. Enfin, il y avait un autre problème : remplir 1 200 mètre carrés d'exposition avec différents objets. Nous avons préparé la liste des objets que nous espérions pouvoir trouver : le jouet d'un enfant caché, un chariot funéraire, une machine à coudre dont on s'était servi dans un ghetto. Ce qui est surprenant, c'est qu'avec beaucoup de temps, de chance et de persévérance, nous ayons réussi à en trouver un grand nombre. Nous avons publié un appel dans notre bulletin qui a permis d'obtenir différents objets de survivants vivant dans notre pays. Et des visites à des musées d'outre-manche nous ont permis d'obtenir une longue liste de promesses de prêts et de dons, comme des chaussures de Majdanek, un chariot funéraire de Varsovie et un wagon de Belgique - ce qui donne à cette exposition une atmosphère vraiment internationale. Je pourrais encore parler très longuement sur la réalisation de cette exposition. Il me suffit de dire que, lorsqu'elle fut inaugurée par sa majesté la reine d'Angleterre en juin 2000, chaque grand quotidien national lui a consacré une pleine page, a publié des critiques très favorables et deux de ces journaux, "the Independent" et "the Times", lui ont consacré leur éditorial, en l'accueillant comme étant un centre éducatif important de la scène culturelle londonienne. L'exposition sur l'Holocauste a sans aucun doute rehaussé le profil du musée à l'étranger, et de nombreux professionnels de musées lui rendent visite. Ce sujet a une pertinence universelle et il est évident que nous attirons une audience plus internationale qu'auparavant. Venons-en maintenant à la deuxième exposition : au mois de décembre de cette année, nous allons ouvrir une exposition intitulée "Crimes contre l'humanité", sur un thème lié à l'Holocauste, mais d'une approche différente. Nous avions l'intention de créer un espace dans lequel nous pourrions explorer les thèmes très dérangeants que sont les génocides et les massacres d'ethnies. Nous avons décidé qu'une telle présentation serait encore plus efficace en faisant appel à un court-métrage au lieu d'une exposition traditionnelle. Des présentoirs contenant des objets risquaient, au mieux, de paraître spécieux et, au pire, voyeuristes. Nous nous sommes mis d'accord sur une production de 30 minutes qui devrait constituer l'élément central de cette exposition, mais, étant donné que cela donnerait inévitablement une couverture à grands traits de ce sujet et non pas une exposition véritablement détaillée, nous avons décidé de réaliser une série de petits films vidéos interactifs pour permettre aux visiteurs d'en savoir plus sur des exemples spécifiques de génocides. Après bien des discussions, nous avons engagé les services de la même équipe de cinéastes qui avait fait les petits films de l'exposition sur l'Holocauste, afin qu'elle se charge de la production sur les génocides. October Films a ainsi produit un film du genre art et essai. Une demi-douzaine de commentateurs, dont Michael Ignatief et Fergal Keane, écrivains de renom sur les conflits ethniques, nous font part de leurs pensées en ce qui concerne les raisons pour lesquelles le XXème siècle a vu tant d'exemples terribles de massacres en masse, sur les facteurs qui permettent aux génocides de se produire et pourquoi tous les efforts faits pour les arrêter ont échoué. Des images d'archives d'événements en Arménie, en Allemagne nazi, en Russie stalinienne, au Cambodge, en Bosnie et au Rouanda, sont accompagnées d'un commentaire en toile de fond des pensées de ces écrivains et de ces observateurs. Le résultat est un film de trente minutes, très poignant mais informatif, qui présente avec subtilité un certain nombre de raisonnements clés : le fait que les régimes génocides poussent fréquemment des visions utopiques, que les efforts d'élimination de peuples partagent des caractéristiques communes (étiquettes, séparation, déportation), que la communauté internationale s'est littéralement "lavée les mains" de certains conflits (Srebrenica, Rouanda) ou a soutenu en cachette des régimes meurtriers (Cambodge, Indonésie). Et ainsi de suite. Nous allons également examiner la notion de responsabilité internationale. Nous nous posons des questions sur l'indifférence, l'inaptitude ou l'impuissance de l'Ouest lors de crises. "Nous ne sommes pas souvent innocents du génocide d'autres peuples", affirme Michael Ignatieff à un certain moment. "Nous fournissons des armes. Nous prenons des décisions en matière de politique étrangère qui tendent à causer l'effondrement d'autres pays." Le correspondant de guerre de la BBC, Martin Bell espère, je cite : "que nous entrons dans une ère où nous allons être prêts à envisager des actes préventifs, permettant d'empêcher l'éclatement d'un conflit en procédant à une intervention active en faisant appel à une sorte d'armée multinationale." Traiter d'un sujet international, répétons-le, n'est pas neuf, mais le traiter en faisant appel à des éléments contemporains et en cherchant à trouver des réponses à quelques-uns des problèmes les plus pressants de notre époque, font, qu'à mon avis, cette dernière exposition est à la fois plus courageuse et constitue un plus grand défi que tout ce que nous avons fait par le passé. Cela signifie-t-il donc que ce musée va faire preuve à l'avenir d'une dimension internationale plus prononcée ? Je pense que cela pourrait très bien être le cas. Les goûts du public, tels qu'ils sont perçus ou tels qu'ils sont testés par des méthodes commerciales, vont encourager les membres du conseil d'administration de ce musée à adopter de nouvelles tendances et à les mouler pour les adapter aux activités existantes de cette institution. Ces dix dernières années, il y a eu une révolution au niveau des perspectives des gens sur le monde, grâce à la télévision par satellite, au réseau Internet et aux voyages bon marché à l'étranger, qui ont élargi dans des proportions considérables l'expérience de tout un chacun sur les autres pays. Aujourd'hui, il n'est pas rare de rencontrer quelqu'un qui a visité l'ancien camp de concentration d'Auschwitz et la ligne ferroviaire Burma Siam en Thaïlande, alors qu'il y a une vingtaine d'années, ces deux destinations étaient peu fréquentées, alors qu'aujourd'hui elles sont beaucoup plus accessibles. Au niveau de l'histoire populaire, on s'intéresse de plus en plus aux expériences des peuples non-britanniques lors de la deuxième guerre mondiale, comme le démontrent par exemple les ventes considérables de deux livres récents d'Anthony Beevor - Stalingrad et Berlin : la chute, 1945. Les professionnels des musées sont plus au courant de la situation internationale qu'ils ne l'étaient, les e-mail ont révolutionné la vitesse et l'aisance avec laquelle on fait des affaires, et offrent donc des perspectives de coopération nettement plus élargies pour les années à venir. La population multi-ethnique en pleine croissance de Londres, qui plus est, et la réputation qu'elle a en matière de diversité, font que les visiteurs de son musée national des conflits au XXème siècle devraient avoir un angle international plus marqué. Il se peut très bien que les deux expositions que j'ai décrites aujourd'hui constituent une plaque tournante.
