Histoire de la Turquie

Sommaire

Démembrement et Résurgence (1918-1923)

Les accord Sykes-Picot (1916-1917) s'avèrent inapplicables en 1919. C'est finalement le traité de Sèvres (10 août 1920) qui est signé : la Turquie est partagée en « mandats », démantelée, sanctionnée. Elle ne conserve qu'Istanbul en Europe, est amputée en Asie de ces provinces arabes et arméniennes.

Mustafa Kemal, fort du prestige qu'il avait acquis lors de sa victoire pendant la Bataille des Dardanelles, organise la résistance face à la domination occidentale, dans l'est du pays. Des débuts de tractations avec les bolcheviks alarment Français et Britanniques, qui acceptent alors les revendications de Kemal et abandonnent ainsi leurs protégés : Arméniens du Caucase et de Cilicie, Grecs d'Asie Mineure et du Pont. Le futur Atatürk se glorifiera de cette « guerre de libération nationale ». Le sultanat est aboli le 1er novembre 1922. Le traité de Lausanne est signé le 24 juillet 1923 : le traité de Sèvres est annulé, un État-Nation turc est créé. La population grecque est déplacée, échangée contre des habitants des Balkans. Le 29 octobre 1923, la République de Turquie est proclamée, avec pour président Mustafa Kemal.

La Révolution Kémaliste (1923-1938)

Mustafa Kemal avait appartenu au mouvement des Jeunes Turcs. Il était partisan d'un nationalisme restrictif (modèle de la Petite Turquie) et anticlérical. Son modèle de référence restait ancré dans la France des Lumières. Il avait l'ambition de modeler une civilisation turque moderne, souhaitant pour cela la « Révolution à toute vapeur ». Ses méthodes restaient fondées sur le volontarisme et le populisme : « malgré le peuple, pour le peuple »; une société unie/unique, sans lutte des classes, mais turque avant tout (il se méfiait des minorités depuis le Traité de Sèvres).

L'armée reste un pilier de la nation ; l'école laïque, gratuite et obligatoire (le fameux modèle de Jules Ferry...) est instaurée, une forte action culturelle est entreprise avec les « maisons du peuple » (la Turquie restera un « État papa » jusque dans les années 1980). Une nouvelle capitale, Ankara, est choisie, au détriment d'Istanbul, la capitale historique et impériale. La langue est totalement remaniée, le but étant de « turquiser » la langue ottomane. L'alphabet latin est adopté en 1928. L'histoire turque est réecrite afin de donner des racines à cette nation, à l'instar des États occidentaux au XIXème siècle. Le problème est pour eux de localiser la mère patrie, puisque l'on trouve des turcs de la Grèce à l'Afghanistan. Ils y sont aidés par de nombreux conseillers étrangers.

En politique étrangère, l'Atatürk tient fermement au principe de neutralité. À part un contentieux difficilement réglé avec la Grèce en 1933, et l'affaire du Sandjak, restitué par la Syrie en 1939, la Turquie se garde d'intervenir dans les conflits régionaux.

Dès la Révolution de 1908, les femmes émergent sur la scène politique. En 1919, suite à de grandes manifestations, des mesures sont prises visant à faire évoluer le statut de la femme : égalité avec les hommes reconnue dans le code civil, mariage civil obligatoire, interdiction de la polygamie, de la répudiation, du voile, scolarisation des filles, embauche de femmes dans l'administration... En 1930, elles votent et sont éligibles aux élections locales et en 1934 aux élections nationales (1946 en France...).

La Turquie kémaliste se veut résolument laïque. Le califat est abandonné le 3 mars 1924. C'est alors largement perçu comme un sacrilège. En 1937, la laïcité est inscrite parmi les principes fondamentaux, assortie d'une loi de contrôle (création de la Direction des affaires religieuses). La légalité civile remplace le code religieux, le Calendrier grégorien est adopté. Mais c'est plus qu'une laïcité, car elle est dynamique et autoritaire. L'anticléricalisme est prononcé, mais le spiritualisme musulman n'est pas pour autant abandonné. Ce mouvement laïc sera surtout efficace dans les grandes villes de l'ouest du pays.

Des visées soviétiques à l'adhésion à l'OTAN (1941-1952)

Restée sur la leçon de la Première Guerre mondiale, la Turquie choisi la neutralité lors du deuxième grand conflit du XXe siècle. Elle signe un traité de non agression avec l'Allemagne en 1941, mais lui déclarera la guerre en février 1945, condition posée pour participer à la conférence de San Fransisco marquant la naissance de l'ONU.

La Convention de Montreux confie à la Turquie la responsabilité des détroits de la mer Noire, convoités par Staline (pour deux raisons : l'une historique, Constantinople était la capitale de la chrétienté orthodoxe, religion majoritaire dans une Russie qui n'a jamais accepté la prise de la ville par les Turcs ; et l'autre géostratégique, probablement la plus importante : les Russes ont toujours voulu un accès à la Méditerranée pour leur flotte de la mer Noire).

Face à cet accord international, Staline revendique des territoires à l'ouest de la Turquie. Les États-Unis soutiennent alors la Turquie, définitivement perdue pour le Bloc de l'est.

En effet, la Turquie intègre l'OTAN en 1947, signe des accords de coopération militaire et économique avec les États-Unis en 1947-1948, bénéficie du plan Marshall et entre au Conseil de l'Europe. Elle abrite encore aujourd'hui des bases américaines, et a maintenu avec ce pays une alliance étroite jusque début 2003...

Le post-kemalisme : entre démocratie, armée et retour à l'islam (1945-2000)

À partir de 1945, la Turquie connaît une réforme électorale allant vers plus de démocratisation. En effet, en autorisant la mise en place de nouveaux partis, elle permet l'apparition d'une opposition légale.

Cela se traduit dès mai 1950 par l'arrivée au pouvoir du Parti démocrate, avec 53% des voix. C'est la première alternance politique depuis 1923.

L'économie se libéralise, grâce à une forte aide américaine, et le laïcisme kemaliste est remis en cause (rétablissement de l'appel à la prière, manuels coraniques en arabe, retour à l'éducation religieuse dans les écoles publiques, assouplissement des normes vestimentaires...).

Cependant, opposés au Parti démocrate, les militaires considèrent qu'il y a une dérive politique. Le 27 mai 1960, le général Gürsel renverse le gouvernement au nom de l'armée et installe un gouvernement provisoire. C'est le début d'une embellie démocratique, et l'intervention des militaires est paradoxalement qualifiée de coup d'État progressiste.

La situation politique se dégrade au cours des années 70. L'extrême-gauche et l'extrême-droite se radicalisent, la guerre civile au Liban commencée en 1975 provoque l'arrivée de nombreux réfugiés libanais en Turquie. Le 12 septembre 1980, la Turquie connaît un nouveau coup d'État militaire suivi d'une forte répression. Tous les partis sont dissous, les militaires prennent la tête des nouvelles organisations. Ils se donnent un rôle important dans la Constitution, et mettent en place un Conseil National de sécurité pour préparer le retour des civils au pouvoir.

Celui-ci est mis en place par Turgut Özal, premier ministre en 1984, président en 1989, qui tente de concilier la nature démocratique du régime, les principes fondateurs de la République et l'islam. Il tente également de donner une réponse culturelle à la question kurde.

Depuis le début du XXIe siècle, le pouvoir est entre les mains du parti APK. C'est un parti « islamiste modéré », il se réclame de la démocratie musulmane comme d'autres se disent de démocratie chrétienne. Les militaires disparaissent petit à petit des institutions gouvernementales où leur place était prépondérante.

Le 1er janvier 2005, la Nouvelle livre turque est adoptée : une NLT vaut 1 million d'anciennes livres turques. Cette réforme monétaire est lancée, après des décennies d'inflation galopante et plusieurs dévaluations, grâce à un relatif assainissement du budget de l'État (qui s'exprimait en quadrillions). Elle permet aussi d'éviter nombres d'erreurs de comptes.

L'Union européenne et la Turquie

La Turquie est candidate à l'entrée dans l'Union européenne depuis 1999. Dix-sept ans après sa première demande, le Conseil de l'Europe a approuvé en décembre 2004 l'ouverture de négociations avec la Turquie, qui débuteront le 3 octobre 2005. L'avenir proche de la Turquie tout comme de l'Europe se joue dans cette adhésion très polémique.

See also: Histoire de la Turquie, 1916, 1917, 1919, 1920, 1922, 1923, 1924, 1928