Histoire de la langue française
Histoire de la langue française
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Origines
On estime généralement que les Serments de Strasbourg de 842 sont le premier texte écrit en protofrançais (ou romana lingua ou encore roman). La première mention de l'existence d'une langue romane ne date que de 813, lors du synode de Tours. Il faut attendre entre 880 et 881 pour le premier texte littéraire, la Séquence de sainte Eulalie, encore qu'on puisse considérer que la langue de ce texte est plus du picard que du français lui-même. C'est en 1539 que l'ordonnance de Villers-Cotterêts impose le français comme langue du droit et de l'administration.
On peut définir à peu près cinq états de la langue, qui est bien sûr passée progressivement de l'un à l'autre ; dans les exemples ci-dessous, l'orthographe est celle des éditeurs et non celle des auteurs. Il ne faut pas oublier que jusqu'au XIXe siècle, l'orthographe normée du français, qui s'établit lentement à partir du XVIe siècle, reste très variable. D'autres découpages sont possibles et ne sont, bien sûr, que des moyens de situer un texte par rapport à l'état de la langue.
Chronologie par l'orthographe
La manière de classer les états de la langue qui suit ne s'appuie pas seulement sur sa grammaire mais aussi sur son orthographe :
- roman :
- IXe s., Serments de Strasbourg (843) :
- Pro deo amur et pro christian poblo et nostro commun salvament, d’ist di in avant, in quant deus savir et podir me dunat, si salvarai eo cist meon fradre Karlo et in aiudha et in cadhuna cosa, si cum om per dreit son fradra salvar dist, in o quid il mi altresi fazet, et ab Ludher nul plaid nunquam prindrai, qui meon vol cist meon fradre Karle in damno sit,
- IXe s., Serments de Strasbourg (843) :
- ancien français (Xe-XIIIe s.) :
- Xe s., Vie de Saint Léger (vers 980) :
- Domine Deu devemps lauder / Et a sos sancz honor porter. / In su’amor cantomps dels sanz / Quœ por lui augrent granz aanz,
- XIIe s., Chanson de Roland (vers 1170) :
- Seignurs baruns, a Carlemagnes irez ; / Il est al siege a Cordres la citet. / Branches d’olives en voz mains porterez, / Ço senefiet pais e humilitet,
- XIIe s., Alexandre de Bernay, Roman d'Alexandre (vers 1185) :
- Li mengiers est tous pres, que li quieu l’ont hasté, /Puis sont li siege fait et li tapit geté. / Li chevalier s’assieent qant il orent lavé / Et on lor a le vin en hanas aporté,
- XIIe-XIIIe s., Jehan Bodel, Brunain la vache au prestre (fabliau ; entre 1165 et 1210) :
- Nus hom mouteploier ne puet / Sanz grant eür, c’est or del mains. / Par grant eür ot li vilains / Deus vaches, et li prestres nule. / Tels cuide avancier qui recule,
- Xe s., Vie de Saint Léger (vers 980) :
- moyen français (XIVe-XVe/XVIe s.) :
- XIVe s., les Enseignemenz (livre de recettes, entre 1304 et 1314) :
- Por blanc mengier — Se vos volez fere blanc mengier, prenez les eles e les piez de gelines e metez cuire en eve, e prenez un poi de ris e le destrempez de cele eve, puis le fetes cuire a petit feu, e puis charpez la char bien menu eschevelee e la metez cuire ovec un poi de chucre,
- XVe s., François Villon, le Lais ou le Petit Testament (vers 1456) :
- Le regart de celle m’a prins / Qui m’a esté felonne et dure ; / Sans ce qu’en riens j’aye mesprins, / Veult et ordonne que j’endure / La mort, et que plus je ne dure,
- XIVe s., les Enseignemenz (livre de recettes, entre 1304 et 1314) :
- français classique (XVI-XVIIe/XVIIIe s.) ;
- XVIe s. Louise Labé, Sonnets (entre 1545 et 1555) :
- Je vis, je meurs : je me brule et me noye. / J’ay chaut estreme en endurant froidure : / La vie m’est et trop molle et trop dure. / J’ay grans ennuis entremeslez de joye,
- Note : la langue du XVIe siècle est à une période charnière. La considérer comme du français classique peut sembler contestable. Rappelons qu'un tel découpage est forcément arbitraire.
- XVIIe s., Charles Perrault, Peau d’Âne (1694) :
- Il était une fois un Roi, / Le plus grand qui fût sur la Terre, / Aimable en Paix, terrible en Guerre, / Seul enfin comparable à soi : / Ses voisins le craignaient, ses États étaient calmes.
- XVIe s. Louise Labé, Sonnets (entre 1545 et 1555) :
- français moderne (à partir du XVIIIe s.).
Diffusion du français au XVIIIe siècle
- A la veille de la Révolution on estime qu'un quart seulement de la population française parle français. En revanche, le français est couramment pratiqué dans toutes les cours européennes. En 1685, Pierre Bayle peut ainsi écrire que le français était « le point de communication de tous les peuples de l'Europe ». Le français n'est pas seulement la langue de la diplomatie, comme on en fait souvent la remarque, c'est également un puissant vecteur dans les domaines de l'art, des sciences et des techniques. On lit Rabelais dans le texte en français de Moscou à Lisbonne, et cette période perdure jusqu'à l'émergence d'un concurrent aux dents très longues, l'anglais.
- La cour anglaise pratiqua longtemps le français en mémoire des fondateurs de la couronne moderne. La guerre de cent ans mis un terme à cet usage (1362), mais aujourd'hui encore, toutes les devises royales anglaises sont en français ; honni soit qui mal y pense au premier chef, Dieu et mon droit, moins souvent cité, également. L'anglais garde toutefois une forte empreinte de français et les dernières études menées sur ce thème évaluent à environ 29 % la part du français dans l'anglais moderne.
Le français s'est toujours écrit au moyen de l'alphabet latin, enrichi depuis le XVIe siècle par des diacritiques dont l'écriture et l'utilisation ne seront réglées qu'à partir du XVIIIe siècle. Pour plus de détails, on peut consulter Diacritiques utilisés en français.
Voir aussi
- synode de Tours
- Serments de Strasbourg
- Séquence de sainte Eulalie
- Édit de Villers-Cotterêts
- français langue étrangère
