Histoire de la Bretagne
Chronologie
Préhistoire
- Ère paléolithique, jusqu'en 5000 av. J.-C. : Population clairsemée chassant le mammouth, l'ours, le tigre et le cerf.
- Ère mésolithique, 5000 av. J.-C.-3500 av. J.-C. : L'homme dit de « Treviec » habite la cote sud et vit de coquillages et de pêche.
- Ère néolithique, 3500 av. J.-C.-1500 av. J.-C. : Un nouveau peuple venu de la Méditerranée et ayant sans doute passé par la Péninsule ibérique s'installe ; il introduit une nouvelle religion, des usages funéraires nouveaux. C'est la civilisation des mégalithes, elle couvre l'Armorique de monuments pendant 2000 ans.
- Vers -3000 : construction du tumulus de Saint-Michel à Carnac.
- Vers -2000 : construction du tumulus de Kermene en Guidel (statue de Déesse-Mère).
Antiquité
À l'époque gauloise, l'actuelle Bretagne faisait partie de la Gaule Armorique, du latin Aremoricae signifiant « qui fait face à la mer ». Elle était habité par les Osismes à l'Ouest, les Vénètes autour du golfe du Morbihan, les Coriosolites près de Corseul, les Redones près de Rennes et les Namnètes près de Nantes. Ils appartenaient au groupe des Gaulois dit armoricains.
En -56, les navires de Jules César détruisent la flotte vénète au cours de la bataille du Morbihan. Le parlement fut passé par les armes et les femmes et les enfants vendus comme esclaves.
Toutes les cités armoricaines furent classées dans la catégorie des colonies stipendiaires.
Les migrations vers l'Armorique, future Bretagne
À l'appel des Romains, des contingents bretons (foederati) viennent de l'île de Bretagne, actuelle Grande Bretagne, en Armorique afin de la défendre contre les pirates (germains, ...) qui sévissent en Manche et mater les révoltes des indigènes (bagaudes).
Lorsque les dernières légions romaines quittent l'île de Bretagne en 411, ils confient la défense de l'île aux Bretons. Rapidement, les raids des Pictes depuis la Calédonie (actuelle Écosse, au-delà du mur d'Antonin) et des Irlandais (depuis l'Hibérie) se multiplient contre le Pays de Galles, en même temps que s'installent à l'est de l'île des peuplades germaniques, et notamment les Angles et les Saxons qui repoussent les Bretons à l'ouest, créant une surpopulation.
Alors des communautés entières de Bretons (cité-clan) émigrent en Armorique depuis les régions de l'ouest (surtout depuis le Devon et la Cornouailles) sous la conduite de leur chefs religieux et laïcs. Ces émigrants apportent avec eux leur culture, leur organisation et probablement leur langue, bien qu'il soit difficile de dire si le breton de l'époque était compréhensible par les Gaulois armoricains. Il est également difficile de quantifier la population armoricaine au moment des émigrations.
De nombreux lieux seront nommés du nom des chefs de ces clans (plou-, tre-, lan-, ...)
Les sept saints fondateurs de la Bretagne (saint Pol Aurélien (évêque de Léon), saint Corentin(évêque de Cornouaille), saint Patern (évêque de Vannes), saint Samson (évêque de Dol), saint Brieuc (évêque de Saint-Brieuc), saint Malo, évêque d'Alet, évêché transféré à Saint-Malo) et saint Tugdual, appelé aussi Tudy, Tutuarn et Pabu (évêque de Tréguier), sont probablement la version christianisée de ces chefs de clan investis de pouvoirs religieux.
Les sept évêchés traditionnels bretons étaient réputés avoir été fondés par eux. Celui de Dol n'avait pas de continuité territoriale : il était composé d'une vingtaine de paroisses autour de Dol et de nombreuses autres enclavées dans les autres évêchés, ainsi qu'en Normandie jusqu'à l'embouchure de la Seine (voir article sur saint Samson).
L'Armorique devient alors la Bretagne (dénommée Mineure à l'époque, ou Petite Bretagne). (Note : la Bretagne continentale est appelée en gallois Llydaw, la terre en longueur)
Il semble que vers l'an 600 l'émigration soit achevée.
L'évolution de la situation en Grande-Bretagne
Aprés le départ des Romains, les Romano-Bretons mènent une lutte militaire contre les Saxons sous la direction de « seigneurs de guerre » issus de l'aristocratie romanisée. Le seul dont l'histoire garde le nom est Ambrosius Aurelianus (cf. Sidoine Appolinaire) (le « Riothamus » de Grégoire de Tours ?) qui combattit également sur le continent contre les Francs et les Wisigoths notamment. Il était allié au Magister Militum Aegidus (le père de Syagrius).
Ces évènements donneront naissance aux mythes de Cadwaladr et Emrys chez les Gallois et à la saga d'Arthur chez les Bretons.
Au Sud, peu à peu les Angles, les Saxons, les Jutes, les Frisons et les Francs s'établissent en nombre.
À partir de la bataille de Deorham (577?), l'équilibre est rompu et leurs royaumes s'étendent peu à peu vers l'est, isolant les Bretons du sud-ouest de ceux du nord (Strathclyde, ...), puis les Gallois des Cornouaillais.
Au nord, la fusion des Pictes, du royaume irlandais de Dal Riada et des peuples britonniques du nord donna naissance à l'Écosse.
Au sud, les royaumes anglo-saxons commenceront à s'unir, l'union étant parachevée durant l'occupation danoise puis normande.
Des principautés au duché: Bretons et carolingiens
- 753 : Raid de Pépin le Bref.
- 786 : Raid de Charlemagne, mené par le sénéchal Audulf.
- 798-799 : Première conquête de la Bretagne par le comte Gui au nom de Charlemagne.
- 801 et 811 : Soulèvements. Nouveaux raids de Charlemagne.
- 818, 824 et 837 : Soulèvements et expéditions de Louis le Pieux
- 845 : Bataille de Ballon. Nominoë vainc Charles le Chauve et y obtient en 846 l'indépendance de la Bretagne.
- 851 : Mort de Nominoë et traité d'Angers. La Bretagne devient maîtresse des comtés de Rennes et de Nantes ainsi que du pays de Retz. Erispoë, son fils, devient roi des Bretons.
- 856 : Traité de Louviers.
- 857 : Erispoë est assassiné par son cousin, Salomon, qui hérite de la couronne.
- 863 : Traité d'Entrammes. La Bretagne acquiert le Maine et une partie de l'Anjou.
- 868 : Traité de Compiègne. Extension maximale de la Bretagne, en incluant le Cotentin et l'Avranchin.
- 874 : Salomon est assassiné.
- 888 : Alain Ier dit le Grand est couronné roi.
- 907 : Mort d'Alain Ier dit le Grand.
Après 907, les querelles des grands seigneurs affaiblissent la Bretagne. Au détriment des deux fils (Rudalt et Derien) et deux gendres d'Alain le Grand, Gurmaëlon, comte de Cornouaille se fait reconnaître roi. En réalité, les conflits entre seigneurs provoquent insécurité et anarchie. Les raids vikings reprirent, menés par les chefs Ohtor, Hroald et surtout Ragenhold. Des groupes s'installèrent en différents lieux d'implantation (notamment dans la région de Nantes). À partir de 919 la plupart des communautés religieuses fuirent en Angleterre ou en France, bientôt imités par la noblesse et les notables. De cet exode date la vénération des reliques de saints emportés par les moines dans les lieux de leur exil : celles de saint Corentin à Marmoutiers, de saint Guénaël à Courcouronne, de saint Samson à Saint-Symphorien d'Orléans et de saint Magloire à Paris.
En 936, Alain dit Barbe-Torte, fils du comte de Poher et petit-fils du roi Alain Ier dit le Grand, revenu d'Angleterre à l'appel de l'abbé Jean de Landevennec, rassemble les Bretons. Les Normands sont battus à Nantes en 937, puis à Trans le 1er août 939, date qui devint la fête nationale.
Une dispute ne tarda pas à naître entre la dynastie fondée par Alain Barbetorte, duc et comte de Cornouaille, et celle de Juhel Berenger comte de Rennes. Par alliances les Thibaldiens, comtes de Chartre et de Blois, contrôlèrent le comté de Rennes, les comtes d'Anjou le comté de Nantes.
En 987, le comte de Rennes Conan Ier triomphe des Bretons de Nantes et prend le contrôle de la Bretagne, sous la suzeraineté (nominale) des Capétiens.
Moyen Âge médian
En 1066, Guillaume le Conquérant envahit et conquiert l'Angleterre. Il est accompagné de nombreux Bretons.
En 1076, il fait le siège de Dol. Le roi de France, Philippe Ier, l'oblige à lever le siège et donne du poids à la suzeraineté des Capétiens sur la Bretagne.
Geoffroi II, fils d'Henri II d'Angleterre, fiancé à l'héritière du duché, résiste à la tentative de son père d'annexer le duché aux possessions anglaises, durant son règne (1181-1186). Son fils Arthur fait de même (1186-1203).
En 1185, Geoffroi II signe l'Assisse du comte Geoffroi, qui interdit le démembrement des fiefs, ce qui renforce le régime féodal breton.
La Bretagne capétienne
En 1213, Philippe Auguste impose le prince capétien Pierre Ier Mauclerc comme baillistre, c’est-à-dire administrateur du duché et tuteur de son fils, le duc Jean Ier de Bretagne. Ce fut lui qui introduisit les hermines dans le blason de la Bretagne.
Moyen Âge tardif
- 1341-1364 : Guerre de succession de Bretagne ou guerre des deux Jeanne, entre le demi-frère du dernier duc, Jean de Montfort, et sa nièce, mariée au neveu du roi de France, Charles de Blois
À l'issue de la guerre de succession de Bretagne, la loi salique est introduite en Bretagne.
- 1352 : le parlement de Bretagne est mis en place.
- 1378 : Charles IV envahit la Bretagne, ce qui provoque le rappel de Jean IV par les Bretons, qui jure fidélité au roi de France en 1381 (Traité de Guérande).
- 29 septembre 1364 : Bataille d'Auray victoire de la maison de Montfort.
- 12 février-4 juillet 1420 : Attentat de Champtoceaux, le duc Jean V est enlevé par les comtes de Penthièvre.
- François II signe une alliance avec la Bourgogne et l'Angleterre, mais Louis XI l'oblige à y renoncer.
- 1490 : François II marie par procuration sa fille Anne avec Maximilien d'Autriche, mais Charles VIII l'oblige à rompre ce mariage, et épouse Anne.
Époque moderne
- 1514 : Claude de France, fille d'Anne et de Louis XII, hérite de la Bretagne et épouse François Ier, malgré l'opposition de sa mère, Anne, et après la mort de cette dernière.
- 1524 : le dauphin François reçoit le duché et règnera peu de temps en France sous de le nom de François II
- 1532 : signature du traité d'union entre la Bretagne et la France, voté par le parlement de Bretagne, après trente quatre ans d'unions matrimoniales entre les duchesses de Bretagne et les rois de France. Il s'agit donc, à ce moment, d'une union, voulue par les deux partis, et non d'une annexion.
- Guerre de la Ligue
- 1675, la Cornouaille voit se soulever les Bonnets Rouges, réprimés par le duc d'Aiguillon.
- 4 août 1789, dite « Nuit du 4 août » : A Paris, l'Assemblée Constituante proclame à l'unanimité l'abolition de tous les privilèges féodaux, ce qui inclut ceux des provinces. La Bretagne perd ainsi ses dernières particularités administratives, fiscales et juridiques, ce qui sera l'une des causes de la chouannerie. Pour l'anectode, on retiendra que la première idée d'abolition a été proposée la veille au Club Breton à Paris.
Époque contemporaine
Dans les années 60, construction d'une centrale nucléaire expérimentale à Brennilis, dans les Monts d'Arrée. Exploitée conjointement par EDF et le CEA, elle a fonctionné une dizaine d'année. Depuis 1988, elle est en démantellement (déconstruction). C'est le premier cas de démantellement de centrale nucléaire en France.
En mars 1972, les ouvriers du « Joint Français », une usine de Saint-Brieuc, font grève pour obtenir une augmentation de salaire. La grève durera huit semaines.
Le 16 mars 1978, l'Amoco Cadiz fait naufrage à quelques centaines de mètres du rivage du petit port de Portsall en Ploudalmézeau. Il s'ensuit une marée noire qui pollue très gravement les côtes du Nord et du Nord-Ouest de la Bretagne.
En février et mars 1980, la population de Plogoff, commune où se trouve la Pointe du Raz, s'oppose par la force à l'implantation d'une centrale nucléaire sur leur commune. Elle reçoit un large soutien médiatique. Le projet de centrale est finalement abandonné.
Voir aussi : Bretagne ~ Liste des ducs de Bretagne ~ Liste des évêques de Cornouaille
Bibliographie
- Léon Fleuriot, Les origines de la Bretagne, Éd. Payot, 1980. ISBN 2-228-12710-8
- Jean Kerhervé, L'État breton aux 14e et 15e siècles, 2 vol., Maloine, 1987. ISBN 2-22401703-0. 2-224-01704-9
- Roger Dupuy, La Bretagne sous la Révolution et l'Empire, 1789-1815, éd. Ouest-France, 2004.
- Reynald Secher & René Le Honzec, Histoire de Bretagne, éd° Reynald SECHER, BD en 8 tomes parus entre 1991 et 1998.
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