Histoire de l'Afrique du Sud
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Préhistoire
De nombreux fossiles trouvés aux caves de Sterkfontein, Kromdraai et Makapansgat indique que des hominidés (australopithecines) y vivaient il y a environ 3 millions d'années.
Des peuples de l'âge de fer, agriculteurs et éleveurs, descendirent la rivière Limpopo vers les quatrième ou cinquième siècle de notre ère pour parvenir vers le dixième siècle vers le Cap. Ils déplacèrent des populations de chasseurs-cueilleurs.
Ces populations étaient des Khoi, San, Xhosa, Zulu et diverses autres tribus.
L'arrivée des Européens
C'est le 3 février 1488, à Mossel Bay que débarque pour la 1ère fois sur ces rives un équipage européen, celui du portugais Bartolomeu Dias .
Le naufrage, en 1647, du Nieuw-Haarlem, dont les rescapés avaient survécu un an au pied de la montagne du Cap incite les Hollandais à créer en cet endroit un point de ravitaillement.
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Drapeau hollandais du 17è siècle
Le 6 avril 1652, Jan Van Riebeeck arrive avec quatre-vingts hommes à bord du Drommedaris pour créer une « station de rafraîchissement » destinée à fournir de l'eau, de la viande, des légumes et des fruits frais aux équipages diminués par le scorbut après quatre mois de mer. Ce territoire était délimité par une haie d'amandes amères dont on retrouve la trace dans les jardins botaniques de Kirstenbosch. Le château fort pentagonal de Bonne-Espérance, le plus vieux monument du pays, est construit de 1666 à 1670.
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La péninsule est alors peuplée de chasseurs aborigènes Khoi et San, vite décimées par les colons ou les maladies importées par les européens. C'est ainsi que les Hollandais importèrent des travailleurs de leurs colonies d'Asie du Sud-Est dont les descendants formeront les « Malais du Cap » mais aussi des noirs d'Angola. En effet, les premières tribus africaines ne résident pas à moins de 1000 km à l'est au delà de la rivière Kei. Cette absence de noirs au Cap (et dans certaines régions de l'intérieur) déclenchera bien plus tard la polémique entre Afrikaners et noirs sur l'antériorité de présence en Afrique du Sud.
En 1688, deux cents huguenots français, chassés par la révocation de l'édit de Nantes en 1685, s'installent dans la vallée de la rivière Berg, protégée des vents du large par un grand cirque rocheux où ils créèrent les neuf fermes historiques avec des vignes qui existent encore : La Bourgogne, La Dauphine, La Brie, Champagne, Cabrière, La Terra de Luc, La Cotte, La Provence et La Motte.
Incursions britanniques
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Union Jack
Le Royaume Uni captura la région du cap de Bonne Espérance en 1797 pendant les guerres anglo-hollandaises.
En 1805, les Hollandais déclarèrent faillite et la colonie fut annexée au Royaume-Uni.
En 1820, plusieurs centaines de colons anglais débarquent au sud-est du Cap et fondent la ville de Port Elizabeth à la frontière des territoires Xhosas.
Le Grand Trek
Les mauvaises relations entre les bataves et l'administration britannique vont conduire les premiers à revendiquer leur africanité ("ek been ein afrikander") et refuser l'administration coloniale.
En 1835, l'abolition de l'esclavage, les compensations insuffisantes des colons Afrikaners et l'arrogance des autorités britanniques conduisent des milliers de boers à choisir l'émancipation du pouvoir colonial.
Optant pour un nouveau départ vers l'intérieur des terres, des milliers de boers embarquent pour l'inconnu à bord de leurs chars à bœufs, avec femmes, enfants et serviteurs.
Cette période est connue sous le nom de Grand Trek et a façonné la mythologie des Afrikaners, le peuple élu, la tribu blanche, à la recherche de sa terre promise. Digne du Far West américain, cette aventure constitue la genèse du « volk » afrikaner.
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Drapeau de Natalia
La création dans le sang de leur république de Natalia contre les Zoulous sera lourdement chargé de symboles à ce titre.
Ainsi, la trahison dont ont été victimes les chefs boers Gert Mariz et Piet Retief symbolisera et justifiera la méfiance des Afrikaners envers les noirs d’Afrique du Sud. En effet, alors que Retief venait de négocier un accord de co-existence et d’entre aides avec le Roi des zoulous, qu’il avait accepté l’invitation pour un banquet en cet honneur et à cette fin d’être désarmé, il fut massacré avec 60 de ses hommes. Le Roi ordonna alors de trouver les campements boers et de massacrer tous ceux qui s’y trouvaient. Alertés par des survivants qui échappèrent à ces massacres, les familles boers se rassemblèrent autour de leurs chefs Andries Pretorius et Sarel Cilliers.
Le 16 décembre 1838, à l’aube de la confrontation finale, ils jurèrent que si Dieu leur accordait la victoire, ils construiraient une église pour rendre grâce au seigneur afin de l'honorer et se promirent de lier leur destin au seul Volk et à Dieu. La confrontation lors de la bataille de Blood River entre les 500 boers repliés derrière leurs chariots rangés en cercle et les 10 mille zoulous se termina par une véritable hécatombe zoulou, colorant de leur sang la rivière qui fut dorénavant connu sous le nom de Blood River. Les boers n’avaient que quelques blessés. Cette victoire consacra la foi des Boers en leur destin biblique.
Les Républiques Boers du Transvaal et de l'Orange
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Drapeau du Transvaal
Après la prise du Natal par les anglais au début des années 1840, l’épopée boer recommença pour atteindre son apogée dans les années 1852-54 avec la création des 2 républiques indépendantes: la Zuid Afrikaansche Republiek (Transvaal) et l'Oranje Frystaat (État libre d'Orange), reconnues par les Britanniques par le Traité de Sand River .
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Drapeau OFS
De leur côté, les Britanniques entreprenaient de pacifier le Natal mais les Zoulous leurs y opposaient une farouche résistante. En janvier 1879, l'armée britannique subie une défaite mémorable à Isandlwana. Et c'est lors d'une escarmouche avec les Zoulous que le jeune Prince Impérial, fils de Napoléon III et de l'Impératrice Eugénie, trouvera la mort le 1er juin 1879. Une fois la résitance zoulou anéantie, le gouvernement colonial britannique put reporter son attention sur les républiques boers, véritables épines dorées au milieu de leur Empire.
En effet, le Transvaal notamment se révéla immensément riches d'or et de diamants et leurs découvertes à partir des années 1860 furent perçues par les Boers, fermiers avant tout, comme une véritable catastrophe. Des milliers d'aventuriers affluèrent vers le Transvaal apportant avec eux un mode de vie à l’opposé de l'austérité et du puritanisme boer.
Les Britanniques ne pouvaient laisser échapper à leur contrôle autant de richesses. Ils s'employèrent, au travers du 1er ministre du Cap et homme d'affaires Cecil Rhodes, à saper la stabilité de ces républiques. Cette menace pour les Boers se symbolisa notamment par l'émergence en 1886 à une cinquantaine de kilomètres de leur capitale, Pretoria, d'une ville nouvelle, née de la ruée vers l'or, arrogante et peuplée d'étrangers (anglais) réclamant le droit de vote: Johannesburg.
Les guerres boer
Les découvertes de gisements de diamant en 1867 et d'or en 1886 augmentèrent la richesse, l'immigration et durcirent les conditions des autochtones. Les Boers résistèrent dans une première guerre en 1880-81 aux appetits britanniques. Les Boers portaient des habits khaki de la même teinte que la terre tandis que les soldats britanniques portaient un uniforme rouge vif ce qui les rendait une cible bien visible pour les franc-tireurs.
Les Britanniques revinrent en force, avec un uniforme plus discret et une tactique adaptée au pays dans la seconde guerre boer en 1899-1902 (guerre des Boers). Ils placèrent les boers dans des camps de concentration et leurs serviteurs noirs dans d'autres où la malnutrition et les maladies étaient fréquentes. Ils brûlèrent les fermes et les récoltes pour retirer le support ce qui força les Boers à attaquer les villes et donc à irriter les citadins. Finalement ils furent obligés de capituler à Prétoria le 31 mai 1902 (traité de Vereeniging).
L'ascension des Afrikaners : 1910 - 1948
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Drapeau AFS 1910
A l'instar de l'Australie et du Canada, les Britanniques décidèrent de créer un dominion unissant les colonies du sud de l'Afrique en l'occurrence les colonies anglaises du Cap et du Natal avec les anciennes républiques Boers devenus les colonies du Transvaal et de l'Orange. Cela permettait également aux Afrikaners (Boers) de se réinsérer dans la vie politique et économique des territoires d'Afrique du Sud au sein d'une union créée et contrôlée par la Grande Bretagne.
La constitution de l'Union de l'Afrique du Sud du 31 mai 1910 allait permettre aux afrikaners de reprendre en main la réalité du pouvoir politique à l'échelle d'un grand pays composé de 4 provinces distinctes.
Sur à peu près 3 millions et demi d'habitants, un million est d'origine européenne dont plus de 2/3 afrikaners.
La constitution de 1910 permettait aux anciennes républiques Boers d'appliquer un système électoral ségrégationniste (favorable ainsi aux Afrikaners au Transvaal et de l’Orange) alors que la colonie du Cap accordait le droit de vote aux métis et aux noirs sous certaines conditions. La capitale administrative de l'Union est fixée à Pretoria. Le siège du parlement est à Cape-Town et le siège de la cour suprême est à Bloemfontein. L’anglais et le néerlandais sont les langues officielles du parlement. Le pays est doté d’armoiries qui figurent sur le drapeau colonial britannique d’Afrique du Sud (Red Ensign). C’est dans ce cadre que les afrikaners, vaincus militairement, dominés économiquement par la minorité anglophone, s'attelèrent à la conquête du pouvoir politique.
Le 1er premier ministre élu en 1910 est le général afrikaner Louis Botha, leader du parti afrikaner « Het Volk » et héros de la guerre des Boers. Il symbolise alors le retour des Afrikaners au pouvoir. Ce premier gouvernement comme ceux qui suivirent, constitué par une alliance des anglophones et d'afrikaners modérés comme le général Jan Smuts, un de ses camarades de combat. Il dut néanmoins affronter une opinion boer hostile à la Grande-Bretagne et l'opposition de «petits Blancs» racistes.
Pour satisfaire leurs aspirations, Louis Botha et son gouvernement allaient s'attacher à promouvoir socialement la communauté afrikaner avec, notamment, le recrutement privilégié dans la fonction publique des membres du « Volk », divers soutiens financiers pour l'achat de terres et de fermes (création de la banque afrikaner volkbank ) et des mesures sociales d'avant garde pour les mineurs.
De plus, il renforce la prépondérance spatiale des Blancs sur le pays. Le Land Act de 1913 limite à 13 % du territoire les régions où les Noirs pouvaient acquérir des terres.
Enfin, il favorise l'éclosion d'association et de ligues pour promouvoir l’identité afrikaner qu’elle soit politique, économique, sociale ou culturelle. La plus puissante sera la ligue des frères (Broederbond) qui en relation avec l’ Eglise réformée Hollandaise (autre composante de l’identité) se chargera de la promotion des individus notamment au niveau politique et établira un corps de doctrine appliqué à l’Afrique du Sud. Cette franc-maçonnerie afrikaner impulsera la politique du pouvoir blanc et tous les dirigeants politiques de 1er plan entre 1948 et 1994 en seront membres.
Cependant, toutes ces mesures ne sont pas suffisantes pour les afrikaners les plus radicaux.
Suite à l'engagement de l'Union dans la 1ère guerre mondiale au côté de la Grande Bretagne, un ancien de la guerre des boers, le général James B. Hertzog, faisait dissidence en optant pour le combat nationaliste afrikaner et créait en 1914 le Parti National.
La première guerre mondiale permit au dominion britannique de conquérir de nouveaux territoires comme la colonie du Sud-Ouest Africain allemand en 1915. Mais cet engagement au côté des anglais fut dénoncé par les Afrikaners intransigeants, partisans des allemands du Sud-Ouest Africain.
A la mort de Louis Botha en 1919, son successeur, Jan Smuts, entreprit une politique économique très libérale vis à vis des conglomérats miniers. Ces derniers souhaitaient avoir des coûts de production les plus bas possibles et donc une main d’œuvre à bon marché.
En 1922, une grève générale à l'instigation des mineurs afrikaners et du parti communiste est déclenchée dans tout le pays exigeant des revendications salariales, le slogan étant « Travailleurs de tout pays, unissez-vous pour une Afrique du Sud blanche ». Aux revendications sociales s'ajoutèrent des revendications nationalistes et anticapitalistes initiées par les communistes blancs. Des émeutes éclatèrent contre la police venue évacuer les mines occupées par les mineurs; une répression sanglante sur l'initiative de Smuts mit fin en une semaine à leur rébellion. La répression fut particulièrement sévère contre les communistes dont la hiérarchie blanche fut décapitée.
La victoire policière de Smuts se transforma rapidement en une défaite morale; il se coupa ainsi de l'appui des Afrikaners modérés.
La déroute électorale de Smuts s'ensuit rapidement dès les élections générales de 1924. Le parti communiste ayant été écrasé par la répression policière, ses sympathisants se sont facilement retrouvés dans les thèmes nationalistes et anticapitalistes du Parti National d'Hertzog. Sa victoire sans équivoque le propulsa aux Unions Buildings de Pretoria, siège du gouvernement élargissant son assise électoral jusqu’aux électeurs métis du Cap.
Une de ses 1ères mesures symboliques fut de remplacer le néerlandais par l’afrikaans comme langue officielle au coté de l'anglais.
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Drapeau d'Afrique du Sud 1927-1994
La politique économique d'Hertzog ne fut pas très différente de celle de Smuts et fut marquée par une protection accrue des Afrikaners avec la poursuite et l’extension d'une politique ségrégationniste initiée sous Botha. Ce sont des années de prospérité pour les afrikaners dont le niveau de vie augmente considérablement jusqu'à la crise économique qui frappe le pays dans les années 30.
En 1933, devant affronter la progression du chômage et les problèmes économiques, les nationalistes d'Hertzog et l’opposition s’accordèrent sur la constitution d’un gouvernement d’union nationale. Le Parti National fusionna alors avec le parti de Smuts pour créer un nouveau parti, le Parti Uni, et permettre la mise en place de ce gouvernement d'union nationale dirigé par Hertzog.
Mais ce ralliement à Smuts provoqua un nouveau schisme chez les nationalistes. L'aile droite du parti sur l'initiative du pasteur Daniel Malan refusa l'union et créa le parti national purifié en 1934. Les dirigeants du parti national purifié renchérirent dans les revendications nationalistes : rupture avec la Grande Bretagne, instauration de la république, ségrégation poussée à l'extrême (on ne parle pas encore d'apartheid), promotion de l'histoire et de tous les symboles afrikaners, promotion du social-christianisme afin de permettre et maintenir la domination politique des Afrikaners sur toute l'Afrique du Sud. Les théoriciens complétèrent leur idéologie par des références au nazisme triomphant de l'Allemagne d'Adolph Hitler.
Le gouvernement d'union nationale d’Hertzog et de Smuts dirigea le pays jusqu'en 1939. Durant ces années de cohabitation, l'économie se redressa au dépend de la situation sociale des plus démunis qu'ils soient noirs ou blancs, ces derniers étant de plus en plus attirés vers les thèses nationalistes de Malan.
Mais en 1939, au moment de faire accepter par le parlement l'entrée en guerre au côté de la Grande Bretagne, la coalition gouvernementale volait en éclat. Alors qu'Hertzog défendait le principe de neutralité de l'Afrique du Sud, Smuts soutenait celle de l'engagement au côté des anglais. Malgré l'appui des voix nationalistes de Malan à Hertzog, l'entrée en guerre est votée à une courte majorité. Hertzog démissionne et Smuts se retrouve seul au pouvoir.
Durant les années 1939-1945, des groupuscules armées afrikaners et pro-nazis se multiplièrent et menèrent des actions de sabotages. La répression du gouvernement fut impitoyable; ces groupements furent vite dissous et leurs leaders arrêtés et emprisonnés. Parmi les militants et sympathisants de ces organisations figuraient 2 futurs premiers ministres : Hendrik Verwoerd et Balthazar John Vorster.
Malan et les nationalistes auxquels s'était joint Hertzog et ses alliés s’unissent dans un Parti National réunifié, mais très vite en désaccord avec les ultras proches de Malan, Hertzog quittait le parti et fondait le Parti Afrikaner qui périclita après sa mort en 1943.
Malan et les « nats » évitèrent dans ces années de guerre d'être impliqués dans des actions de sabotage mais soutinrent moralement les buts de ces groupuscules.
Il fallu attendre la fin de la guerre pour que les nats reprennent leurs thèses anti- britanniques. Les prisonniers « politiques » libérés, ceux ci rejoignirent les nationalistes et préparèrent activement la campagne électorale de 1948 sur la base d'un programme concocté par Hendrik Verwoerd.
Auréolé de la victoire des alliés à laquelle s'est joint l'Afrique du Sud et de la participation du pays à la création des Nations unies, Smuts semblait assuré d'une réélection confortable, alors que les nationalistes proposaient aux sud-africains afrikaners mais aussi de langue anglophone un nouveau projet de société: l'apartheid.
Apartheid
Contre toute attente, le parti national (National Party - NP) de Daniel Malan remporta la majorité des sièges aux élections de 1948 bien qu'ayant un peu moins de voix que ses adversaires du Parti Uni.
Le nouveau 1er ministre, Daniel François Malan, composa un gouvernement exclusivement afrikaner. Il confia au théoricien du parti et inventeur de la doctrine de l'apartheid, Hendrik Verwoerd, le ministère des affaires indigènes par lequel il allait commencer à appliquer la doctrine de développement séparé des races.
La suppression (avec difficulté) du droit de vote des malais du Cap et la création de bantoustans et autres zones d'habitations réservés aux non-blancs furent les premières mesures prises. Asiatiques et Métis perdirent ainsi l'essentiel de leurs minces avantages.
Le système législatif et constitutionnel s’enrichissait de nouvelles lois ségrégationnistes alors que les anciennes lois raciales et spatiales comme le Land Act de 1913 étaient durcis. La question raciale finissait par intervenir à tous les stades de la vie avec la codification de lois ségrégationnistes d'applications quotidiennes visant à faire coexister 2 mondes qui jamais ne vivraient ensemble ou ne menaceraient de dominer politiquement l'autre. Les lois organisant l'apartheid, votées en février 1950, étaient organisées autour d'un principe de cloisonnement :
- Le Population Registration Act classait dorénavant la population en quatre groupes : Blancs, Noirs, Indiens, Métis. De l'appartenance à tel ou tel groupe dépendaient pour un individu tous les registres de sa vie : résidence, études, transports, relations sociales, sexuelles ou amicales.
- Le lieu de résidence était déterminé par le Group Areas Act, qui durcissait les réglementations déjà existantes et permettait l'élimination des «taches noires» résultant d'achats opérés par les Noirs avant 1913. On entreprit ainsi d'expulser des «terres blanches» les «excédents» de population noire. Ainsi en 25 ans, environ 2 600 000 Noirs furent chassés des zones rurales «blanches» et renvoyés dans les réserves où le Bantu Self-Government Act de 1959 préparait l'institution des bantoustans.
- L'Immorality Act ajoutait à l'interdiction des mariages interraciaux celle de toute relation sexuelle.
- Le « Suppression of Communism Act » réprimait lourdement toute forme de propagande ou d'action anticapitaliste mais assimilait aussi les luttes contre l'apartheid à des combats capables de subvertir l'ensemble de l'organisation économique et sociale du pays. Cette dernière loi sera le principal instrument répressif contre les combattants des droits de l'homme et permettra la condamnation à perpétuité de Nelson Mandela dans les années 60.
Étrangers dans leur propre pays, les Noirs pouvaient de plus en plus difficilement aller résider dans les villes, où l'on cherchait à réduire au maximum leur nombre: seuls pouvaient y venir ceux qui justifiaient d'un contrat de travail: le « pass », passeport intérieur imposé aux Noirs dès 1923 permettant le contrôle des migrations.
La ségrégation raciale fut systématisée dans les quartiers, au prix de multiples destructions et expulsions et de la construction de townships pour les populations de couleur.
Le gouvernement s'efforça de créer des industries en bordure des bantoustans, mais nombre de travailleurs durent aller travailler dans les villes blanches tout en résidant dans les réserves, au prix de grands déplacements quotidiens.
En fait, l’animosité contre les anglais était bien remplacée par la crainte du « péril noir » chez les afrikaners, crainte également partagée par une part importante de la minorité anglophone.
En 1951, sur 17 millions d'habitants, 4 millions était d'origine européenne soit 25% de la population. Il y a un blanc pour 4 noirs, métis et indiens. Par comparaison, à la même époque et alors que le Kenya est à l’apogée de la colonisation, il n’y a qu’un blanc pour 132 noirs.
En amenant la question raciale au cœur du débat politique, Malan réussit son O.P.A. sur les votes afrikaners mais aussi anglophones. Le NP va durant une trentaine d'année monopoliser le vote de la communauté afrikaner et amener la majorité de la communauté anglophone à se reconnaître en lui à travers ses options raciales.
La reprise de la doctrine de l'apartheid par les premiers ministres successifs, tous du NP, va créer un système constitutionnel et législatif unique au monde et approuvé par la majorité des blancs convaincu de n’avoir pas d’autres choix pour demeurer pacifiquement dans leur pays.
De son côté, l'organisation ANC qui luttait pour l'égalité ou même l'équalité des noirs avaient une forte teinture socialiste voir communiste ce qui la rendait un adversaire par exemple des États-Unis d'Amérique.
En 1953, le NP remporta les élections dans les circonstances similaires à celles de 1948 mais l’apport des 6 sièges crées pour les électeurs blancs du Sud-Ouest Africain leur assura une majorité plus confortable encore qu’en 1948.
En 1954, Malan cédait son fauteuil à Johannes Strijdom, élu plus encore conservateur du Transvaal. Il accentua la politique devant amener à la création de bantoustans noirs (territoires autonomes administrés par les populations autochtones) sur 13% du territoire sud-africain.
En 1959, à la mort soudaine de Strijdom, Hendrik Verwoerd lui succède à la tête du gouvernement. La politique sud-africaine est de plus en plus contestée au niveau international, notamment aux Nations Unis.
En 1960 le massacre de Sharpeville où 69 protestataires pacifiques sont tués par la police ternit fortement l'image du pays qui fait interdire la plupart de smouvements de libération comme l'ANC ou le Pan African Congres.
Symboliquement, le pays est exclu du comité olympique après les jeux de 1960.
Dans un discours mémorable sur le « vent du changement » prononcé au parlement à Cape Town, le 1er ministre britannique Harold McMillan en profita pour critiquer l’immobilisme et le passéisme des dirigeants d’Afrique du Sud. Exaspérés les nationalistes proposèrent de soumettre un projet de référendum pour instituer la république. Bien qu'on ait crût un moment à une sécession des blancs anglophones du Natal, le principe de la république fut approuvé par 52% des votants en octobre 1960. À cette occasion les blancs se divisèrent entre républicains (afrikaners) et loyalistes (anglophones) mais la transition se fit dans le calme sans émigration excessive des anglophones.
La proclamation de la République Sud-Africaine (RSA) le 31 mai 1961 accompagné de la rupture des derniers liens avec la Grande Bretagne (retrait du commonwealth) et la création effective du premier bantoustan noir, le Transkei marquent l'apogée de l'apartheid.
En 1964, c'est le procès de Rivonia où Nelson Mandela est condamné à perpétuité alors que trois millions et demi de noirs sont à cette date regroupés dans les bantoustans sans pouvoir civique autre que celui de travailler pendant la journée dans le reste du pays.
En septembre 1966, un illuminé assassina Verwoerd en plein cœur du parlement et mettait fin à la phase d'élaboration et d'application intensive et méthodique de l'apartheid.
Le successeur de Verwoerd, Balthazar John Vorster, allait reprendre la doctrine mais de façon plus pragmatique en ralentissant son application et en multipliant des exceptions à l'application des lois ségrégationnistes. Ainsi, l'ambassadeur noir du Malawi et le personnel de l'ambassade échappèrent aux lois raciales en étant qualifié de blancs d'honneurs. De même, les asiatiques originaires de Taiwan ou du Japon étaient catalogués parmi les blancs. En même temps, Vorster entreprenait une politique de rapprochement avec certains pays africains modérés (Côte d'Ivoire).
En 1969, pour la 1ère fois, le gouvernement acceptait la présence de joueurs maoris parmi l'équipe de rugby néo-zélandaise venue rencontrer les springboks sud-africains. Des rencontres entre équipes multiraciales étaient favorisées. Enfin, Vorster renonçait à faire modifier le drapeau sud-africain comme le prévoyait Verwoerd qui voulair faire supprimer la représentation de l’Union Jack de l’emblème national. Il avait été envisagé un nouveau drapeau aux bandes tricolores verticales oranges, blanches et bleues avec au centre un springbok bondissant surplombant des protéas.
Toutes ces exceptions provoquèrent un tollé chez les héritiers spirituels de Verwoerd. Albert Hertzog, fils de l'ancien 1er ministre et plus extrémiste que ne fut ce dernier, quitta le parti avec quelques compagnons et fonda le parti national reconstitué (HNP). Vite repris en main par Jaap Marais, cette nouvelle dissidence restera marginale (de 3 à 7% des voix blanches).
Dans les années 70, la RSA est sévèrement critiquée par la communauté internationale. En 1971, le tribunal de La Haye lui retire son mandat sur le Sud-Ouest Africain mais la RSA refuse de se soumettre à cette décision.
En 1974, l'assemblée générale des Nations-Unis refuse les lettres de créances de l'ambassadeur de RSA sous prétexte de non-représentativité de son peuple !
Les blancs supportaient cependant largement leur gouvernement et l’influence de l’opposition libérale se réduisait à chaque élection à quelques strapontins. Ainsi, les provinces du Transvaal et de l'État Libre d'Orange envoyaient presque exclusivement des députés nationalistes au parlement de Cape Town alors que les libéraux, héritiers du parti uni de Smuts, ne conservaient leur représentation parlementaire que grâce aux voies obtenues dans les banlieues huppées de Johannesburg, Durban, Port Elizabeth et Cape Town, villes dominées par les anglophones. Le Parti Uni, principal parti d’opposition en complète décomposition et peu crédible face au NP se dissout d’ailleurs en 1977.
Suite à la décolonisation du Mozambique et de l'Angola et l'arrivée de gouvernements marxistes, la RSA se présenta en dernier rempart contre la main mise des communistes en Afrique australe permettant à Vorster d'obtenir le soutien plus ou moins tacite des gouvernements occidentaux. La RSA devenait dans le même temps une puissance nucléaire grâce à ses relations avec Israël et la France.
Les doutes du Pouvoir Afrikaner (1976-1989)
En 1976, l'imposition par le ministre Andries Treurnicht, de l'enseignement obligatoire en afrikaans au lieu de l'anglais ou d'une langue locale pour les écoliers noirs provoquait un soulèvement de ces derniers dans les Townships. Une marche de protestation fut organisée dans le district noir de Soweto près de Johannesburg le 16 juin 1976. Environ 20000 étudiants arrivèrent et malgré des appels au calme des organisateurs commencèrent à confronter les forces de l'ordre. Celle-ci fut submergée et des propriétés furent détuites. Les autorités réagirent en déclenchant des mesures de guerre avec le droit de tuer ceux qui étaient assimilés à des pillards. La répression des forces de sécurité sud-africaine et de la police de Jimmy Kruger fut très féroce. La plupart des autres pays, sauf la Grande Bretagne et les États-Unis qui craignaient trop le basculement du pays dans le camp de l'Union Soviétique, condamnèrent la repression et imposèrent une limitation du commerce ou même des sanctions. Les images et les témoignages sur le massacre de Soweto feront le tour du monde.
En 1977, un des leaders très populaires de la « Conscience Noire », Steve Biko, est enlevé et assassiné par les forces de sécurité.
Un embargo sur les ventes d'armes à la RSA fut alors votée au conseil de sécurité des Nations unies alors que le pays est engagé militairement en Angola contre le gouvernement marxiste en place en soutenant directement ou indirectement le mouvement rebelle de l'UNITA et qu'il soutient le gouvernement blanc de Rhodésie. Cet échec diplomatique pour Vorster s'accompagna d'un scandale financier touchant l’un de ses proches, Connie Mulder, ministre de l'information. Vorster ne tarda pas à être éclaboussé par l'affaire et dû céder son fauteuil de 1er ministre, pour être nommé président de la république, fonction symbolique de laquelle il démissionna officiellement pour raisons de santé un an plus tard.
En 1978, le successeur de Vorster au poste de 1er ministre était le ministre de la défense, Pieter Botha. Son gouvernement formait un subtil équilibre entre conservateurs et libéraux, entre ceux des anciens gouvernements Vorster et des personnalités plus pragmatiques vis à vis de la doctrine de l'apartheid. Il confia le ministère de la défense au très conservateur Général Magnus Malan, présenté alors comme un dauphin potentiel et maintenait au ministère des affaires étrangères Roelof "Pik" Botha, élu plus libéral de Rustenburg. Botha maintenait l'ultra conservateur Andries Treurnicht alors qu'au ministère de l'énergie, il nommait un autre conservateur du Transvaal, élu de Vereeniging, un certain Frederik De Klerk.
Si Botha faisait figure à l’origine de partisan intransigeant du régime, ses fonctions à la tête de l'État vont l'amener à trancher en faveur du camp des « éclairés » du NP (pragmatiques) contre les « crispés » (conservateurs) réunis autour de sonministre et président de la fédération NP du Transvaal, Andries Treurnicht.
Avec l'appui des pragmatiques du parti, Botha décida d'entreprendre une réforme des institutions qui romprait en fait avec l'idéologie verwoerdienne. En 1981 d'ailleurs, seulement 4 bantoustans avaient accédé à l'indépendance alors que 10 conservaient un statut d'autonomie, démontrant la lenteur et les difficultés rencontrés ppur construire l'apartheid.
En 1981, Botha poposa une réforme constitutionnelle pour présidentialiser le régime et surtout octroyer un droit de vote et une représentation séparée pour les métis et les indiens en instaurant un parlement tricaméral. Mais rien n’est prévu pour les noirs, pourtant majoritaires. Bien que cette réforme soit limitée et soit qualifiée de bancale par les libéraux, que le principe de la domination blanche ne soit pas remis en question, les conservateurs se crispèrent. Aux élections de 1981, le HNP obtenait 13% des voies révélant la méfiance des ruraux afrikaners vis à vis du gouvernement Botha.
A l'annonce des propositions sur les nouvelles institutions, les conservateurs du NP menés par Andries Treurnicht, tentèrent de censurer le gouvernement. Botha imposa cependant sa réforme à la majorité des parlementaires du NP provoquant une cassure idéologique entre Afrikaners du Transvaal et de l'Orange avec ceux du Cap et du Natal. Au Transvaal, Pieter Botha se reposa sur Frédérik De Klerk et Pik Botha pour évincer Treurnicht, le président du NP transvaalien en ralliant la majorité des élus du Transvaal.
Andries Treurnicht ne tarda pas provoquer un nouveau schisme en quittant le parti national avec une dizaine de parlementaires NP pour fonder en 1982 le Parti Conservateur (Conservative Party - CP).
Dès sa création, le CP reçut le soutien de John Vorster, de la veuve de Verwoerd et de la plupart des groupuscules d'extrême droite. Le HNP refusait cependant d'intégrer le CP, restant fidèle à son héritage verwoerdien. Le programme du CP se distingua par l'acceptation en son sein des anglophones comme Clive Derby Lewis, et par la volonté de créer un État blanc séparé du reste de l'Afrique du Sud aux dimensions plus réduites que dans l'idéologie verwoerdienne. Il s'agissait de faire revivre l'idéal des républiques Boers.
En novembre 1984, Botha faisait adopter sa réforme par référendum. Avec 76% de participation, les blancs approuvaient à 65% la nouvelle constitution instituant un système présidentiel tricaméral. Le poste de 1er ministre était supprimé et Botha prenait la fonction de président de la république (State President).
Il s'agissait moins pour les blancs d'accorder le droit de vote aux minorités de couleurs que de maintenir l’exclusion des noirs de toute représentation parlementaire.
Les élections générales qui s'ensuivirent marquèrent un glissement de l'électorat afrikaner vers le CP lequel enregistrait de très bons scores dans les régions rurales du Transvaal et de l'Orange ainsi qu'à Pretoria, le fief afrikaner, lui permettant de doubler sa représentation parlementaire.
Les émeutes raciales se multiplièrent dans le pays alors que la situation internationale de la RSA se détériorait. Le pays était soumis à un embargo économique et financier de plus en plus contraignant sous la pression de divers lobbies internationaux anti-apartheid qui exigeaient la fin de la discrimination et des élections multiraciales. Les alliés naturels de la RSA comme les USA se désolidarisaient sous la pression de l'opinion publique et des mouvements noirs américains. En RSA même, les présidents des puissants conglomérats miniers, craignant pour leurs intérêts financiers, demandèrent au gouvernement d'adopter une politique plus libérale et d’engager des pourparlers avec les organisations noires mais Botha tergiverse.
En 1986, en même temps qu'il accentuait la répression contre les manifestations noires et qu'ils proclamait l'état d'urgence, Botha abolissait certaines lois emblématiques de l'apartheid comme le «passeport intérieur». Il mit fin également à l'interdiction des mariages mixtes entre personnes de couleur différente et reconnaissait la pérennité de la présence des noirs dans les frontières de la RSA blanche.
L'abolition des mesures vexatoires du « petty apartheid » comme les bancs ou les bus réservés aux blancs provoqua de vives réactions dans les milieux conservateurs. Aux municipales de 1988, le CP s'empara de 60 des 110 municipalités du Transvaal et d'une municipalité sur 4 dans l'État Libre d'Orange. Le NP conserva de justesse Pretoria. Botha se retrouvait alors gêné sur sa droite et devait ralentir sur les réformes. Il voulait éviter une fracture irrémédiable entre afrikaners.
Alors qu'elle est engagée dans la lutte contre les forces cubaines depuis l'indépendance de l'Angola en 1975, un retrait réciproque est négocié sous l'égide des Nations-Unis au cours de l'année 88. Les forces cubaines acceptent de se retirer d'Angola. En contre-partie le gouvernement Sud-Africain accepte de retirer son soutien militaire et financier au mouvement rebelle UNITA et d'engager le processus politique devant aboutir rapidement à l'indépendance de la Namibie (21 mars 1990) qu'elle considérait jusque là comme sa 5ème province.
Transition vers le pouvoir à la majorité 1989-1992
En janvier 1989, victime d'une congestion cérébrale, Pieter Botha se retirait pendant un mois. À son retour, il renonçait à la présidence du Parti National (NP) mais déclarait vouloir se maintenir jusqu'aux élections générales de 1990.
A la tête du NP lui succède le président du parti dans le Transvaal, Frederik De Klerk, soutenu par l'aile droite du parti.
Bien que catalogué comme conservateur, De Klerk voulait changer l'image du parti et du pays. Proche des milieux économiques, il savait que les sanctions internationales étaient de moins en moins supportables pour le pays. Il avait pris conscience que le poids démographique des noirs était trop important et que les blancs étaient devenus trop minoritaires (18%) pour pouvoir le diriger efficacement. Il avait compris enfin que l'apartheid avait atteint ses limites et avait échoué à empêcher les noirs de devenir partout majoritaires en RSA blanche à l'exception du Cap-Occidental où les métis demeuraient les plus nombreux et à Pretoria où les afrikaners dominaient encore significativement.
Durant l'été 1989, Botha fut contraint de démissionner par les membres de son cabinet qui voulaient placer De Klerk le plus rapidement possible à la présidence pour sortir d'une situation bloquée et impulser un nouveau souffle au pays.
Dès sa nomination à la présidence de la république, De Klerk s'entoura d'une équipe favorable à des réformes fondamentales. S'il maintenait quelques piliers de l'apartheid comme Magnus Malan à la défense et Adriaan Vlok à la sécurité intérieure, c'était pour donner des gages à l'électorat conservateur. Il maintenait de même l'inamovible Pik Botha aux affaires étrangères pour rassurer les libéraux. La nouveauté fut la montée en puissance au sein du gouvernement et du parti de nationalistes pragmatiques comme Leon Wessels, Danie de Villiers, Kobie Coetsee ou Barend du Plessis.
De Klerk convoqua des élections générales anticipées en septembre 1989. Celles-ci furent mauvaises pour le NP avec la perte d’une trentaine de sièges au profit du Parti Conservateur - CP (39 sièges pour 33% des voies) et du nouveau Parti Démocratique (Democratic Party - DP), issu d'une fusion entre les partis libéraux héritiers du Parti Uni (avec 33 sièges et 21% des voies). Le NP gardait néanmoins une petite majorité mais il n'était plus le 1er parti des électeurs afrikaners qui lui avaient préféré le CP pour 45% d'entre eux (et seulement 7,5% des voies anglophones).
Dès l'automne 89, De Klerk faisait supprimer les dernières lois de l'apartheid mesquin malgré l'opposition des mairies CP.
En janvier 1990, il provoquait la fureur des ultras et la stupeur du monde entier en autorisant les partis noirs interdits comme l'ANC ou le parti communiste et annonçait la libération prochaine des prisonniers politiques dont Nelson Mandela, figure emblématique de la lutte anti apartheid.
La riposte de l'ultra droite ne se fit pas attendre; des défilés de milices et autres organisations paramilitaires eurent lieu dans la plupart des villes afrikaners. Eugène Terreblanche, le chef du groupement paramilitaire «Mouvement de Résistance Afrikaner» (AWB), organisation reconnaissable à son sigle formant une svastika à 3 branches, devint aux yeux de l'opinion mondiale le symbole de l'oppression raciste sud-africaine et de la résistance au changement. Cette image très négative servit cependant les partisans des réformes.
La libération de Nelson Mandela en février 1990 et les pourparlers entre le gouvernement et les ex-partis interdits déchaînèrent les passions au sein de la communauté blanche. Contre ceux qui criaient à la trahison et au suicide politique d’un peuple, les partisans des réformes affirmaient leur croyance en une transition pacifique des pouvoirs à la majorité noire, transfert jugé inéluctable et seul moyen pour permettre l’obtention de garantie pour les minorités.
En mars 1990, et après des négociations sous l’égide des Nations Unis, la RSA abandonna sa tutelle sur la Namibie.
En juin 1991, De Klerk fit abolir par le parlement les dernières lois d'apartheid encore en vigueur concernant l'habitat et la classification raciale. L'état d'urgence fut levé à l'exception du Natal où des violences meurtrières entre ANC et partis noirs conservateurs ensanglantaient la région.
Alors que les négociations continuaient, les élections partielles dans les régions afrikaners constituaient de multiples revers pour le NP au profit du CP. De Klerk décida durant l’année 1991 de faire de l'élection locale de Potchefstroom, fief NP du Transvaal, un enjeu national sur l'approbation des blancs à ses réformes. Cette élection fut un cuisant revers électoral pour le NP avec la victoire du CP qui profita alors de l’aubaine pour réclamer des élections anticipées.
De Klerk fut affaibli par cette élection qui survenait à la suite d'autres revers électoraux au profit des conservateurs. Les sondages étaient mauvais pour le parti nationaliste. Tous indiquaient sinon une défaite face au CP, en tout cas la perte de la majorité absolue si des élections anticipées avaient lieu. Une seule issue parut apporter des chances de succès, c'était l'organisation d'un référendum sur le bien fondé des réformes qui permettrait aux électorats du NP et du DP de s’additionner dans un même vote face au CP.
Ce référendum eu lieu en mars 1992. La campagne fut très dure entre les partisans et les adversaires des réformes. Le but en était la validation ou non par l'électorat blanc de l'abolition de l'apartheid et la continuation des négociations en vue du transfert de pouvoir à la majorité noire. Durant la campagne, De Klerk reçu l'appui critique des libéraux lesquels dénonçaient l’exclusivité des négociations NP-ANC et la mise à l’écart des autres formations politiques. De son côté, les adversaires aux réformes réunirent dans un même camp l’extrême droite, le CP et plusieurs conservateurs du NP en dissidence de leur parti, notamment Pieter Botha, l'ancien président. Utilisant adroitement la répulsion que provoquait l’extrémisme de l’AWB d’Eugène Terreblanche dans l'électorat blanc modéré, le NP eu à cœur de mobiliser l'électorat autour d'un projet de passage en douceur du pouvoir vers la majorité et l’obtention des garanties quant aux libertés fondamentales.
Le 17 mars 1992, les blancs votaient. Le taux de participation dépassa les 80 %. Et ce fut à 68,7% que le oui aux réformes l'emporta. Le CP n'avait pu mobiliser au-delà de son électorat et subissait alors une cruciale défaite. Le référendum avait obligés les Blancs à décider concrètement de leur avenir et à faire un choix clair et définitif sur la politique de réformes constitutionnelles du gouvernement. La défaite des partisans de l’apartheid fut sans appel. La plupart des régions fiefs du CP votèrent oui aux réformes (51% à Kroonstad et 58% à Bloemfontein dans l'État Libre d'Orange; 54% à Kimberley dans le Cap-nord; 52 % à Germiston et même 54% à Pretoria dans le Transvaal). Seule la région de Pietersburg dans le Northern Transvaal manifesta à 58% son hostilité aux réformes. Dans les régions anglophones, c'est un raz de marée en faveur du oui (78% à Johannesburg, au Cap, à Port Elizabeth), les records en sa faveur ayant lieu au Natal (78% à Pietermaritzburg; 84% à Durban).
C'est la consécration pour De Klerk qui déclara qu'en ce jour les sud-africains avaient décidé par eux-même de refermer définitivement le livre de l'apartheid. Sans condamner le régime passé, il rappela que le système né pour de bonnes intentions avait dérapé sur la réalité des faits. Il s’avérait bien que les blancs ne renonçaient pas au système parce qu'il était moralement condamnable mais parce qu’avec pragmatisme, la communauté afrikaner prenait acte du fait que l'apartheid était un échec n'ayant pu lui assurer ni la sécurité économique ni la sécurité physique. Une issue négociée était alors d'autant plus vitale, pour la «tribu blanche».
La fin de la domination blanche (1992-1994)
Les négociations de Kempton Park près de Johannesburg auxquelles se joigna le Parti Conservateur (CP) en tant qu'observateur devaient aboutir à une constitution provisoire.
Parallèlemment, les sanctions internationales furent progressivement levées.
En 1992, l'Afrique du Sud, exclue depuis 1964, fut réintégrée aux jeux olympiques de Barcelone auxquels elle participa sous un drapeau olympique, l'ANC refusant que des sportifs noirs soient représentés sous les couleurs de l'apartheid. Pour la 1ère fois depuis longtemps, une équipe de rugby étrangère vint en RSA durant l'été 1992 sans opposition mais sous conditions imposées par l'ANC concernant le comortment des officiels sud-africains. Mais lors du 1er test-match contre la Nouvelle-Zélande à l'Ellis Park de Johannesburg, en faisant jouer l'hymne national « Die Stem » repris en cœur par un public agitant abondamment les couleurs bleues, blanches et oranges, l'ANC menaça d'en appeler à nouveau aux sanctions internationales.
En mars 1993, alors que les négociations continuaient, un des leaders les plus populaires du parti communiste, Chris Hani, fut assassiné. L'enquête retrouva rapidement les instigateurs de l'attentat parmi les milieux d'extrême droite. Le commanditaire de l'assassinat était Clive Derby Lewis, un des chefs anglophones du CP. L'arrestation de ce dernier fut le symbole de la fin de l’impunité pour les tenants de la ségrégation . En avril 1993, un nouveau coup dur frappa le CP : Andries Treurnicht mourait à la suite de problèmes cardio-vasculaire. Un nouveau chef, Ferdinand Hartzenberg, lui succéda mais il ne put enrayer le déclin du parti.
Du côté des nationalistes, des scandales éclaboussèrent le gouvernement De Klerk. Magnus Malan abandonna son poste de ministre de la défense pour celui des eaux et forêts à la suite de mises en cause dans la fourniture d'armes au parti zoulou Inkhata pour contrer les militants de l'ANC. Le ministre de la loi et de l'ordre, Adriaan Vlok, fut lui aussi impliqué dans le scandale et également céda son poste pour un autre moins sensible. La mise à l'écart de ces 2 piliers conservateurs du gouvernement compromis dans les exactions des forces de sécurité obligea De Klerk à accélérer les négociations en vue de l'élection d'une assemblée constituante en 1994.
Mais ne voulant pas brader les intérêts de la minorité blanche, De Klerk rechercha des garanties pour les droits des minorités, pour le maintien et le respect de certaines valeurs fondamentales : respect du droit de propriété afin de prévenir toute redistribution de terres abusive, garantie des intérêts culturels, économiques et sociaux. Il s'agissait pour les blancs de transférer le pouvoir politique à la majorité noire mais de conserver le pouvoir économique pour plusieurs années encore et éviter le sort des ex-colonies d'Afrique. Des garanties furent également confirmées concernant la rédaction de la future constitution par la future assemblée constituante.
Le 18 novembre 1993, l'ANC et le NP approuvèrent une nouvelle constitution démocratique, des élections pour tous les adultes en avril 1994 et le statut de langue officielle pour neuf langues locales soit un total de onze.
Du côté des radicaux de droite, un front du refus se constitua regroupant le CP et divers mouvements afrikaners avec les partis et dirigeants conservateurs noirs. Ce regroupement au sein d'une « Alliance pour la liberté » marqua l'arrivée sur la scène politique du Général Constand Viljoen, un Afrikaner très respecté jusque dans les rangs de l'ANC. Il regroupa derrière lui la totalité des partis nationalistes, conservateurs ou d'extrême droite. Mais l'Alliance pour la liberté se brisa rapidement, le seul point commun entre ses membres étant le refus des élections. Très vite, certains dirigeants noirs quittèrent l'alliance contraints de rejoindre le processus électoral. Ce fut le cas des chefs du Ciskei ou du Bophuthatswana après l’échec par ce dernier d’une tentative de sécession.
Quand Viljoen obtint la garantie de l'ANC que le prochain gouvernement nommerait une commission pour étudier la faisabilité du projet d'un Volkstaat (État Afrikaner) en RSA en contre partie de la renonciation à la violence et de la participation des mouvements afrikaners aux élections, il est désavoué par ses partenaires du CP, du HNP et de l'AWB. L’idée du Volkstaat était pourtant au cœur des revendications afrikaners conservateurs. Le CP avait été créé sur ce programme. Comme une sorte de bantoustan à l’envers, ce Volkstaat regrouperait sur un territoire assez vaste l'ensemble des afrikaners avec Pretoria pour capitale. Mais ils étaient divisés sur les limites géographiques de ce territoire indépendant; les plus radicaux voulaient le constituer sur les frontières des anciennes républiques Boers alors que les plus modérés le voulaient dans le nord-ouest de la province du Cap faiblement peuplée et dont la population avait l'afrikaans pour langue maternelle. Déjà, dans une bourgade à la lisière entre l'État Libre d'Orange et la province du Cap s'était constituée un embryon de Volkstaat à Orania, ville habitée uniquement par des afrikaners.
A la suite du désaveu de Viljoen par le CP, le général afrikaner créa un nouveau parti, le Front de la Liberté (Freedom Front - FF) pour représenter les afrikaners aux élections de 1994.
Quant au CP, il livra ses dernières batailles parlementaires puis symboliquement, en pleine session parlementaire, entonna pour oraison funèbre de la domination blanche, l'hymne « Die Stem Van Suid Afrika » après que le gouvernement eut fait adopter les dernières lois mettant sur pied un régime multiracial de transition chargé d'élaborer dans les 5 ans une nouvelle constitution.
En avril 1994, après une campagne électorale sous tension où les attentats de gauche et de droite se sont succédé, la RSA allait procéder à ses 1ères élections multiraciales.
Deux jours avant le vote, un attentat attribué à l'extrême droite eu lieu à Johannesburg devant le quartier général de l'ANC. Des attentats meurtriers suivirent à Germiston et à l'aéroport Jan Smuts de Johannesburg. Considérés comme un baroud d'honneur de l'extrême droite, ils ne remirent pas en cause les élections.
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nouveau drapeau sud-africain
A minuit une, un autre drapeau (arc-en-ciel) aux couleurs noir, jaune, vert, rouge, blanc, bleu, fut levé alors que retentissait le nouvel hymne officiel symbole des africains « Nkosi sikhelele'i Afrika » (Dieu sauve l'Afrique) suivi immédiatement de « Die Stem ». L'Afrique du Sud avait du choisir un nouveau drapeau pour symboliser le changement de régime et un nouvel hymne national, en l’occurrence 2 hymnes pour la période de transition, les blancs acceptant l'hymne des noirs et ces derniers acceptant de conserver celui des blancs pour manifester la réconciliation.
A partir du 27 avril 1994 et pendant 3 jours, les sud-africains allaient voter. Seuls 5 partis étaient assurés d'une audience nationale sur la vingtaine qui se présentait: L'ANC, le NP, l'Inkhata Freedom Party (IFP), le DP (le parti des libéraux anglophones) et le FF le parti de Viljoen. Le CP et le HNP ont refusé de participer.
Les résultats officiels furent publiés début mai. Les sud-africains avaient voté pour élire leurs représentants au parlement et dans les conseils provinciaux. À cette fin, 9 nouvelles provinces avaient été constitué à la place des 4 anciennes, réintégrant tous les bantoustans indépendants ou autonomes: - L'ANC remporta 63 % des voix soit un peu moins des 2/3 nécessaires pour élaborer et voter seul la future constitution. Le parti de Nelson Mandela remporta 7 des 9 nouvelles provinces. - Le NP arriva en second avec 23 % des voix, essentiellement celles des blancs, des métis et des indiens. Grâce aux métis d'ailleurs, le NP remporta la province du Cap-Occidental avec 59 % des voix et échoua de justesse dans la province du Cap-du-Nord avec 40 % des voix (contre juste 50 % à l'ANC). - L'IFP obtint 10 % des voix et une représentation provinciale presque uniquement au KwaZulu-Natal avec 50 % des voix obtenus malgré la fraude électorale qu’elle avait organisée. - Le Freedom Front avec 2,8 % vint ensuite mais n'atteignit pas la barre des 5 % qu'il s'était fixé. En fait, il n'avait obtenu qu'un peu moins de la moitié des voix traditionnels du CP (soit 450 000 au lieu de 1 million). Cet électorat soit avait préféré voter « utile » et donc pour le NP soit s'était réfugié dans l'abstention comme l'encourageait le CP. - Le DP arriva en 4ème position avec 1,8 % des voix essentiellement au Cap et à Johannesburg. L'extrême gauche fut laminée. Quant aux provinces du nord de l'Orange, elles se retrouvèrent toutes avec un gouvernement ANC : - La nouvelle province du Northern Transvaal vota à 84% pour l'ANC (38 sièges au conseil provincial), le reste se partageant chez les blancs entre le NP (1 siège) et le FF (1 siège). - La nouvelle province de Pretoria-Witwatersrand-Vereeniging au cœur de l'ancien Transvaal (région de Johannesburg) vota à 57 % pour l'ANC, à 25 % pour le NP; le FF, le DP puis l'IFP obtenant ensuite de bons scores suffisant pour obtenir des sièges. - La nouvelle province du Nord-Ouest (Transvaal de l'ouest, Bophuthatswana et une partie du Cap nord-est) vota pour l'ANC (83 %) puis pour le NP (9 %) et le FF. - La nouvelle province du Eastern Transvaal vota à plus de 80 % pour l'ANC suivi du NP (9 %). Bons scores du FF (5 %). - L'État Libre d'Orange envoya 77% de représentants de l'ANC au conseil provincial. Le NP et le FF se maintinrent dans la plus afrikaner des provinces. - La nouvelle province du Northern Cape passa de justesse sous la domination de l'ANC (50 %) contre 40 % au NP, 6% au FF, et 1,8 % au DP. Toutes ces provinces plus celles du Cap occidental (seule province remportée par le NP avec 59 % des voix), du Cap oriental et du nouveau Kwazulu-Natal auront désormais à leur tête un premier ministre administrant les affaires provinciales.
Un gouvernement d'union nationale fut alors formé début mai, réunissant les représentants des partis ayant obtenu plus de 5% des voix, c’est-à-dire l'ANC, le NP et l'IFP.
Le 10 mai, Mandela fut élu Président de la République par le parlement. Son intronisation eu lieu à Pretoria en présence de représentants du monde entier dont le vice-président américain, Al Gore, ou Fidel Castro.
Le premier président noir nomma Thabo Mbeki comme 1er vice-président et Frederik De Klerk comme second vice-président. L'un représentait l'ANC, l'autre la minorité blanche qui dominait encore le monde des affaires. Le 1er gouvernement multiracial à majorité ANC comprenait plusieurs ministres NP dont l'inamovible Pik Botha qui passait des affaires étrangères au ministère des ressources et de l'énergie et quelques ministres de l'IFP dont Buthelezi, le chef de l'Inkhata nommé aux affaires intérieurs.
La présidence de Nelson Mandela (1994-1999)
L'Afrique du Sud a désormais un gouvernement issu de la majorité noire mais les traces d'apartheid n'en disparèrent pas pour autant facilement. Le nouveau gouvernement s'engagea dans le libéralisme économique (programme de privatisations) et de société de marché, abandonnant ses vieilles rhétoriques marxistes au grand dam de son allié communiste et des syndicats noirs. Le programme de redéveloppement mis en place et censé fournir en peu de temps des centaines de milliers de logements sera lui-aussi vite revu et corrigé pour faire face à la réalité. La mise sur pied de l' « affirmative action » devant promouvoir l'embauche des noirs aux anciens postes réservés aux blancs, prometteur au départ, se heurta rapidement à la réalité sociologique et au faible niveau de compétence des noirs. Les forces de sécurité sont réformés alors que la SADF (l'armée sud africaine) devient la SANDF (l'armée nationale sud africaine) en intégrant les anciens membres des cellules comabattantes de l'ANC.
Des scandales et des accusations de corruption impliquèrent rapidement des dignitaires du nouveau régime notamment Winnie Mandela, l'ex-femme du président.
Mais une véritable lune de miel dans les 1ers temps eu bien lieue entre les anciens oppresseurs et les anciens opprimés, en grande partie grâce à Nelson Mandela.
Si lors des premières tournées d'équipes de rugby étrangère en 1994, les spectateurs blancs déployaient plus souvent l'ancien drapeau sud-africain et entonnaient fièrement le « Die Stem », second hymne national après avoir écouté souvent dans une relative indifférence le « Nkosi sikhelele'i Afrika », leurs comportements se firent plus à l'unisson de ce qui était attendu de la nation arc en ciel lors de la coupe du monde de rugby en RSA en juin 1995. Le nouveau drapeau sud africain commença alors vraiment à être adopté par cet électorat nationaliste même si des rixes entre partisans de l'ancien et du nouvel emblème eurent lieu en plein stade de l'Ellis Park à Johannesburg.
Dans sa volonté de réconciliation nationale, Nelson Mandela invita toutes les anciennes premières dames sud-africaines pour un déjeuner à la résidence présidentielle de Pretoria en compagnie d'épouses de dignitaires de l'ANC. Aucune hormis Mme Hendrik Verwoerd, en raison de son grand âge ne déclina l'invitation et on vit Mmes Voster et Botha converser amicalement avec Mmes Sisulu, et Tambo, épouses ou veuves de militants ANC emprisonnés autrefois par la police de l'apartheid. Nelson Mandela ira même rendre visite à Betsie Verwoerd, quasi centenaire, résidente d'Orania, l'embryon de Volkstaat. D'ailleurs fidèle à son engagement préélectoral, Mandela institua une commission chargée d'étudier la faisabilité du projet de Volkstaat. Cette commission rendit un avis positif plongeant dans l'embarras le gouvernement et le NP, hostiles au projet. Viljoen accepta que ce Volkstaat soit une province sud africaine basée sur la seule langue maternelle afrikaans. Les détracteurs du projet y voyaient cependant la reconstitution de l'apartheid. Le projet resta en état.
Les tensions furent plus vives dans l'enseignement avec l'arrivée d'élèves noirs dans les écoles jusque là réservés aux blancs. Ces derniers craignaient une baisse du niveau scolaire devant l'afflux d'enfants sous-instruits. Les élèves noirs voulaient de plus bénéficier d'un enseignement en anglais et non en afrikaans comme c’était le cas dans la majorité des écoles du Transvaal et de l’Orange notamment. A Potgietersrus, dans le nord du Transvaal, des parents afrikaners entrèrent en conflit avec la nouvelle mairie ANC qui voulait imposer l'anglais comme langue d'enseignement à l'ancienne école afrikaner. De plus des bagarres éclatèrent dans les universités, notamment à Pretoria, entre étudiants noirs exigeant l'enseignement en anglais et les étudiants blancs afrikaners.
Une commission dite « vérité et réconciliation » présidée par l’Archevêque du Cap, Desmond Tutu, fut chargée d’enquêter dans le pays pour faire la lumière sur les crimes passés au nom de l’apartheid que ce soit par le gouvernement ou les mouvements de libération. Tous sont invités à venir raconter leur vérité et demander le pardon. Pendant 5 ans elle entendra des milliers de témoignages et en fera une synthèse dans laquelle elle fera des propositions. Aucun ancien dirigeant, hormis quelques ministres subalternes ne demandera le pardon pour les crimes commis. Parallèlement, les grands procès contre certains ministres comme Magnus Malan ou contre des représentants des forces de sécurité comme Wouter Basson, « le docteur la mort » se solderont par des acquittements prononcés par des juges formés sous l’ancien régime.
Aux élections municipales du 1er novembre 1995, la majorité des grandes villes passèrent sous le contrôle de l'ANC (66% au niveau national). Le NP se maintint dans le « vieux » Pretoria mais perdit des voix au niveau national alors que le FF tripla son score de 1994 aux dépens du CP et du HNP complètement laminés.
Certaines communautés d'afrikaners encouragés à recommencer le Grand Trek commencèrent à partir s'installer en Tanzanie, au Congo ou au Mozambique suite à des appels d'offre à leurs intentions par les gouvernements locaux.
En 1996, la future constitution définitive fut adoptée malgré les réserves des partis minoritaires, mécontents notamment du fait que certaines préoccupations des minorités n'aient pas été pris en compte. En mai 1996, la coalition gouvernementale fragilisée éclatait avec le départ du NP du gouvernement, effectif à partir du 30 juin 1996. Frédérik De Klerk laissait Thabo Mbeki, seul vice-président de Nelson Mandela.
La RSA entrait dans une nouvelle phase où pour la 1ère fois depuis 344 ans, les Afrikaners et autres représentants de la communauté blanche étaient exclus du pouvoir exécutif en tant que communauté.
Peu de temps après, Frédérik De Klerk renonçait à la politique et quittait la présidence du Parti National. Il était remplacé par un jeune loup aux dents longues, âgé d’une quarantaine d’année, Marthinus Van Schalkwyk. Parallèlemement et progressivement, tous les anciens des gouvernements d’apartheid se retiraient de la vie politique. Certains quittèrent le NP pour créer un nouveau parti multiracial comme l’UDM. D’autres enfin comme Pik Botha enjoignirent les membres de leur communauté à rejoindre le seul parti d’avenir, l’ANC.
Eugène Terre Blanche, le leader extrémiste de l'AWB, finit au début des années 2000 par être arrêté et condamné pour violence envers un garçon de ferme noir. Purgeant une peine de prison, il ne sera libéré qu'en 2004.
Nelson Mandela ayant annoncé qu'il n'effectuerait qu'un seul mandat, il devint très vite évident que seul son vice-président pouvait lui succéder. Ayant écarté les rivaux potentiels comme Cyril Ramaphosa, il prend la présidence de l'ANC et s'impose comme le dauphin de Nelson Mandela pour les élections générales de 1999.
Le premier mandat de Thabo Mbeki (1999–2004)
A la fin de l’année 1998, le Parti National se rebaptise Nouveau parti national (New National Party – NNP). Il fait face à une crise de confiance d'autant plus que nombre de ses anciens électeurs lui reprochent son manque de pugnacité face au gouvernement. La majorité de ses électeurs n’est d'ailleurs plus blanche mais de couleurs notamment au Cap.
Dans le même temps, le Parti Démocratique (DP) d’inspiration libérale et anglophone s’est transformé en parti de droite sous l’impulsion de son nouveau leader, Tony Leon, et attire à lui la nette majorité des électeurs blancs notamment les Afrikaners et les anciens électeurs du NP qui se reconnaissent maintenant d’avantage dans ce parti autrefois opposé à l’apartheid.
Le Freedom Front de Viljoen continue lui à drainer les ruraux afrikaners et la majorité des anciens électeurs du Parti Conservateur.
Les élections générales de 1999 sont marquées par une forte progression de l’ANC qui obtient plus des 2/3 des voix. C'est une nette victoire pour le vice-président Thabo Mbeki, président de l'ANC et candidat à la présidence de la république. C'est Jacob Zuma qu'il choisit comme futur vice-président. Ce dernier représente l'aile gauche du parti.
L'autre résultat marquant de ces élections est la dégringolade du NNP qui perd plus de la moitié de sa représentation nationale passant de 20 à 6 % des voix . Ultime humiliation, son rival du DP le remplace en tant qu’opposition officielle en devenant le 2ème parti en nombre de sièges représenté au parlement avec 9 % des suffrages. L’IFP se maintient ; le FF passe de 9 à 3 députés et le nouveau parti centriste UDM fait son entrée dans l'arène politique.
Au niveau des provinces, l’ANC renforce partout son emprise et devient la 1ère formation politique de la province du Cap-occidental détenu jusque là par le NNP. Pour se maintenir à la tête de la province, Gerald Morkell, le premier ministre NNP sortant de la province n’a d’autres solutions que de passer une alliance avec le DP. Au Kwazulu-Natal, l’IFP est reconduit avec son partenaire de l’ANC. Dans les provinces du nord, l’opposition se réduit à quelques strapontins. C’est le triomphe de Thabo Mbeki.
A la suite de ces élections, le NNP et le DP décident de former une alliance électorale en vue des municipales de 2000 en fusionnant au sein d’un nouveau parti l’Alliance Démocratique (Democratic Alliance – DA). Quelques petits partis afrikaners se joignirent à eux. Au parlement cependant, le DP et le NNP demeurèrent distincts car la légalisation interdisait aux parlementaires de changer de partis politiques entre les élections. Cette fusion NNP – DP fut très critiquée au sein du NNP, certains préférant l’optique d’une alliance avec l’ANC par rejet du parti anglophone DP et de l’impasse politique que cette opposition représentait. La fusion semblait plutôt imposer par les circonstances politiques que par une réelle volonté de relier les 2 partis d’opposition.
La DA connaît son baptême électoral aux élections locales en décembre 2000. Pour assurer une mixité raciale, les municipalités ont été géographiquement redéfinies pour englober les villes blanches avec les anciennes villes noires et de nouveaux noms différents de la ville- centre ont été adoptés pour désigner la nouvelle structure municipale. Ainsi la ville de Pretoria appartient dorénavant à la municipalité de Tshwane englobant également la ville de Centurion (ex-Verwoerdburg) et des divers townships. La cité de Krugersdorp est intégrée à Mogale City et Port Elizabeth à la métropole Nelson Mandela. La ville de Bloemfontein rejoint la municipalité de Maungang et Kimberley celle de Sol Plaatje. Si la municipalité de East London adopte le nom de Buffalo City, celles de Cape Town garde le nom de la ville mère tout comme Johannesburg où les autorités n’ont pu se mettre d’accord sur le nom d’Egoli. Dans le nord du pays, la ville de Pietersburg/Polokwane devient la municipalité de Polokwane et celle de Pietermaritzburg dans le Natal devient Msundzi. Durban adoptera un peu plus tard le nom de Ethekwini pour la région englobant la ville mère du Natal.
Le résultat des élections fut une victoire de l’ANC avec une majorité nationale de 59 % des voix dans toutes les métropoles sud-africaines, à l’exception de Cape Town.
Avec 22 % des voix, la DA réussissait son entrée dans la vie politique sud-africaine et contrôlait la majorité des municipalités de la province du Cap-occidental dont celles de Cape Town, Stellenbosh et George. Cependant, son influence restait limitée dans les provinces du nord, ratant de peu la victoire à Kimberley et n’obtenant que 36% des voix dans la métropole de Tshwane tout en étant majoritaire dans la ville centre de Pretoria. L’ANC remportait au total 170 municipalités sur tout le pays contre 18 à la DA et 36 au parti zoulou Inkhata.
En 2001, le général Viljoen se retira de l’arène politique et Pieter Mulder lui succèda à la tête d’un Freedom Front en perte de vitesse dans la communauté afrikaner.
Un litige à propos du nouveau maire (DA et ex-NNP) du Cap, Peter Marais, accusé de corruption, opposa très fortement Tony Leon au vice président du parti Marthinus Van Schalkwyk. Durant toute l’année, les tensions montèrent au sein de la DA entre certains anciens NNP et d’autres DP.
A l’automne 2001, Marthinus Van Schalkwyk annonça brutalement le retrait des cadres du NNP des instances dirigeantes de la DA et officialisa les contacts pris avec l’ANC en vue d’un nouveau partenariat. C’est la scission et chaque membre de la DA eu à choisir son allégeance. Ayant été élus sous l'étiquette de la DA, les élus municipaux sont pris en tenailles; ils ne peuvent quitter le parti sans démissionner de leur fonction élective. Quant aux parlementaires, ceux qui au NNP souhaitent rester dans l’alliance avec le DP ne peuvent non plus changer d’affiliation partisane sans perdre leur mandat.
Durant toute cette fin d’année, les élus de l’opposition prirent position en faveur de la DA ou d’une alliance avec l’ANC. L’ancien président De Klerk sortit de sa retraite politique pour dénoncer l’intransigeance de Tony Leon. L’ancien ministre Pik Botha appella les Afrikaners à se détourner de l’impasse qu’était la DA et à rejoindre l’ANC.
Ce changement d’alliance fit tomber le 1er ministre du cap occidental, Gerald Morkell, ancien NNP resté fidèle à la DA. L’alliance NNP-ANC dans cette province où la DA n’existe pas en tant que tel permet à Peter Marais de devenir le nouveau 1er ministre mais assez vite, poursuivis par de multiples affaires judiciaires, il laissa le poste à Marthinus Van Schalkwyk.
Quant à Morkell, il devint pour un temps le nouveau maire du Cap sous la menace d’une implosion des élus DA de la municipalité.
En effet, au parlement, l’ANC et ses alliés firent voter une loi permettant aux élus municipaux et aux parlementaires de changer de partis politiques pendant une période déterminée.
En 2002, cette fenêtre d’ouverture est d’abord offerte aux élus locaux pour faire défection. Non seulemement la DA de Tony Leon perdit le contrôle des municipalités qu’elles détenaient dans le Northern Cape, mais les dégats furent considérables aussi dans le Western Cape où elle perdit ses plus prestigieuses municipalités (Stellenbosh, Swellendam, Tulbagh et Cape Town) au profit de l’alliance ANC-NNP. Si la DA garda quelques bastions comme George et Mossel Bay, elle perdit en tout 417 conseillers locaux sur les 1 408 qu’elle détenait. Dans l’opération, l’ANC gagna 128 nouveaux conseillers. Quant au NNP, il récupéra la moitié de ses anciens cadres.
Pendant que la DA se déchirait, le gouvernement Mbeki continuait à diriger un pays dont la situation économique stagnait. La période de transition ayant pris fin avec le départ de Mandela, Mbeki décide d’imprimer d’avantage la marque des changements dans la géopolitique sud africaine. Après avoir choisi de nouvelles armoiries et une nouvelle devise pour le pays, Mbeki encourage les provinces à s’africaniser. La Province du Nord en même temps qu’elle adoptait le nom de Limpopo faisait rebaptiser toutes les villes portant un nom afrikaner.
En février 2003, la loi du « cross over » est appliqué aux élus nationaux permettant à neufs élus NNP de rejoindre les élus du DP restés fidèles au parti de Tony Leon. L’opposition officielle voit ainsi sa représentation passer à 48 élus contre les 275 de l’ANC, les 31 de l’IFP zoulou et les 20 du NNP.
La DA qui reçoit le soutien de 70 % des blancs et de 14 % des noirs doit se reconstruire et passer des alliances avec les autres partis noirs pour repartir à la conquête du pouvoir, lequel n’a jamais semblé aussi éloigné. Au cours de l’été 2003, elle annonce cependant l’émergence d’une « coalition pour le changement » avec le parti zoulou Inkhata, avec lequel elle gère en partenaire minoritaire et depuis peu la province du Kwazulu-Natal. Elle invite les autres partis d’opposition à les rejoindre en vue des élections de 2004 pour prendre, reprendre ou garder le contrôle des provinces où l’ANC est le plus contesté.
Le NNP, au bord de la banqueroute, ne recueille plus qu’un tiers des voix des blancs et 37 % de celui des métis ce qui en fait le parti le plus multiracial du pays, sa seule réussite. En fait, selon les résultats affinés d’un sondage, un des traits marquants dans l’Afrique du Sud de 2003 est la persistance des allégeances politiques selon les groupes raciaux: ainsi les Noirs représenteraient 93% de l'électorat de l'ANC, plus de 97% du soutien de l'Inkatha. À l'inverse, plus de 75% des électeurs de la DA sont blancs.
Plus de 200 mille personnes toutes races confondues ont été assassinées depuis 1994 (Marike De Klerk, l’ex-épouse du dernier président blanc, est elle-même assassinée à son domicile en décembre 2001); 100 mille personnes depuis 1996 ont été dépouillées avec violence de leur automobile ; plus d’un million de personnes enfin sont mortes du sida alors que 7 autres millions se trouvent sans emploi.
En 2002, près de 11 mille sud africains essentiellement blancs avaient quitté le pays contre 10 000 en 2000 et 12 000 en 2001. l’exode se maintient donc autour de 10 000 personnes par an et ce ne sont là que les chiffres officiels basés sur les déclarations et reconnus comme inférieur à la réalité.
Le second mandat Mbeki et le démantellement de la nation arc-en-ciel
Vers un parti ipso facto unique
En 2004, les élections législatives sont un véritable désastre pour le NNP qui ne retrouve que 1,65 % des voix et 7 parlementaires (20 % des voix en 1994). L’alliance ANC – NNP fait tomber les 2 seules provinces d’opposition (Wester Cape et Kwazulu-Natal) dans l’escarcelle de l’ANC qui dispose dorénavant des 9 premiers ministres de province sous ses couleurs. L’opposition ne dispose plus d’aucun levier exécutif dans le pays. Avec 12 % des voix, la DA augmente sa représentation alors que le FF+ (issu de la fusion avec le Parti Conservateur) maintient sa représentation. Le NNP n’en entre pas moins au gouvernement. Marthinus Van Schalkwyk devient le ministre du tourisme.
Au printemps de cette même année, Eugène Terreblanche est libéré pour bonnes conduites. Il déclare renoncé à la politique. L’AWB n’est plus que l’ombre de la puissance qu’elle ne fut jamais.
L’événement de l’année ne sera cependant pas les élections mais la dissolution du NNP en tant que parti politique. Le 7 août 2004, Van Schalwyck annonce la fusion unilatérale de son parti avec l’ANC et son adhésion prochaine au parti que ses prédécesseurs avaient passés 80 ans à combattre.
Ainsi les rescapés du parti de Malan décident de mettre fin à l'aventure de ceux qui avait brandi durant 90 ans l’étendard du nationalisme afrikaner symbolisant ainsi la défaite ultime de celui-ci. Les circonstances de cette fusion provoque l’incrédulité dans toute la classe politique mais l’ANC accepte volontiers ces nouvelles recrues d’autant plus qu’il n’y a eu aucune négociation et que cet apport leur permet de dépasser le seuil des 70 % des sièges à l’assemblée. L’ancien Président FW De Klerk désavoue son successeur à la tête du parti et résigne son adhésion au parti moribond.
L’ANC se retrouve quasiment seul avec la DA mais le combat est trop inégal pour espérer une alternance prochaine. L'ANC reçoit de plus en plus mal les critiques à mesure que sa position dominante se confirme. L'ancien président de Klerk dénoncera au début de l'année 2005 les atteintes aux droits des minorités et l'autisme des dirigeant nationaux et provinciaux de l'ANC.
Il apparaît bien que toute alternance ne pourra venir que de l’intérieur de l’ANC le jour où le parti implosera à force de faire co-exister en son sein des sensibilités politiques d’horizons trop divers pour ne pas finir par s’entredéchirer.
Une politique étrangère peu efficace
Depuis son arrivée au pouvoir, Thabo Mbeki essaye de faire du pays un partenariat indispensable des grandes puissances occidentales en Afrique d'autant plus que l'Afrique du Sud est toujours perçue comme une puissance émergente au statut et aux aspirations comparables à ceux du Brésil, de l'Inde ou du Nigeria, mais cette aspiration à jouer un rôle dynamique se révèle de plus en plus difficile, principalement à cause de son environnement régional. En effet, la persistance des guerres civiles, l'échec régulier des cessez-le-feu et des efforts de médiation s'ajoutent les uns aux autres pour compliquer les efforts de résolution des conflits par la voie diplomatique ou de maintien de la paix traditionnelle. C'est le cas notamment en Côte d'Ivoire où le président sud-africain a tenté une médiation formalisée par les "accords de Pretoria" en avril 2005 mais dont la mise en oeuvre est plus ardu que prévu.
Thabo Mbeki est pourtant le promotteur de la notion de «renaissance africaine» consistant pour les Africains à trouver des solutions africaines aux problèmes africains. Il dispose à cette fin de la "Nouvelle alliance pour le développement africain" (NEPAD), organisation dont le but est la promotion de normes décentes et appropriées pour le développement économique et politique du continent mais qui dépend dans une grande mesure de subventions occidentales.
Concernant plus particulièrement la situation au Zimbabwe, la «diplomatie tranquille» de Mbeki, sur laquelle se sont reposés au début les occidentaux, est un échec d'autant plus que la classe politique au pouvoir en Afrique du Sud et dans les pays voisins comme la Namibie est solidaire de l'ancien combattant anti-colonialiste qu'est Robert Mugabe.
Un parti gangrené par la corruption et l'incompétence
En 2005, les multiples allégations de corruption contre le vice-président Jacob Zuma entachent la réputation de l'ANC et du gouvernement. Le procès pour pots de vins du conseiller financier de Zuma, Shabir Shaik, révèle les importants détournements de fonds au profit de Jacob Zuma. Ce procès fait suite à une longue série de scandales impliquant des hiérarques de l'ANC depuis quelques années, que ce soit des accusations de corruption, des dénonciations d'espionnage, des menaces physiques ou des meurtres.
Le 2 juin 2005, Schabir Shaik est condamné à quinze ans de prison ferme pour avoir versé près de 160 mille euros au vice-président entre 1995 et 2001 afin de décrocher plusieurs contrats, ainsi que d'avoir négocié un pot-de-vin entre Zuma et le fabriquant d'armes Thint, filiale sud-africaine du groupe français Thomson CSF, prévoyant un versement annuel de 500 000 rands (60 530 Euros) au vice-président. Le juge a ainsi qualifié la relation entre Shaik et Zuma de «globalement corrompue».
C'est le dos au mur que Thabo Mbeki est obligé de démettre Jacob Zuma de ses fonctions de vice-président le 14 juin 2005 alors que ce dernier dénonce les pressions et le complot politique mené par la presse, l'opposition blanche et des complicités intérieures au sein de l'ANC.
Jacob Zuma représentait l'aile gauche de l'ANC, du Parti communiste sud-africain (SACP) à la confédération syndicale Cosatu. Son départ ne remet pas en cause totalement la possibilité de succéder à Thabo Mbeki en 2009 mais à court terme ce dernier devrait donner des gages aux plus radicaux de l'ANC notamment en accélérant le processus d'africanisation de la toponymie sud-africaine en commençant par Pretoria (alors qu'il y était hostile) et à accélérer le processus d'indemnisation des africains spoliés de leurs terres sous les gouvernements blancs.
Plus surprenant, Nelson Mandela est obligé de se défendre dans une affaire d'escroquerie tournant autour de faux tableaux vendues sous sa signature.
Diviser pour encore mieux régner
Après 10 années de nations arc-en-ciel, le gouvernement et l'ANC ont de plus en plus de mal à supporter l'existence d'une opposition qu'elle soit politique ou raciale. Le gouvernement s'en prend à l'Alliance Démocratique en la stigmatisant comme un parti anglophone raciste et capitaliste, caniche des occidentaux. Plus généralement, ce sont les sud-africains blancs anglophones qui sont stigmatisés comme d'"indécrotables racistes impérialistes" alors que dans le même temps, le gouvernement loue la volonté des Afrikaners, de s'intégrer et de reconnaitre les crimes de l'apartheid. Ainsi, quand le président Thabo Mbeki fait l’éloge en mai 2005 des Akrikaners comme "les catalyseurs qui mettront un terme à la division raciale du pays", c'est bien au détriment des Blancs anglophones moins enclins selon lui "à soutenir la nouvelle Afrique du Sud et l’africanisme".
Mais dans le même temps, ces Afrikaners loués par le président subissent également des attaques en règle des édiles de l'ANC notamment quand celles-ci se mettent à réécrire la toponymie locale. Ainsi, en dépit des difficultés économiques, de l'explosion de la criminalité et des ravages de la pandémie du sida, les gouvernement locaux dominés par l'ANC prennent comme priorité de faire disparaitre tout vestige linguistique ou toponymique se rapportant à l'héritage du colonialisme et de l'apartheid. A cette fin, ils disposent de deux armes redoutables: le Conseil des noms géographiques sud-africain (SAGNC), notoirement inféodé à l'ANC et chargé de recommander les changements de dénominations des lieux et le ministre de la culture Pallo Jordan chargé de les approuver. Bien que strictes, les critères du processus sont constamment violés par le Conseil et le Ministre. L'exigence de l'existence d'anciens noms africains est constamment détournée tout comme le recours à une vaste consultation publique. Ainsi, quand les anciens noms n'existent pas, ils sont inventés et légitimés par le conseil comme ce fut le cas à Pietersburg et Pretoria au prix de la légitimation d'une falsification historique. Dans d'autre cas, ils trahissent simplement l'histoire (Louis-Trichardt et Potgietersrus).
C'est ainsi que pour le polémiste Dan Roodt, "le gouvernement est engagé dans une sorte de nettoyage ethnique" ausssi bien concernant le changement des noms que pour la diminution de l’afrikaans dans l’enseignement. De son côté, l'ancienne figure de proue du parti démocratique, Helen Suzman, déclare qu'il était plus facile d'être un opposant de race blanche sous le régime de l'apartheid que sous celui de l'ANC.
D'autres parleront de dictature rampante de l'ANC dont la mainmise sur les gouvernements des villes et les institutions nationales est quasi-totale, voire totalitaire.
Une économie cependant en pleine croissance malgré un chômage endémique
Tous les indicateurs ne sont pas cependant négatifs et un taux de croissance de 4,5% est annoncée pour l'année 2005 alors que les investissemnts étrangers continuent.
Cependant, un habitant sur deux est au chômage, la pauvretée s'est accrue depuis 1994 tout comme l'écart entre les plus riches et les plus pauvres.
Enfin, la criminalité et le Sida font des ravages.
Pour en savoir plus
- L'Alliance de James Michener reprend toute l'histoire de l'Afrique du Sud par une saga familiale s'étalant depuis l'arrivée des premiers européens jusqu'à nos jours.
- Dans ce genre épopée familiale, il y a aussi les romans de Wilbur Smith, notamment ceux relatifs à la saga des Courtney comme Quand le lion a faim, Les feux du désert, la piste du renard, La piste du chacal entre autres.
- Histoire de l'Afrique du Sud par Bernard Lugan
- L'Afrique du Sud» des Afrikaners et La nouvelle Afrique du Sud par Paul Coquerel
