Harmonie

Le mot harmonie renvoie généralement aux simultanéités sonores dans la musique. Ce terme peut cependant recevoir plusieurs autres sens, en relation ou non avec la musique et les sons.

Le mot harmonie est dérivé du grec « armonia », signifiant arrangement, ajustement, et désignant plus précisément la manière d'accorder la lyre.
Sommaire

L'harmonie, troisième composante de la musique

Dans son sens le plus large, le mot harmonie désigne traditionnellement la troisième composante de la musique — les deux premières étant respectivement, le rythme et la mélodie, la quatrième étant le timbre. L'harmonie relève de l'utilisation délibérée de fréquences simultanées, dans la perspective d'apporter relief et profondeur au chant ou au jeu instrumental : elle représente donc l'aspect vertical de la musique, tandis que la mélodie en représente l'aspect horizontal.

Généralités

Dans cette acception, le mot, qui s'écrit parfois avec une majuscule — l'Harmonie —, peut être considéré comme un synonyme du mot Polyphonie — pris également dans son sens le plus large. L'harmonie s'oppose ainsi à la monodie médiévale — ou musique homophone —, et, plus généralement à tout type de musique, d'ici ou d'ailleurs, d'hier ou d'aujourd'hui, jouée ou chantée à l'unisson.

Par exemple, sont qualifiés « d'instruments harmoniques », la plupart des instruments à clavierpiano, orgue, clavecin, accordéon, harmonium... —, ainsi qu'un grand nombre d'instruments à cordesharpe, guitare, luth... — ; tandis que des instruments tels que la flûte, le violon, la clarinette, etc., sont considérés comme des « instruments mélodiques ».
Mais l'explication des origines de l'harmonie par l'acoustique et les harmoniques du son fondamental a ses limites : ainsi, dans la théorie de Rameau, l'accord parfait mineur — do mi bémol sol — est une sorte d'anomalie, puisque le mi bémol n'est pas un des harmoniques de do. On peut remarquer cependant que ces trois notes ont beaucoup d'harmoniques communs : ainsi le quatrième harmonique de mi bémol est le sol, qui est aussi un des harmoniques de do (et de sol, bien sûr).

Antiquité grecque

Parmi les différentes civilisations antiques, la civilisation grecque mérite d'être traitée à part en matière de musique, d'une part parce qu'un certain nombre de textes décrivant et commentant son système et sa pratique, sont parvenus jusqu'à nous, d'autre part parce qu'elle a souvent servi de point de départ aux théories savantes sur la musique médiévale. À ce titre, la musique de la Grèce antique peut être considérée comme l'une des sources de la musique occidentale, mais aussi de la musique classique arabe, même si les théoriciens médiévaux interprétaient ce qu'ils savaient de la musique grecque.

Le système dit des « harmonies » n'était pas une théorisation des usages en matière de simultanéités sonores, mais une description des échelles de base, fondées sur l'accord de la lyre — c'est-à-dire, la « manière d'accorder » cet instrument — : aspects de l'octave, choix de la note fondamentale, succession des intervalles conjoints, etc.

Moyen Âge

Ce n'est qu'au milieu du Moyen Âge que va se produire ce grand bouleversement qu'est la naissance de la notation musicale. La tentative de fixer la musique sur le papier entraînera l'invention du solfège — qui ne trouvera sa forme définitive qu'à la Renaissance — ainsi que le développement du concept de partition, ceci, au détriment de la mémoire, de la transmission orale et des ressources de l'improvisation musicale.

- Le mouvement oblique — c'est le principe du bourdon des instruments populaires, tel que la vielle ou le biniou.
- Le mouvement parallèle que l'on retrouve, tout d'abord, dans l'organum — succession de quintes ou d'octaves harmoniques —, mais également, un peu plus tard, dans le gymel — succession de tierces ou de sixtes harmoniques.

Renaissance

La Renaissance est une période de transition entre le système modal médiéval et le système tonal du siècle suivant — XVIIe.

- La musique est essentiellement consonante : les accords utilisés sont des accords de trois notes — la septième et la neuvième, en tant que notes dissonantes au sein d'un accord, ne seront utilisées qu'au cours des époques ultérieures.
- La basse devient progressivement indépendante : alors qu'au cours de la période précédente, elle était une mélodie comme une autre, elle est désormais traitée comme une partie chargée d'une fonction spécifique.
- La sensible est employée de manière systématique : elle sera la marque de la musique tonale, comme la sous-tonique était celle de la musique modale.
- Les chromatismes — très fréquents dans le madrigal —, les modulations, les marches d'harmonie, les cadences, font leur apparition.

L'harmonie tonale

Dans son sens le plus étroit, et plus précisément en musique classique, le mot harmonie désigne la discipline étudiant la disposition et de l'enchaînement des accords.

Jadis le mot harmonie était parfois même employé comme un simple synonyme du mot accord.
- La polyphonie — au sens technique du terme — est le système musical en usage de la fin du Moyen Âge à la fin de la Renaissance.
- L'harmonie — classique, ou tonale — est le système musical qui se substitue au précédent à partir du XVIe siècle, et qui, durant plus de trois siècles, restera le système de référence de l'écriture des simultanéités dans la musique occidentale savante.

Le concept d'accord

La notion d'accord, en tant que simultanéité sonore synthétisée, succède à celle d'intervalle harmonique en usage depuis le Moyen Âge. En harmonie tonale, un accord est une entité particulière, définie comme une combinaison simultanée d'au moins trois notes, disposées au départ sous la forme d'une superposition de tierces.

Le mot accord, en tant que concept renvoyant à un ensemble de sons simultanés, ne semble pas antérieur au XVIe siècle.
Il faut bien entendu distinguer « l'accord » en tant qu'élément de l'harmonie, de « l'accord » en tant que réglage des fréquences d'un instrument par rapport au diapason, ou encore, de « l'accord » en tant que manière de réaliser ce réglage.

Le procédé d'écriture

Le contrepoint est de plus en plus en retrait. Il subsistera toutefois en tant que discipline enseignée dans les conservatoires et écoles de musique, afin de contribuer à la formation des musiciens.

Les caractéristiques du système

La pierre angulaire du système tonal est le principe de « tension-détente » condensé dans la cadence parfaite, à savoir, succession d'un accord dissonant, chargé de tension, et d'un accord consonant ou accord stable — accord parfait — apportant la détente.

En harmonie tonale, une pièce musicale peut être notée sur seulement deux portées, la première affectée à la mélodie, la deuxième, à la basse, avec, entre les deux, un certain nombre de chiffres figurant les accords à réaliser sur un instrument harmonique — clavecin, luth, etc. Ce procédé, très en vogue à la période baroque, est appelé « basse continue ».

L'harmonie au vingtième siècle

Au début du XXe siècle, l'harmonie classique perd le monopole de l'écriture musicale savante. Elle évolue alors dans plusieurs directions, souvent divergentes.

L'harmonie et les nouveaux systèmes musicaux

Les structures traditionnelles sont remises en question par bon nombre de compositeursDebussy, Schönberg, etc. Le système tonal éclate, les anciennes échelles sont souvent abandonnées, etc. Dans les nouveaux systèmes inventés de toute pièce — musique sérielle, musique aléatoire, musique concrète, etc. —, l'harmonie classique ne trouve plus sa place. Celle-ci en effet peut difficilement survivre en-dehors de la tonalité et des échelles traditionnelles, diatonique et chromatique.

L'évolution de l'harmonie dans la musique tonale

Lorsque les compositeurs font le choix de travailler dans la musique tonale, ou modale, ou tout au moins, dans des gammes reproductibles sur l'échelle chromatique habituelle, ils utilisent parfois l'harmonie, mais ne manquent pas de faire évoluer celle-ci, au gré de leur inspiration ou de leurs recherches : par exemple, en inventant de nouveaux accords, toujours plus chargés : accords de six notes, accord de sept notes, ou encore, en trouvant des simultanéités inanalysables selon les règles classiques — simplement appelées agrégats.

L'enseignement de l'harmonie

L'harmonie classique telle qu'elle s'est développée du XVIIe au XIXe siècle subsiste, mais elle n'a pas pris en compte les évolutions du XXe siècle : elle s'arrête généralement à l'étude des accords de cinq notes. Celle-ci est désormais devenue une discipline enseignée dans les conservatoires et les écoles de musique, au même titre que la composition ou le contrepoint.

L'utilisation de l'harmonie dans les autres types de musique

Les ressources de l'harmonie classique sont également adoptées par le jazz, et les musiques populaires plus ou moins apparentées à ce genre musical : blues, rock, chanson, etc. Cette utilisation est effectuée cependant au prix d'un certain nombre d'aménagements.

Les autres sens du mot harmonie

Sens extra-musical

De manière très générale, et en dehors du domaine musical, le mot harmonie signifie « bonnes relations », « concordance », « entente », entre des personnes ou des objets différents.

C'est ainsi, par exemple, qu'à propos d'un tableau, d'un vêtement, d'un décor, etc., on pourra parler de « l'harmonie » des couleurs. On pourra dire également, en parlant de personnes cette fois, que celles-ci s'entendent bien et travaillent toujours en bonne « harmonie ».

Un ensemble de sons agréables

Une harmonie peut ensuite renvoyer, de manière assez vague, à un ensemble de sons, successifs ou simultanés, agréable à l'oreille, c'est-à-dire, à une « musique harmonieuse ».

Par exemple : « l'harmonie » du chant des oiseaux.

Un type d'orchestre

Enfin, une harmonie — ou orchestre d'harmonie — est un orchestre composé, pour l'essentiel, d'instruments à vent, bois et cuivres.

Voir aussi


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See also: Harmonie, Accent tonique, Accord (musique), Accord de cinq notes, Accord de cinq sons, Accord de quatre notes, Accord de trois notes