Guerre civile anglaise (1135-1154)

À la mort du roi Henri Ier d'Angleterre, en 1135, avec l'usurpation du trône par Étienne de Blois, une guerre civile éclate en Angleterre et en Normandie entre ses partisans et ceux de l'héritière légitime Mathilde l'Emperesse. Ce conflit durera tout le règne d'Étienne et ne cessera que l'année de sa mort, en 1154.

Sommaire

Prémisses de la guerre

Avec le naufrage de la Blanche-Nef en 1120, le roi Henri Ier perd son seul fils Guillaume dit Adelin. Et son second mariage ne lui apporte pas de descendance.

Il fait alors reconnaître sa fille Mathilde, veuve de l'empereur Henri V comme son héritière par tous les barons d'Angleterre le 1er janvier 1127. En 1128 il la marie avec Geoffroy Plantagenêt fils du comte d'Anjou et du Maine Foulque V. Le roi fait renouveler le serment de ses barons le 8 septembre 1131 et à nouveau le 2 août 1133 — à cette date lui est né un héritier, le futur Henri II d'Angleterre qui est également cité dans le serment.

Dans les mois qui suivent Geoffroy d'Anjou essaye d'obtenir plusieurs châteaux dans le sud de la Normandie, d'abord en les réclamant puis par la force, créant une animosité à son encontre.

C'est alors qu'Henri Ier décède, le 1er décembre 1135. Dans un premier temps un conseil de régence est établi.

L'usurpation

C'est alors que, considérant qu'« il est honteux pour tant d'hommes chrétiens d'être sous les ordres d'une femme », les barons anglo-normands reconnaissent Étienne de Blois, un petit-fils de Guillaume le Conquérant, comte de Mortain et de Boulogne, seigneur de Bellême, comme roi d'Angleterre.

S'il est rejeté à Douvres et à Canterbury il est reconnu par les Londoniens. À Winchester l'évêque Henri lui rallie l'opinion publique et convainc le chancelier, Guillaume de Pont-de-l'Arche de lui livrer le château avec le trésor royal. Le 22 mars 1136 les grands du royaume rendent hommage à Étienne à l'abbaye de Westminster.

Il trouve également le soutien des grands prélats, Guillaume de Corbeil, archevêque de Canterbury et Roger de Salisbury, évêque de Salisbury, chancelier et Grand Justicier et des neveux de ce dernier les évêques de Lincoln et d'Ely. L'archevêque de Canterbury sacre le roi fin décembre 1135 et le clergé ne tarde pas à dénoncer la validité du mariage de l'Emperesse et du Plantagenêt. Les deux compétiteurs avaient fait appel au pape Innocent II mais ce dernier était empêché par son conflit envers l'antipape Anaclet II. Ce n'est que le 11 décembre 1136 que parvient sa réponse adressée à « Étienne, roi d'Angleterre ». Entre temps, en avril 1136 eut lieu un concile à Oxford où le roi Étienne fit d'importantes concessions au clergé mais il y obtint la reconnaissance du comte Robert de Gloucester, demi-frère bâtard de l'Emperesse.

La guerre en Normandie

Mathilde et Geoffroy se donnent pour priorité de reprendre la Normandie, voisine de la principauté de l'Angevin. Ils font reconnaître leur souveraineté sur Argentan, Exmes et Domfront et ravagent les biens normands de leur adversaire, à commencer par le comté de Mortain.

S'ils tiennent Sées et Domfront les Angevins ont du mal à obtenir le soutien des seigneur du Cotentin et en Haute Normandie où le comte de Meulan, gendre d'Étienne, mène la résistance.

Parmi les partisans de Mathilde, Baudoin de Reviers, seigneur d'Exeter banni d'Angleterre contrôle la région de Bricquebec depuis son château de Nehou.

Elle obtient le ralliement de Renaud de Denestanville son demi-frère – et frère de Robert de Gloucester — détenteur de biens dans le comté de Mortain.

Le 25 février 1137 le roi Étienne débarque en France pour rendre hommage au roi Louis VI pour le duché de Normandie. Au passage il conforte le dévouement de ses partisans. En juillet, une trêve de deux ans est signée avec les Angevins.

Cependant les partisans de l'Emperesse, Baudouin de Reviers, Renaud de Denestanville, Onfroy III de Bohon, etc. mènent des opérations militaires en Cotentin, défendu pour Étienne par le vicomte Roger de Saint-Sauveur et Roger d'Aubigny. Ce dernier ne tarde pas à périr dans une embuscade puis à son tour Roger de Saint-Sauveur périt dans une embuscade. Ce dernier décès permet aux partisan de Mathilde d'occuper une grande partie du Cotentin.

En 1138, Robert de Gloucester passe au parti de sa demi-sœur. Il contrôle alors les château de Cean et Bayeux, ainsi que l'évêché de Bayeux. Il lui apporte le Bessin. En réaction Galeran de Meulan et Guillaume d'Ypres, chef de mercenaires assisté d'un renfort de 1000 homme de Raoul de Péronne entrent en campagne. Les Angevins se retirent en Anjou. Les partisans d'Étienne se porte alors sur Caen mais ne pouvant prendre la ville ravagent la région.

En 1139, Ranoulf III de Briquessart, comte de Chester, vicomte de Bayeux et d'Avranches prend parti — par calcul — pour Mathilde.

Enfin en 1141 les Angevins lancent une vaste offensive sur le duché de Normandie prenant les châteaux du Teilleul et de Saint-Hilaire-du-Harcouët dans le comté de Mortrain, Falaise, Lisieux, envahissant le Perche et pénétrant dans le Vexin. En même temps l'évêque de Coutance, Algare, voit assiéger ses places de Coutance et de Saint-Lô. Avec la capture d'Étienne la Normandie passe à Mathilde et Geoffroy : Verneuil, Nonancourt, etc. Le 8 avril 1141 Mathilde est reconnue dame d'Angleterre et de Normandie. Elle s'attache les partisans d'Étienne tels que Geoffroy de Mandeville dans le Bessin, dont elle reconnaît les titres et accroît les possessions.

En juillet 1142, restauré sur le trône Étienne débarque en Normandie, rencontre le Plantagenêt à Caen où ce dernier lui démontre que le duché lui est perdu. La même année l'évêque pro-angevin de Bayeux, Richard II de Kent meurt et son diocèse est donné à Philippe d'Harcourt, partisan d'Étienne. Les Angevins lui interdisent l'accès à son siège. Avec l'archevêque de Rouen, il excommunie ses adversaires et en appelle au pape.

À son, tour Ranoulf II de Briquessart ne tarde pas à trahir les Angevins. Ces derniers ont cependant connu quelques succès, en prenant Carentan ou Cherbourg.

Enfin Geoffroy est devenu comte d'Anjou et du Maine par la mort de son père Foulque V en 1143. Le 19 janvier 1144 il prend Rouen et le lendemain est intronisé duc de Normandie dans la cathédrale. La garnison du château ne se rend que trois mois plus tard. Il rend hommage au roi Louis VII de France et lui cède même le château de Gisors.

Enfin Geoffroy pacifie la Normandie, accepte de laisser Philippe d'Harcourt prendre possession de son évêché. En 11471148 le conflit se rallume un temps dans l'évêché de Bayeux, mais le Plantagenêt rend justice à l'évêque contre ses propres partisans.

Geoffroy meurt peu de temps après et son fils Henri II devient duc de Normandie, comte d'Anjou et de Maine. Les partisans tentent d'en profiter pour soulever le comté de Mortain, occupant un temps la forteresse du Teilleul qui leur est reprise.

La guerre en Angleterre

L'un des premiers partisans de Mathilde menacé en Angleterre est Baudoin de Reviers, qui est assiégé pendant trois mois dans sa place d'Exeter avant de se rendre. Ils ne tardent pas à se réfugier dans l'île de Wight d'où ils rançonnent les ports de Portsmouth et de Southampton. Tous leurs biens anglais sont alors confisqués.

À Pâques 1138, Robert de Gloucester est passé au parti de sa demi-sœur. Étienne ordonne la confiscation des biens anglais et gallois de celui-ci, dont l'importante forteresse de Bristol. Mais cette dernière est défendue par Philippe, fils aîné du comte de Gloucester et ne céde pas, au contraire les partisans de Mathilde la rallient en masse. Étienne hésite à attaquer Gloucester mais s'attaque à Hereford qui se rend.

En août (du 22 au 27) Étienne assiège Shrewbury défendue par le neveu de Gloucester, Guillaume Fitz-Alan. La place tient une semaine, le commandant parvient à prendre la fuite, la garnison est passée par les armes.

De son côté, le roi d'Écosse, David Ier, oncle de Mathilde tente d'intervenir mais est défait à la bataille des Étendards le 22 août 1138 et est obligé de se réfugier à Cardiff château de Gloucester.

Des troubles éclatent dans différents comtés, notamment dans le Kent. Mathilde de Boulogne, épouse d'Étienne, tente de prendre la place de Douvres avec des troupes boulonnaises. Il se trouve également que le beau-père du gardien de la place pour Gloucester, Robert de Ferrière vient d'être fait comte de Derby part Étienne. Robert de Ferrière négocie avec son gendre et obtient la reddition de la place.

Roger de Salisbury et ses neveux les évêque d'Eli et de Londres, Salisbury et Alexandre de Lincoln sont arrêté le 24 juin 1139, seul Nigel d'Ely parvient à s'échapper avec sa concubine, Mathilde de Ramsey et son fils Roger le Pauvre pour se réfugier dans la forteresse de Devize. Il finit par se rendre et les trois évêques cèdent leurs forteresse au roi. Ce faisant, Étienne s'est aliéné le haut clergé. Au concile de Winchester, le 22 août 1139, il perd l'appui d'Henri, évêque de Winchester, légat du pape.

Le 30 août l'emperesse débarque en Angleterre. et accepte de rencontrer son adversaire au château d'Arundel le 30 septembre ou le 1er octobre. C'est un échec. La lutte reprend, Étienne prend Malmesbury et South Cerney, il échoue devant Wallingford et Trowbridge. De leur coté les partisans de Mathilde pillent Worcester et le 7 novembre 1139 Robert de Gloucester s'empare de Winchester et du trésor royal.

À la fin de l'année, Ranulf III de Briquessart, comte de Chester, gendre de Gloucester, l'un des plus grands seigneurs encore restés neutres, passe au parti de Mathilde. Avec son frère Guillaume de Roumare, comte de Lincoln, beau-frère de Baudoin de Reviers, ils s'emparent début 1141 du château de Lincoln. Aussitôt le roi entre dans la ville avec l'aide des habitants et assiège le château. Ranulf parvient à s'enfuir pour rassembler des renforts. Et à son tour, le 2 février 1141 ils assiègent la ville de Lincoln. Le combat est sanglant mais bientôt les partisans du roi, Hugues Bigot, comte de Norfolk, le premier, passent à l'ennemi, seule une poignée d'hommes restent à ses côté, il est fait prisonnier.

Le 8 avril, Mathilde l'Emperesse est faite dame d'Angleterre et de Normandie au concile de Winchester. En juin elle part à Londres se faire sacrer alors même que les Londoniens viennent lui demander d'intercéder pour Étienne. Entrée dans la ville le 24 juin elle décide de les châtier pour leur intervention, refuse de reconnaître leurs franchises et exige d'eux d'énormes taxes. Le soir, alors qu'elle banquète à Westminster le tocsin sonne, la ville s'arme contre la « dame d'Angleterre ». Mathilde l'Emperesse prend la fuite en catastrophe et les Londoniens ne tardent pas à accueillir l'autre Mathilde, de Boulogne.

Avec son demi-frère et son oncle écossais, l'Emperesse va assiéger Boulogne mais ne tarde pas à se trouver assiégée par les forces de Mathilde de Boulogne (dont des mercenaires flamands) et des Londoniens. Le 13 septembre c'est une nouvelle déroute pour la prétendante. Gloucester qui couvre sa fuite est capturé.

Il est libéré le 3 septembre, après la libération du roi Étienne en contrepartie. Une trêve est signée pour le début de l'année 1142. À la fin de l'année le roi fait passer Ranulf dans son camp. Puis en septembre Étienne attaque Oxford où demeure Mathilde. La ville tombe le 26 septembre, la prétendante se retrouve assiégée dans le château. Elle parvient à prendre la fuite et la place se rend le 20 décembre.

Le roi compte alors s'emparer de la place de Wilton sur la ligne de communication des Angevins. Prévenu, Gloucester y dispose ses forces en mars 1143. Le roi se présente devant la ville le 1er juillet et manque de peu d'être capturé.

Voir aussi

See also: Guerre civile anglaise (1135-1154), 1120, 1127, 1128, 1131, 1133, 1135, 1136, 1137