Grosse Bertha
La Grosse Bertha est une très grosse pièce d'artillerie terrestre utilisée par l'armée allemande lors de la Première Guerre mondiale.
C'est par erreur que l'on donne souvent ce nom au canon qui bombarda Paris (Cf infra)
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Historique
En 1908, l'état-major allemand chargea l'usine d'armements de Friedrich Alfred Krupp, située à Essen, d'élaborer une pièce d'artillerie capable de percer trois mètres de béton armé et briser les tourelles en acier au nickel des fortifications françaises.
On confia la conception de l'arme au professeur Rausenberger et les calculs au capitaine Becker. Après avoir testé une grande variété d'obus, le meilleur compromis entre les performances balistiques et les capacités de pénétration fut obtenu avec un obus de 1150 kg chargé de 144 kg d'explosifs. Toutefois, le canon — appelé Gamma-Gerät (appareil Gamma, encore appelé « point G ») — ne pouvait être transporté que par voie ferrée, ce qui limitait sa mobilité et augmentait sa vulnérabilité.
À partir du Gamma-Gerät, fut donc développé un obusier plus léger (de 70 tonnes tout de même !) et plus mobile, le M 42. Conformément à la tradition des usines Krupp, qui voulait que les machines fussent baptisées du nom d'un membre de la famille, le M 42 fut renommé Dicke Bertha (grosse Bertha), en l'honneur de Bertha Krupp, la fille héritière, et de sa grosseur (du calibre de l'obusier, pas de Bertha Krupp). Les artilleurs le surnommèrent Fleissige Bertha (assidue Bertha).
Utilisation
La Grosse Bertha entra en service le 12 août 1914 lors du siège de Liège. Le 15 août, les treize forts ceinturant la ville belge (dont le Fort de Loncin) avaient été détruits. Les Bertha dévastèrent les forteresses d'Anvers, Maubeuge, Namur, Verdun, Ypres ainsi que les défenses russes du Danube. Si les dégâts causés aux forts, réputés indestructibles, impressionnèrent les alliés, la célébrité de la Grosse Bertha est venue de la confusion avec les canons longs qui bombardèrent Paris en 1918 et que les Allemands appelaient Ferngeschütz ou Pariser Kanonen : Rausenberger avait adapté des tubes de gros calibre destinés au croiseur Ersatz Freya, dont la construction avait été suspendue.
À la fin de la guerre, les Grosses Bertha furent détruites pour ne pas tomber entre les mains ennemies. Seul le canon affecté au champ de tir de Meppen survécut, fut légèrement remanié puis remonté. Rebaptisé Große Gilda (Grande Gilda), il fut utilisé en décembre 1939, lors du siège de Sébastopol et, deux ans plus tard, lors de l'insurrection de Varsovie. Il bombarda également la ligne Maginot, sans grand résultat. En raison de son âge, on ne pouvait tirer plus de quinze coups avec la Grande Gilda. L'Allemagne préféra développer les missiles-fusées, dont les célèbres V1 et V2.
Selon les témoignages d'époque, ni la Grosse Bertha, ni la Grande Gilda n'étaient des canons.
Caractéristiques
- Nom : M 42
- Surnom : Dicke Bertha (Grosse Bertha), Fleissige Bertha (Assidue Bertha)
- Type : mortier lourd
- Calibre : 420 mm
- Portée de tir : 12,5 km
- Masse totale : 70 tonnes
- Masse de l'obus : 800 kg
- Vitesse initiale du projectile : 400 m/s
Le canon qui bombarda Paris (Ferngeschütz)
Bien qu'ayant existé, ce canon n'était pas une Grosse Bertha.
Le 23 mars 1918, à partir de 7 h 15, les Parisiens furent assez étonnés (bien sûr !) d'entendre plusieurs explosions à un quart d'heure d'intervalle et de ne voir aucun avion dans le ciel. Les effets furent surtout psychologiques. N'obtenant pas le résultat escompté, les Allemands jugèrent qu'il était préférable de se débarrasser de cette arme encombrante. Elle fut renvoyée en Allemagne et refondue.
Ce canon avait les caractéristiques suivantes :
- Longueur du tube : 34 m (un dispositif d'étai empêchait le fléchissement)
- Calibre : entre 210 et 240 mm (le tube était usé après 65 coups)
- Portée maximale : 108 km (130 km selon certaines sources)
- Masse de l'obus : 103 kg
- Masse de poudre nécessaire (1): 145 kg
- Vitesse initiale du projectile à charge maximale : 1600 m/s
- Apogée (1) : 38,6 km
- Temps de vol du projectile (1) : 176 s
Déviation de Coriolis du tir
Un calcul simple permet d'estimer la déviation d'une trajectoire balistique due à la rotation de la Terre. Depuis l'analyse qu'en avait fait le capitaine d'artillerie Coriolis (1792-1843), on sait que le projectile devie à droite dans l'hémisphère Nord et à gauche dans l'hémisphère Sud, de sorte qu'il est possible de mettre en évidence expérimentalement le pivotement diurne de la Terre. Ce théorème encouragea Foucault (1819-1868) à réaliser son célèbre pendule.
L'ordre de grandeur peut être obtenu en plaçant la pièce d'artillerie, non pas à Meaux, mais au pôle Nord, et en tirant dans la direction du méridien de Greenwich. En considérant g = 10 N/kg et V° = 1600 m/s, on calcule une portée maximale « dans le vide », i.e. en absence de frottements, — L° = 2 H° — de 256 km, portée théorique très supérieure à la réalité, et une durée — t° = 160.(2)½ — de 226 s, à comparer à la durée réelle de 176 s.
En appliquant la formule de Coriolis, on trouve aisément :
D(t) = -2/3.Ωt/\1/2.g.t² -Ωt/\V°.t
En décomposant V° en ses composantes verticale V1 et horizontale V2, on peut simplifier l'expression :
D(t°) = -Ωt°/\V2.t° = -Ωt°/\L° :
Ce résultat, tout à fait intuitif, est l'arc fois le rayon, où l'arc est celui décrit par la Terre dans son pivotement diurne, durant la durée du tir (on considère que la Terre est plate au Pôle sur 256 km de rayon) : 2π.L°.t°/T avec T = 86164 s.
L'application numérique donne 4,2 km (1608.226/86164), correction que devrait appliquer l'artilleur. En fait, ces calculs ne sont pas justes du fait de l'action de l'air sur un obus tournoyant, ce qui justifie le désarroi du commandant de batterie !
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(1) Portée maximale
