Grand Pingouin
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| Image manquante Pinguinus_impennis.jpg | |||||
| Grand pingouin | |||||
| Classification classique | |||||
| Règne : | Animalia | ||||
| Embranchement : | Chordata | ||||
| Classe : | Aves | ||||
| Ordre : | Charadriiformes | ||||
| Famille : | Alcidae | ||||
| Genre : | Pinguinus | ||||
| Nom binomial | |||||
| Pinguinus impennis (Linnaeus, 1758) | |||||
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Le Grand pingouin (Pinguinus impennis) est une espèce éteinte depuis le XIXe siècle.
Cet oiseau s’était développé pour tirer profit d’une niche écologique particulière, mais cette adaptation le rendait incapable de résister à la prédation humaine. On pourrait dire que l’espèce était condamnée depuis le jour où l’homme préhistorique inventa le premier bateau. L’utilisation de navires permit aux hommes d’aborder les îles reculées et d’atteindre les régions côtières inaccessibles par voie terrestre ; ils purent ainsi poursuivre les grands pingouins jusque dans leurs derniers refuges.
Le point faible du Grand Pingouin résidait dans le fait qu’il avait perdu la faculté de voler ; quand il se rendait sur des îles de l’Atlantique nord pour y nicher au sol en vastes colonies, il était totalement à la merci d’un prédateur aussi impitoyable et inventif que l’homme. De plus, sa grande taille en faisait une cible de choix. Les grands pingouins passaient 10 mois de l’année en mer, et seule la nécessité de nicher les poussait à gagner la terre ferme pour quelques courtes semaines.
Au début, les grands pingouins furent évincés de leurs sites de nidification les plus accessibles. Ensuite, ils furent régulièrement pourchassés jusque dans les endroits les plus retirés. Au début du XVIIIe siècle, ils ne nichaient plus que sur quelques grandes îles, toutes à l’accostage difficile. Il semble que la plus grande des colonies de nidification était implantée sur l’île Funk, au large des côtes de Terre-Neuve, où les oiseaux se rassemblaient en grands nombres au cours des mois de mai et juin.
Malheureusement pour eux, l’île était située à proximité de la longue route maritime reliant l’Europe à l’Amérique. Les marins affamés se rassasièrent de ces créatures sans défense et s’aperçurent que non seulement ils fournissaient une source commode de nourriture, mais aussi que leurs plumes et l’huile extraite de leurs corps étaient des produits très utiles. À la fin du XVIIIe s., cette vaste colonie était liquidée, et le Grand Pingouin ne nichait plus que sur quelques îles au large de l’Islande. Sur l’une d’elles en particulier, l’espèce semblait en sécurité. C’était une île baptisée Geirfuglasker (ce qu’on peut traduire par « île du Grand Pingouin »). Les oiseaux étaient ici à l’abri uniquement du fait que les principaux courants marins étaient si puissants et imprévisibles qu’il était presque impossible d’aborder. Alors que l’espèce était éradiquée ailleurs, la forteresse de Geirfuglasker continuait à résister. C’est alors que la catastrophe survint. L’explosion d’un volcan sous-marin durant l’hiver 1830 engloutit Geirfuglasker sous les vagues et l’île disparut de la surface de l’océan. Quand les quelques grands pingouins survivants regagnèrent leur rocher de nidification, ils ne le trouvèrent plus et furent forcés de choisir un autre site. Ce qu’ils firent, optant pour l’île d’Eldey, un gros rocher qui présentait un inconvénient majeur : bien que difficile, l’accostage n’y était pas impossible. Et l’homme aborda. Lors du premier raid sur l’île, 24 oiseaux furent capturés. Environ un an plus tard, 13 autres furent pris. Chaque raid successif rapportait des prises en nombre décroissant, jusqu’à ce qu’en juin 1844 seulement 2 individus (un mâle et une femelle) furent tués. On n’en revit plus jamais par la suite.
Le récit de la tuerie de ces présumés « derniers » oiseaux a presque acquis le statut de légende et il présente de nombreuses variantes. Toutes celles-ci ont pour origine les notes de deux ornithologues, qui consignèrent leur récit après s’être longuement entretenus avec les Islandais qui avaient effectivement participé à l’événement. Il ressort de leurs notes que le 2 ou le 3 juin 1844, un bateau de pêche quitta l’Islande et mit le cap sur l’île d’Eldey. Là, trois membres de l’équipage débarquèrent et repérèrent deux grands pingouins parmi des centaines d’oiseaux de mer plus petits. Ils poursuivirent le couple, les capturèrent tous deux et les étranglèrent. Les hommes retournèrent au bateau et remontèrent à bord avec beaucoup de difficulté. Une fois de retour sur la terre ferme, le chef de l’équipe prit le chemin de la capitale, Reykjavik, où il espérait vendre les oiseaux. Il semble qu’en route il rencontra, par hasard, un marchand intéressé par les grands pingouins, et les dépouilles des oiseaux furent vendues sur-le-champ. Curieusement, les peaux elles-mêmes disparurent et personne ne sait avec certitude ce qu’il en advint (il y a, cependant, de bonnes raisons de penser que ce sont les spécimens se trouvant actuellement à Los Angeles et Bruxelles), alors que les organes internes de ces deux oiseaux, conservés dans l’alcool, sont maintenant au Muséum de Zoologie de Copenhague.
Après son extinction, les reliques du Grand Pingouin – sous forme d’œufs et d’oiseaux empaillés – devinrent très recherchées. Durant la seconde moitié du XIXe s. et par après, de tels objets changeaient de mains pour d’importantes sommes d’argent. Bien que l’espèce ait acquis un statut proche du culte, il est étonnant que l’on connaisse peu de choses sur sa vie. Nous savons qu’il était incapable de voler, qu’il fréquentait les eaux de l’Atlantique nord et devait donc se nourrir de poissons et d’autres êtres océaniques. Nous savons qu’il pondait un gros œuf piriforme, que chaque année il revenait à terre durant quelques semaines pour nicher, et qu’il passait le reste de son existence en mer. Le reste n’est que spéculation.
L’homme a-t-il tiré la leçon de l’histoire du Grand Pingouin ? On peut en douter. En effet, même si, à l’exception du Guillemot du Japon, aucune des 22 espèces d’alcidés (famille qui regroupe le Petit Pingouin, le Mergule nain, les Guillemots, Stariques et Macareux) n’est globalement menacée, leur avenir n’est pas assuré pour autant. De nombreuses menaces pèsent sur leur avenir à long terme. La plupart des espèces ont déjà été éradiquées de leurs sites de nidification les plus proches des implantations humaines. Là où elles sont encore abondantes, elles subissent une forte pression de chasse ; outre le tir au fusil, on les capture à l’aide de filets et leurs œufs sont récoltés à grande échelle. Quand des mesures légales de protection sont enfin prises, se développent le braconnage et le marché noir. À côté de ces persécutions directes, les alcidés sont victimes d’autres pratiques. Des prédateurs terrestres ont été introduits sur des îles qui jusqu’alors en étaient exemptes. La pêche leur est dommageable sous deux aspects : lors de leurs plongées, les oiseaux se prennent dans les filets et y périssent noyés ; d’autre part, la surpêche entraîne une raréfaction importante des poissons et dans certaines régions il y a pénurie de proies pour les alcidés. Enfin, les fleuves drainent vers les océans toutes sortes de polluants qui affectent le milieu marin. Et pour couronner le tout, les transports de pétrole font leur part de victimes, soit lors des spectaculaires marées noires, soit lors des plus discrets mais au moins aussi nuisibles dégazages clandestins.
