Grammaire japonaise
La langue japonaise est une langue très éloignée du français ; ce qui s'explique aisément par l'éloignement géographique des lieux de leur naissance. Cette différence se retrouve aussi bien dans le vocabulaire que la méthode d'agencement de ces mots pour former des phrases : la grammaire.
| Sommaire |
La phrase
Généralité
Dans la phrase japonaise l'ordre habituel est le suivant :
- Le thème : suivi de la particule de thématisation は (wa). Il est souvent sous-entendu.
- Le sujet : suivi soit de la particule sujet が (ga) - il est le plus souvent sous-entendu - soit de la particule d'insistance は (wa) ou も (mo).
- L'objet : soit suivi de la particule objet を (wo), soit de la particule d'insistance は(wa) ou も(mo).
- Le verbe : dont la terminaison marque si l'action se déroule ou si elle est terminée (le temps), la négation ou diverses nuances. Le verbe est toujours à la fin de la proposition - principale, relative, etc.
Par exemple :
- [watashi wa] ringo wo tabemasu : [je] mange une pomme.
- [kanojo wa] sakana mo kaimashita : [elle] a aussi acheté du poisson.
- [Watanabe-san wa] eiga wo mimasen : [M./Mme/Mlle Watanabe] ne regarde pas le film.
L'objet peut aussi précéder le sujet, mais dans ce cas, il ne s'agit plus d'une action ponctuelle, mais d'une généralisation.
- ringo wa watashi ga tabemasu : je mange des pommes. (sous-entendu j'ai l'habitude d'en manger ou, je peux en manger)
Pour généraliser, il faut :
- Utiliser wa ou mo à la place de ga ou wo ;
- mettre les compléments avant l'objet (comme en anglais).
Les particules qui suivent les principales parties de la phrase sont un outil précieux pour comprendre le sens. Il faut cependant noter que s'ils sont assez facilement identifiable a l'écrit, il en va tout autrement a l'oral.
Contrairement au français, les mots d'une phrase japonaise ne sont pas séparés par des espaces. En revanche, le japonais utilise des virgules pour indiquer la respiration d'une phrase complexe.
Accord
Les verbes et les adjectifs sont invariables à l'égard du sujet, en genre, nombre et personne.
Pronoms personnels
Les pronoms personnels japonais sont un des nombreux paradoxes de la langue japonaise. En effet, alors que le sujet de la phrase est très souvent sous-entendu et donc absent de la phrase, le japonais possède un très grand nombre de pronoms personnels.
| je | watashi | 私 |
| tu | anata | あなた |
| il | kare | かれ |
| elle | kanojo | かのじょ |
| nous | watashitachi | 私たち |
| vous | anatatachi | あなたたち |
| ils | karera (karetachi) | かれら(かれたち) |
| elles | kanojotachi | かのじょたち |
Il existe de nombreux autres mots pour exprimer les pronoms personnels en japonais, avec chacun des nuances plus ou moins polies et se référant à un langage décrit comme plutôt masculin ou plutôt féminin. Par exemple, « je » peut se dire également : boku, ore, washi, watakushi, etc.
Un pronom personnel japonais peut jouer différents rôles, notamment celui d'adjectif possessif et celui de pronom possessif, au contraire du français. Par exemple :
- Boku wa bīru desu. (僕はビールです。) : Donnez-moi une bière. (Littéralement « pour moi, ce sera une bière. »)
- Watashi no hon desu. (私の本です。) : C'est mon livre.
- Sono neko wa anata no desu ka. (その猫はあなたのですか。) : Est-ce que ce chat est à toi ?
À noter que le sujet est très souvent sous-entendu dans le langage courant. Le japonais est une langue dite contextuelle. C'est-à-dire qu'une phrase n'a réellement de sens que dans son contexte.
Par exemple, la phrase ringo wo tabemasu (on mange une pomme) peut se comprendre :
- dans un discours indirect : [watashi wa] ringo wo tabemasu ([je] mange une pomme).
- en montrant quelqu'un : [kono hito wa] ringo wo tabemasu ([cette personne] mange une pomme).
Bien que la terminaison -tachi se traduise comme un pluriel, il n'a pas le même emploi que le pluriel français. En effet, il est beaucoup plus rare en japonais qu'en français et sert surtout à définir un groupe en particulier plutôt que l'ensemble des représentants d'un type.
Par exemple, « j'aime les chats » se traduira par neko ga suki et non pas neko-tachi ga suki (neko signifiant « chat »). neko-tachi ga suki, selon le contexte, pourrait faire référence à un groupe de chat en particulier. Vous n'aurez certainement pas l'occasion d'entendre cette phrase.
Article détaillé : pronoms personnels japonais.
Le verbe
En japonais, il n'existe que deux temps qui n'en sont pas mais qui évoque vaguement les modes perfectif et imperfectif du russe :
- Le passé : action révolue ;
- Le présent-futur : action en cours ou à entreprendre.
En général, mais selon le contexte, l'époque à laquelle le locuteur situe la scène, l'action il faudra transgresser cette règle.
Article détaillé : verbe en japonais.
Particularités
Le langage de politesse
敬語(keigo)Grammaticalement, la politesse est marquée en japonais par la forme du verbe et l'utilisation de la forme honorifique des mots. Cependant, la politesse japonaise ne s'arrête pas là et le choix du vocabulaire ou bien même le sujet abordé, sont des éléments autant sinon plus important. En effet, on peut très bien être impoli en employant une forme grammaticalement polie.
Il existe de nombreux niveaux de politesse en japonais, que l'on peut aussi appeler, niveaux de hiérarchisation. La société japonaise est segmentée en groupes, les amis, les collègues, l'université, l'entreprise, la chorale, le club de sport, etc. Dans chaque groupe existe une hiérarchie stricte ou implicite basée sur des critères spécifiques à ce groupe.
La politesse par rapport à la « personne à qui l'on s'adresse » se fait en utilisant la forme formelle (en -masu) des verbes. La politesse (ou plutôt, la déférence) par rapport à la « personne de qui on parle » se fait en choisissant un verbe de déférence (ou de modestie si le verbe a comme sujet le locuteur ou son entourage). Ces deux concepts sont orthogonaux, ce qui donne, du moins en théorie, quatre combinaisons différentes possibles, selon les situations.
En résume, il existe deux types de politesses :
- haut-bas (groupe): relation patron-employé, relation professeur-élève, etc.
- intérieure-extérieur (groupe): société-client, famille-non famille, etc.
Dans l'exemple d'un employé qui parle à son chef, il s'adressera à lui en s'abaissant (modestie) lorsqu'il parlera de lui-même et en portant son chef sur un estrade (respect). L'employé fera de même lorsqu'il s'adressera à un client.
Dans le cas d'un employé parlant de son chef à un client, c'est le deuxième type de politesse qu'il utilisera ; il l'abaissera (modestie).
Exemple:
- L'employé s'adressant à son chef l'appellera par exemple "Tanaka buchou"(chef de département) ;
- L'employé parlant de son chef à un client, il dira simplement "Tanaka".
La langue soutenue ou forme honorifique
丁寧語(teineigo)La forme soutenue des noms communs et des adjectifs s'obtient en ajoutant "o" ou "go" (selon le cas) devant le mot.
Le o s'applique souvent au mot d'origine japonaise (kun-yomi) alors que go s'applique aux mots d'origines chinoises (on-yomi). Cependant, cette règle a de nombreuses exceptions qui ne laisse d'autre choix que d'apprendre par cœur les formes soutenues des mots japonais.
Le "Nom+です" devient "N+でござる"
Le langage de respect
謙譲語(sonkeigo)
La forme du verbe est modifiée suivant cette règle : o + forme -masu du verbe sans le masu + ni naru.
Par exemple : kau (acheter) → kaimasu → o kai ni narimasu.
Cas particulier :
- taberu (manger)/ nomu (boire) devient meshi agaru.
- iku (aller) / kuru (venir) / iru (être présent) deviennent irassharu (d'où le fameux irasshaimase des magasins).
- iu (dire) devient mousu (d'ou le "Dupont to moushimasu", je m appelle Dupont)
- suru (faire) devient nasaru
- shiru (savoir) devient gozonji desu
Le langage de modestie
尊敬語(kenjougo)La forme du verbe est modifiée suivant cette règle : o + forme -masu du verbe sans le masu + suru/itasu.
Par exemple : : kau (acheter) → kaimasu → o kai itashimasu.
Cas particulier :
- taberu (manger) / nomu (boire) devient itaku, d'où le fameux "itadakimasu" qui ouvre le repas.
- iku (aller) / kuru (venir) devient mairu
- iru (être présent) devient oru
- iu (dire) devient ossharu
- kiku (demander) devient ukagau
- au (rencontrer) devient o me ni kakaru
- suru (faire) devient itasu
- shiru (savoir) devient zonjiru
Le non-dit
Le non-dit est très courant en japonais. Il s'exprime par :
- Les sous-entendus : des parties de la phrase (surtout le sujet) sont sous-entendues et déduites à partir du contexte. Ceci est la source de l'une des difficultés que rencontrent les étrangers qui apprennent le japonais. Par exemple, kaimasu ka, selon le contexte, peut se traduire achètes-tu ?, achetons-nous ?, etc.
- Les phrases en suspends : les phrases non finies qui marquent que leurs auteurs expriment un fait relatif et non pas définitif. Le non-dit se déduit à partir du contexte. Les phrases en suspend sont une invitation à l'autre interlocuteur pour prendre la parole. Par exemple, Osoi desu ga… (il est tard, mais…)
Les adjectifs
Il existe deux groupes d'adjectifs :
- Les adjectifs verbaux, qui finissent par un い (i) et qui se conjuguent à la manière d'un verbe ;
- Les adjectifs nominaux, qui se conjuguent a l'aide de l'auxiliaire desu (« être »).
Note : Quelques adjectifs finissant par i sont des adjectifs nominaux construits sur un mot sino-japonais, notamment kirei (綺麗, « beau, propre ») et yūmei (有名, « célèbre »). <8small>
Article détaillé : Adjectif en japonais.
Les particules
Le japonais utilise des particules pour indiquer la fonction des mots (sujet, complément d'objet direct, etc).
Note :
- la particule de thématisation se prononce wa mais on utilise l'hiragana は (ha) ;
- la particule de complément d'objet se prononce o mais on utilise l'hiragana を (wo) ;
- la particule de direction se prononce e mais on utilise l'hiragana へ (he).
Article détaillé : particule en japonais.
Faux amis
Quelques différences du japonais par rapport au français à connaître avant de se lancer dans l'étude du japonais :
- Le nom ne se met pas au pluriel ;
- L'adjectif ne s'accorde ni en genre, ni en nombre ;
- En revanche noms et adjectifs changent de forme en fonction :
- du temps (passé ou présent-futur, les deux temps japonais),
- du niveau de langage ;
- Le verbe se met à la fin ;
- Le verbe ne se conjugue pas selon la personne (je, tu, il, etc.) ;
- Il existe un système de politesse très subtil pour un européen ;
- Le sujet est souvent omis.
Articles détaillés
- le verbe en japonais ;
- les particules en japonais ;
- l'adjectif en japonais ;
- particularités linguistiques en japonais.
Références
En français
- Parlons Japonais, PUG
- Manuel de Japonais (2 volumes), Langues et Mondes L'asiathèque
En anglais
- A Dictionnary of Basic Japanese Grammar, The Japan Times
- Seiichi Makino et Michio Tsutsui
- The Japan Times
- First-up Japanese
En japonais
- Shin nihongo no kiso
- Minna no nihongo
Methode de langue
- 40 leçons pour parler japonais, Collection Langue pour tous POCKET
- Le japonais sans peine, Assimil
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