Front populaire
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Le Front populaire fut une coalition des partis de la gauche, le PCF, la SFIO et le parti radical, qui gouverna la France de 1936 à 1938.
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Formation
C'est le dirigeant communiste Maurice Thorez qui, par des articles dans L'Humanité, appela pour la première fois à la formation d'un « Front populaire » (l'expression est de lui). Il présenta d'ailleurs son projet quelques semaines plus tard devant la Chambre des députés. Il proposa aussi d'associer à ce Front populaire les radicaux, qui étaient à l'époque liés à la droite et le parti le mieux représenté à la Chambre.
Les accords du Front populaire permirent la victoire aux élections législatives le 3 mai 1936 et débouchèrent sur le premier gouvernement à dominante socialiste de la IIIe République. La gauche avait alors obtenu 376 députés sur 618, dont 146 pour la SFIO. Léon Blum, alors dirigeant de la SFIO, devint président du Conseil à partir du mois de juin. Il « ne se charg[eait] d'aucune responsabilité particulière pour se consacrer tout entier à la direction du gouvernement ». Le gouvernement était alors composé seulement de 20 socialistes, 13 radicaux et 2 républicains socialistes, les communistes le soutenant de l'extérieur. Ce gouvernement de Front populaire fut le premier à accueillir 3 femmes ministres (Suzanne Lacore, Irène Joliot-Curie et Cécile Brunschwicg) alors que celles-ci n'avaient toujours pas le droit de vote. Un sous-secrétariat d'État aux Sports et aux loisirs est créé : il fut tourné en dérision par la droite qui le qualifiait de « ministère de la paresse ».
Les causes de la victoire du Front populaire sont multiples : crise économique, montée d'Adolf Hitler, scandales financiers, instabilité du gouvernement de la législature de 1932, existence des ligues d'extrême-droite, armées et de plus en plus nombreuses, émeute antiparlementaire du 6 février 1934. Tout ces éléments ont participé à son émergence.
Action
Ce succès électoral éveilla chez l'ensemble des travailleurs un immense espoir. Ainsi, un mouvement de grève et d'occupation d'usines se mit en place, gagnant toute la France. Près de 2 millions de travailleurs débrayèrent, paralysant le pays. Les patrons, craignant au plus haut point une révolution bolchevique, s'empressèrent de négocier sous l'égide du gouvernement dans le but d'obtenir la reprise du travail.
Ainsi, le 7 juin 1936, les accords de Matignon furent signés par la CGT et le patronat, à l'initiative du gouvernement. Ces accords mettaient en place entre autres le droit syndical et prévoyaient une hausse des salaires de plus de 7 à 15 % selon les branches. Quelques jours plus tard, grâce à deux lois votées par le Parlement, les premiers congés payés (2 semaines) furent instaurés, et la semaine de travail passa de 48 à 40 heures. Une politique de nationalisations fut mise sur pied, dans l'industrie aéronautique et les chemins de fer (naissance de la SNCF). Un Office du blé eut pour charge de soutenir les prix payés aux agriculteurs, très durement touchés par la crise.
Voyant leurs attentes plus que comblées (congés payés et baisse du temps de travail n'étaient pas dans leurs revendications), les travailleurs reprirent en grande majorité le travail, tandis qu'une minorité tenta de poursuivre le mouvement, perçu comme le début d'une révolution prolétarienne.
Mais les difficultés de la France ne furent pas pour autant effacées. En effet, la France était dans une grave crise économique depuis 1931, et la politique économique du Front populaire ne parvint pas à relancer la production, la consommation, ni à réduire le chômage. Ainsi, la hausse des prix annula vite celle des salaires prévue par les accords de Matignon. Ce fut une des causes de la chute du Front populaire, très vivement critiqué par la presse dès l'automne 1936. Une campagne médiatique soutenue conduisit Roger Salengro, ministre SFIO, à se suicider.
Le contexte international fut également une autre cause. En effet, alors que la guerre civile en Espagne venait d'éclater en juillet 1936, les socialistes et les communistes affrontèrent les radicaux pour savoir si la France devait soutenir militairement les républicains espagnols face aux Franquistes. Sous la pression du gouvernement conservateur britannique de Baldwin et des radicaux, Léon Blum décida la non-intervention française, à un moment où la société française est, suite à la Grande Guerre profondément pacifiste dans sa majorité. Mais conscient des menaces fascistes sur la paix, il augmenta les dépenses militaires du pays. On peut noter que les rapports avec l'Italie furent beaucoup plus difficiles qu'avec l'Allemagne, en raison de la politique agressive de Mussolini dans les colonies, et notamment en Éthiopie, auprès de laquelle se trouvait la colonie française de Djibouti.
Crise
Sur le plan intérieur, le gouvernement Blum parvint à résoudre la crise sociale. Mais dès l'été 1936, il dut faire face à diverses difficultés, parmi lesquelles la dévaluation du franc à cause de la situation monétaire et la politique financière en général, qui transformèrent l'inquiétude de la droite en opposition résolue.
Les calomnies de l'extrême droite visaient toutes les personnalités du Front populaire. Elles eurent notamment pour conséquence le suicide du ministre de l'intérieur Roger Salengro. L'arrivée de Blum au pouvoir déclencha aussi une vague d'antisémitisme d'une très grande ampleur.
Dans la presse française se formèrent deux camps bien distincts, d'une part les partisans du Front populaire (L'Humanité, La Populaire, L'Œuvre, Vendredi, Marianne, etc.), d'autre part les opposants (L'Action française, L'Écho de Paris, L'Ami du peuple, Le Jour, Candide, Gringoire, Je suis partout, etc.). Entre ces deux positions, très peu de journaux ou d'hebdomadaires jouèrent la carte de la neutralité. La presse allant dans le sens du Front populaire était largement plus faible que la presse d'opposition, et l'une comme l'autre contribueront à l'échec du gouvernement de Front populaire. C'est dans la presse étrangère, notamment anglo-saxonne, que parurent les analyses les plus objectives.
Ainsi en avril 1938, après avoir été rappelé par le président de la République, Albert Lebrun, Léon Blum démissionna, n'arrivant pas à obtenir les pleins pouvoirs financiers auprès du Sénat, dans le but d'appliquer de grandes réformes financières pour sortir la France du marasme économique. Le radical Edouard Daladier le remplaça, décidé à « remettre la France au travail ».
Bilan
Le bilan du Front populaire est mitigé, mais cette brève expérience permit tout de même un nombre important d'avancées dans de nombreux domaines, en particulier dans le domaine social : congés payés, semaine de quarante heures, établissement des conventions collectives, prolongement de la scolarité à 14 ans, etc.
Malgré tous les problèmes auxquels a dû faire face le Front populaire, il a marqué les mémoires, et suscitera bien des passions. Ainsi, le régime de Vichy le tiendra pour responsable de la défaite française face à l'Allemagne nazie. Mais surtout, on retiendra de cette période ces grèves joyeuses, et les premiers congés payés qui permirent pour la première fois aux travailleurs de partir en vacances, cette « éclaircie dans les vies difficiles », comme le dit Léon Blum.
Personnalités du Front Populaire
- Léon Blum (Président du Conseil)
- Édouard Daladier (Vice-Président du Conseil et Ministre de la Défense Nationale)
- Roger Salengro (Ministre de l'Intérieur)
- Vincent Auriol (Ministre des Finances)
- Jean Zay (Ministre de l'Éducation Nationale)
- Camille Chautemps
- Victor Basch
- Gabriel Péri
- Marceau Pivert
- Léo Lagrange
