Espace affine


Historiquement, la notion d’espace affine est issue du choc dû à la découverte de nouvelles géométries parfaitement cohérentes, mais différant de celle d’Euclide par l' axiome des Parallèles. Elles remettaient en cause les notions de longueur et d’angle, qui reposaient elles-mêmes sur celle de distance, et poussèrent à redéfinir l’espace euclidien, en excluant ces notions et tout ce qui s’y rapportait. Le résultat fut une géométrie affine, où l’espace apparait comme une structure algébrique, voisine de celle d’espace vectoriel qui en fut dégagée par la suite (donnant ainsi naissance à l’algèbre linéaire).

Sommaire

Définitions

Il existe de nombreuses manières de définir un espace affine. Dans tous les cas, nous supposerons donnés :

les éléments du corps seront appelés « scalaires » et notés par des lettres grecques minuscules : λ , μ ,...
les éléments de l'espace vectoriel seront appelés « vecteurs » et notés par des lettres latines minuscules surmontées d'une flèche : \vec u , \vec v ,...
ses éléments seront appelés « points » et notés par des lettres latines majuscules non grasses : P , Q ,...

Pour un premier groupe de définitions, l'idée sous-jacente est de transférer la structure d'espace vectoriel à l'ensemble A grâce à une application entre E et A possédant des propriétés adéquates.

Définition « naturelle »

Cette définition fait appel au carré cartésien de A, dont les éléments sont appelés traditionnellement bipoints.

Un espace affine est ainsi un ensemble A muni d'une relation scalaire φ de A×A dans E vérifiant les propriétés suivantes :

  • C1a :   φ est fonctionnelle :
\forall\ ( P , Q ) \in A^2 , \forall\ ( \vec u , \vec v ) \in E^2 ,\ [ \ ( P , Q ) \varphi \vec u \wedge ( P , Q ) \varphi \vec v \ ] \Rightarrow [ \ \vec u = \vec v \ ] \,
Nous utiliserons donc à partir d'ici une variante de la notation fonctionnelle pour φ :
\ [ \ ( P , Q ) \varphi \vec u \ ] \Leftrightarrow [ \ \vec u = \varphi ( P , Q ) \ ] \Leftrightarrow [ \ \vec u = \overrightarrow {P Q\ } \ ] \,
  • C1b :   φ est applicative :
\forall\ ( P , Q ) \in A^2 , \exists\ \vec u \in E \,/\ \vec u = \overrightarrow {P Q\ } \,
\forall\ ( P , Q , R ) \in A^3 ,\ [ \ \overrightarrow {P Q\ } = \overrightarrow {P R\ }  \ ] \Rightarrow [ \ Q = R \ ] \,
\forall\ P \in A , \forall\ \vec u \in E , \exists\ Q \in A \,/\ \vec u = \overrightarrow {P Q\ } \,
Attention à ne pas confondre les propriétés C3 et C1b !
La propriété C3 implique que φ est surjective.
\forall\ ( P , Q , R ) \in A^3 ,\ \overrightarrow {P Q\ } \dot + \ \overrightarrow {Q R\ } = \overrightarrow {P R\ } \,
La propriété C4 a pour conséquence :
\forall\ P \in A ,\ \overrightarrow {P P\ } = \vec 0 \,
qui peut aussi se formuler :
\forall\ ( P , Q ) \in A^2 ,\ [ \ P = Q \ ] \Rightarrow [ \ \overrightarrow {P Q\ } = \vec 0 \ ] \,


En résumé, φ est une sorte de « morphisme » entre A 2 et E :

- c'est une application;
- sa RTID est aussi une application;
- elle vérifie une sorte de « linéarité » : la relation de Chasles


Il existe une variante équivalente de cette définition où la propriété C2 est remplacée par :

\forall\ ( P , Q ) \in A^2 ,\ [ \ \overrightarrow {P Q\ } = \vec 0 \ ] \Rightarrow [ \ P = Q \ ] \,
Cette propriété est l'implication réciproque de la conséquence de C4 ci-dessus.

Définition « algébrique »

Un espace affine est aussi un ensemble A muni d'une relation ternaire externe dans A à opérateurs à droite dans E ( c'est-à-dire d'une correspondance de A×E dans A ), que nous noterons « \ ^{\ddot +} \, » , et qui vérifie les propriétés suivantes :

  • L1a :   \ ^{\ddot +} \, est fonctionnelle :
\forall\ ( P , Q , R ) \in A^3 , \forall\ \vec u \in E ,\ [ \ ( P , \vec u ) \ddot + Q \wedge ( P , \vec u ) \ddot + R \ ] \Rightarrow [ Q = R \ ] \,
Nous pouvons donc utiliser à partir d'ici une notation fonctionnelle infixée pour \ ^{\ddot +} \, ( notation de Grasmann ) :
\ [ \ ( P , \vec u ) \ddot + Q \ ] \Leftrightarrow [ \ Q = P \ \ddot + \ \vec u \ ] \,
  • L1b :   \ ^{\ddot +} \, est applicative :
\forall\ P \in A , \forall\ \vec u \in E , \exists\ Q \in A \,/\ Q = P \ \ddot + \ \vec u \,
\forall\ ( \vec u , \vec v ) \in E^2 , \forall\ P \in A , [ \ P \ \ddot + \ \vec u = P \ \ddot + \ \vec v \ ] \Rightarrow [ \ \vec u = \vec v \ ] \,
\forall\ ( P , Q ) \in A^2 , \exists\ \vec u \in E \,/\ P \ \ddot + \ \vec u = Q \,
\forall\ P \in A , \forall\ ( \vec u , \vec v ) \in E , ( P \ \ddot + \ \vec u ) \ \ddot + \ \vec v = P \ \ddot + \ ( \vec u \dot + \vec v ) \,

En résumé, \ ^{\ddot +} \, est une sorte de « morphisme » entre A × E et A :

- c'est une application;
- sa RTID est aussi une application;
- elle vérifie une sorte de « linéarité » : l'exo-associativité


Il existe une variante équivalente de cette définition où la propriété L2 est remplacée par :

\forall\ \vec u \in E , \forall\ P \in A ,\ [ \ P \ \ddot + \ \vec u = P \ ] \Rightarrow [ \ \vec u = \vec 0 \ ] \,

Définition « géométrique »

Dans ce qui suit, A A désigne l'ensemble des permutations de A, c'est-à-dire des bijections de A dans A.

Un espace affine est alors un ensemble A muni d'une correspondance de E dans A A , que nous noterons « T » , et qui vérifie les propriétés suivantes :

  • T1a :   T est fonctionnelle :
\forall\ \vec u \in E , \forall\ ( t_1 , t_2 ) \in (A^A)^2 ,\ [ \ \vec u \ \top\ t_1 \wedge \vec u \ \top\ t_2 \ ] \Rightarrow [ \ t_1 = t_2 \ ] \,
Nous pouvons donc utiliser à partir d'ici une notation fonctionnelle pour T :
\ [ \ \vec u \ \top\ t \ ] \Leftrightarrow [ \ t = \top ( \vec u ) \ ] \,
  • T1b :   T est applicative :
\forall\ \vec u \in E , \exists\ t \in A^A ,\ t = \top ( \vec u ) \,
  • T2a :
\forall\ ( \vec u , \vec v ) \in E^2 ,\ [ \ T ( \vec u \dot + \vec v ) = T ( \vec u ) \circ T ( \vec v ) \ ] \,
  • T2b :
\ T ( \vec 0 ) = Id_A \,
\forall\ ( \vec u , \vec v ) \in E^2 ,\ [ \ T ( \vec u ) = T ( \vec v ) \ ] \Rightarrow [ \ \vec u = \vec v \ ] \,
\forall\ ( P , Q ) \in A^2 , \exists\ \vec u \in E /\ T ( \vec u ) ( P ) = Q \,

L'image par T d'un vecteur \vec u est appelée translation dans A de vecteur \vec u , et notée habituellement « t_{\vec u} \, ». C'est une bijection de A dans A.

Vocabulaire et notations

Q - P = \overrightarrow{P\,Q} \,

La relation de Chasles, corollaire de la définition

\overrightarrow{P Q} + \overrightarrow{Q R} = \overrightarrow{P R}

( c’est la relation de Chasles )

Structure affine d’un espace vectoriel

Sous-espace affine  et  direction

Notions connexes

See also: Espace affine, Algèbre linéaire, Angle, Corps (mathématiques), Correspondance et relation, Distance, Droites parallèles, Ensemble, Espace euclidien, Espace vectoriel