Ernst Jünger
Ernst Jünger est un écrivain allemand né en 1895 et mort en 1998.
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Biographie
Après une jeunesse agitée qui le voit faire une fugue à l'âge de seize ans pour s'engager dans la Légion étrangère (voir son livre Jeux africains) il participe avec ardeur et enthousiasme à la Première Guerre mondiale, est blessé quatorze fois et reçoit, quelques semaines avant la fin de la guerre, la plus haute décoration allemande (la croix Pour le Mérite).
Il racontera l'expérience de la guerre des tranchées, avec ses horreurs mais aussi la fascination qu'elle lui a inspirée, dans son livre le plus accessible, (Orages d'acier), qui rencontrera un grand succès.
André Gide écrit même : Le livre d'Ernst Jünger sur la guerre de 14, Orages d'acier, est incontestablement le plus beau livre de guerre que j'ai lu.
Après la défaite, il poursuit des études de botanique et de zoologie et il écrit dans diverses publications nationalistes conservatrices. Approché par le parti Nazi du fait de son passé d'ancien combattant et de ses écrits patriotiques, il refuse toute participation et démissionne même de son club d'anciens du régiment en apprenant l'exclusion des membres juifs. Dès 1933 la Gestapo perquisitionne sa maison et il sera surveillé en permanence par le régime.
En 1939 paraît son chef-d'œuvre, Sur les falaises de marbre, qui est un roman allégorique dénonçant la barbarie nazie.
Dans ce texte, Jünger évoque le destin de deux frères travaillant au sein d'un vaste ermitage, occupés par leur bibliothèque et leur immense herbier et vivant paisiblement dans la contemplation de la nature. Leur quiétude sera brutalement brisée par l'irruption du Grand Forestier dont les hordes sèment la dévastation :
Les actes de banditisme que la Campagna connaissait déjà se renouvelaient alors, et les habitants étaient enlevés à la faveur de la nuit et du brouillard. Nul n'en revenait. Ce que nous entendions chuchoter de leur destin parmi le peuple faisait songer aux cadavres des lézards que nous trouvions écorchés sous les falaises, et nous remplissait le cœur d'affliction.
Sa vie est alors gravement menacée par cette dangereuse publication mais il échappe miraculeusement à toute sanction du fait de la sympathie qu'éprouve Hitler pour ses premiers récits de guerre.
Il participe à la Seconde Guerre mondiale comme attaché à l'état major parisien et consacre son temps libre à rédiger son Journal de guerre. Celui-ci est un fascinant mélange d'observations de la nature avec ses fleurs et ses insectes, de comptes-rendus de ses fréquentations littéraires dans les salons parisiens et enfin de remarques d'une lucidité désabusée qui soulignent son retrait dans un monde intérieur :
Paris, 30 juillet 1944 Une ondée me fait passer quelques instants au musée Rodin, que d'habitude je n'aime guère. (...) Les archéologues d'âges futurs retrouveront peut-être ces statues juste sous la couche des tanks et des torpilles aériennes. On se demandera comment de tels objets peuvent être si rapprochés, et on échafaudera des hypothèses subtiles.
On retrouve également dans ses journaux son horreur de ce qui s'est emparé de l'Allemagne, sa haine de Hitler et de ses partisans (qu'il désigne sous le nom de lémures) et sa honte devant les étoiles jaunes qu'il croise dans les rues :
Je suis alors pris de dégoût à la vue des uniformes, des épaulettes, des décorations, des armes, choses dont j'ai tant aimé l'éclat.
Il fait partie de l'entourage de Rommel et il rédige en secret dès 1943 un court texte (La paix) qui anticipe avec beaucoup de prescience la nécessaire réconciliation des nations et l'indispensable construction européenne.
Il ne participe pas au complot contre Hitler de 1944 mais soupçonné à juste titre d'avoir été au courant de l'attentat il est muté dans les troupes territoriales en Allemagne. Lors des batailles finales il se borne à interdire à ses hommes de résister quand il constate l'arrivée des chars américains.
Après la capitulation, il est interdit de publication pendant quatre années du fait de ses écrits nationalistes des années vingt. De 1950 jusqu'à sa mort en 1998 il vit dans le petit village de Wilflingen et il voyage à travers le monde pour assouvir sa passion de l'entomologie (qu'il évoque avec beaucoup de charme dans Chasses subtiles).
En 1982 l'attribution du prix Goethe déclenche des protestations en Allemagne de la part des libéraux qui n'acceptent pas son passé militariste mais son centième anniversaire, en 1995, est l'occasion de plusieurs célébrations officielles et il est invité à déjeuner à l'Elysée par François Mitterrand qui éprouve une grande admiration pour lui.
Ernst Jünger est sans conteste, avec Thomas Mann, l'un des plus grands écrivains de langue allemande du vingtième siècle.
Les livres qu'il est indispensable d'avoir lu sont : Orages d'acier ; Sur les falaises de marbre ; Journal de guerre (ce dernier se décompose en : Jardins et routes ; Premier journal parisien ; Second journal parisien ; La cabane dans la vigne).
Principaux ouvrages
- Orages d'acier (In Stahlgewittern - 1919)
- Le cœur aventureux (Das abenteuerliche Herz - 1929)
- Le travailleur (Der Arbeiter - 1931)
- Jeux africains (Afrikanische Spiele - 1936)
- Sur les falaises de marbre (Auf den Marmorklippen - 1940)
- La paix (Der Friede - 1946)
- Journal de guerre (Strahlungen - 1949)
- Héliopolis (Heliopolis - 1949)
- Visite à Godenholm (Besuch auf Godenholm - 1952)
- Abeilles de verre (Gläserne Bienen - 1957)
- Le mur du temps (An der Zeitmauer - 1959)
- L'état universel (Der Weltstaat - 1960)
- Chasses subtiles (Subtile Jagden - 1967)
- Eumeswil (Eumeswil - 1977)
- Soixante-dix s'efface (Siebzig verweht - 1977)
- L'auteur et l'écriture (Autor und Autorschaft - 1982)
- Le problème d'Aladin (Aladins Problem - 1983)
Voir aussi
Liens externes
- Musée Ernst Jünger à Wilflingen (en allemand et en anglais)
- Hommage à Ernst Jünger
- Ernst Jünger in cyberspace (en anglais)
