Ernest Renan
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Joseph Ernest Renan, né à Tréguier (Côtes-d'Armor, Bretagne) le 27 février 1823, mort à Paris le 2 octobre 1892, fut un écrivain, philosophe, philologue et historien français.
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Biographie
Fils d'un pêcheur breton. Il fait ses études au petit séminaire de Tréguier (actuellement le collège Ernest Renan), les poursuit à Paris au séminaire Saint-Nicolas-du-Chardonnet (1838-1841), puis au séminaire d'Issy-les-Moulineaux (1841-1843), et enfin au grand séminaire du diocèse de Paris (1843-1845).
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Il quitte le séminaire de Saint-Sulpice le 6 octobre 1845, et renonce définitivement ce même mois à la carrière ecclésiastique. Reçu premier à l’agrégation de philosophie en septembre 1848, il devient docteur ès lettres à la suite d’une thèse sur le philosophe musulman Averroès terminée en 1852. De 1849 et 1850, il fut chargé de mission en Italie.
En 1856, il devient membre de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, et le 11 septembre 1856, il épouse Cornélie Henriette Scheffer, la nièce du peintre Ary Scheffer.
En 1860, il effectue une mission archéologique au Liban et en Syrie. Professeur d'hébreu au Collège de France en 1862, il est rapidement suspendu pour des propos jugés sacrilège sur Jésus. Dans son cours d'ouverture du cours de langue hébraïque, chaldaïque et syriaque au Collège de France, Ernest Renan fait une description apocalyptique de la lourdeur de l'esprit sémite qui s'oppose au génie aryen et à son héritière la culture européenne enrichie aux sources grecques.
En 1863, la publication de sa Vie de Jésus connait un grand succès et fait scandale. Le pape Pie IX, très affecté, le traita de blasphémateur européen, et en 1864, le ministre de l'Instruction publique Victor Duruy supprime son cours.
En 1865, il effectue un voyage en Égypte, en Asie mineure et en Grèce.
En 1869, il se présentait sous l'étiquette d'indépendant à un siège de député en Seine-et-Marne, ce qui lui vaut un échec électoral.
Le 13 juin 1878, il est élu à l'Académie française, au fauteil 29, en remplacement de Claude Bernard.
En 1883, il devient Administrateur du Collège de France.
Il fut élevé au grade de Grand-officier de la Légion d'honneur.
Idées
- Il se montre fasciné par la science et le désintéressement, seuls systèmes permettant à la connaissance humaine de se consolider de génération en génération, alors que les erreurs et les égoïsmes individuels ont une résultante qui nécessairement s'annule sous l'effet de forces antagonistes, et sont voués à ne laisser aucune trace (voir aussi l'article noosphère)
- Ses rapports avec la religion sont complexes. Il la critique comme système de pensée tout en affirmant son importance comme facteur d'unification des sociétés humaines ainsi que le danger de s'en détourner trop hâtivement. Dans L'avenir de la science, il résume la situation en disant : Quand je suis à la ville, je me moque de celui qui va à la messe; mais quand je suis à la campagne, je me moque au contraire de celui qui n'y va pas.
- Renan se rallie immédiatement à l'idée de sélection naturelle découverte par Darwin
- Il se montre en général inquiet pour l'avenir de l'humanité, craignant sa mort par épuisement de la générosité des cœurs, comme celle de l'industrie peut-être un jour par épuisement du charbon de terre. Peut-être nos descendants ne vivront-ils que comme des lézards ne pensant qu'à profiter paresseusement du soleil (voir paradoxe de Fermi).
Citations
Textes considérés par certains comme antisémites
- « Notre race ne débuta point par le goût du confortable et des affaires. Ce fut une race morale, brave, guerrière, jalouse de liberté et d'honneur, aimant la nature, capable de dévouement, préférant beaucoup de choses à la vie. Le négoce, l'industrie ont été exercés pour la première fois sur une grande échelle par des peuples sémitiques, ou du moins parlant une langue sémitique, les Phéniciens. Au Moyen Âge, les Arabes et le Juifs furent aussi nos maîtres en fait de commerce. Tout le luxe européen, depuis l'Antiquité jusqu'au XVIIe siècle, est venu de l'Orient. Je dis le luxe et non point l'art.; il y a l'infini de l'un à l'autre... » (Qu'est ce qu'une nation ?).
Autre texte, terriblement actuel :
- « ...l'islamisme ne peut exister que comme religion officielle; quand on le réduira à l'état de religion libre et individuelle, il périra. L'islamisme n'est pas seulement une religion d'État, comme l'a été le catholicisme en France, sous Louis XIV, comme il l'est encore en Espagne, c'est la religion excluant l'État... Là est la guerre éternelle, la guerre qui ne cessera que quand le dernier fils d'Ismaël sera mort de misère ou aura été relégué par la terreur au fond du désert. L'Islam est la plus complète négation de l'Europe; l'Islam est le fanatisme, comme l'Espagne du temps de Philippe II et l'Italie du temps de Pie V l'ont à peine connu; L'Islam est le dédain de la science, la suppression de la société civile; c'est l'épouvantable simplicité de l'esprit sémitique, rétrécissant le cerveau humain, le fermant à toute idée délicate, à tout sentiment fin, à tout recherche rationnelle, pour le mettre en face d'une éternelle tautologie : Dieu est Dieu... » (Qu'est ce qu'une nation ?).
- Il existe aussi un texte peu aimable pour l'Islam dans la Vie de Jesus.
Discours pour le Centenaire d'Ernest Renan
Invité par la Ligue des Droits de l'Homme et diverses associations à prononcer un discours au Trocadéro à l'occasion du Centenaire d' Ernest Renan, Anatole France, Prix Nobel de Littérature en 1921, après avoir retracé l'œuvre littéraire et philosophique de celui qu'il considère comme son maître, commentant en particulier la Vie de Jésus et l'Histoire d'Israel, aborde longuement la Grande Guerre. « Si Renan avait assisté à la guerre qui s'alluma en 1914, il aurait vu se réaliser une de ses prophéties. Nulle nation d'Europe, a-t-il dit, ne peut aspirer désormais à l'hégémonie. » Il expose ensuite ses idées sur les nations :" La considération ethnographique n'a été pour rien dans la constitution des nations modernes : la France est celtique, ibérique, germaine; l'Allemagne germanique, celtique et slave." Il reprend le même thème, en notations très rapides : « La langue. La langue invite à se réunir : elle n'y force pas... On n'a pas le droit d'aller par le monde tâter le crâne des gens, puis les prendre à la gorge en disant : tu es de notre sang, tu nous appartiens ! .... Les nations ne sont pas quelque chose d'éternel. Elles ont commencé, elles finiront. La confédération européenne probablement les remplacera... » « Je crois fermement que le sage Renan en ces circonstances eût pensé de cette manière. Mais, que je me trompe ou non, je prends sur moi la charge des pensées que je lui prête... »
Voir aussi
Œuvres
- Histoire générale et systèmes comparés des langues sémitiques (1845)
- Études d'histoire religieuse (1857)
- De l'origine du langage (1858)
- Essais de morale et de critique (1859)
- Le Cantique des cantiques - traduction - (1860)
- Vie de Jésus (1863)
- Mission de Phénicie (1865-1874)
- L'Antéchrist (1873)
- Caliban (1878)
- Histoire des origines du Christianisme - 8 volumes - (1866-1881)
- Histoire du peuple d’Israël - cinq volumes - (1887-1893)
- Eau de Jouvence (1880)
- Souvenirs d’enfance et de jeunesse (1884)
- Le Prêtre de Némi (1885)
- Examen de conscience philosophique (1889)
- La Réforme intellectuelle et morale (1871)
- Qu’est-ce qu’une nation ? (Conférence prononcée le 11 mars 1882 à la Sorbonne)
- L'avenir de la science (1890)
