Enfant sauvage
Les enfants sauvages sont des enfants qui, perdus ou abandonnés, ont vécu à leur plus jeune âge, reclus de la société, à l'écart de tout contact humain. Certains enfants sauvages ont été rejetés par leurs parents pour cause de grave handicap physique ou mental. D'autres enfants ont vécu de graves traumatismes avant d'être abandonnés.
Il existe de nombreux récits rapportant des cas d'enfants élevés ou ayant été élevés par des animaux sauvages. La légende et la fiction racontent parfois des cas de loups, d'ours ou d'autres animaux hostiles, ayant adopté un enfant sauvage comme l'un des leurs. Il s'avère cependant que la science eut très peu de cas réels à étudier.
La légende la plus connue est peut-être celle de Romulus et Rémus, jumeaux abandonnés à la naissance et élevés par des loups, connus pour être les fondateurs de Rome. Un autre exemple célèbre, dans la littérature, est celui de Mowgli, personnage du Livre de la jungle de Rudyard Kipling. Un autre exemple connu est celui de Tarzan.
Dans la mythologie et la littérature, les enfants sauvages sont non seulement dotés de l'intelligence humaine, mais aussi d'une certaine dose d'instinct de survie : s'intégrer dans la société est pour eux supposé relativement facile. Dans la réalité pourtant les enfants sauvages semblent être retardés mentalement et ont en particulier d'insurmontables problèmes pour apprendre à parler. Dans tous les cas, réussir à faire d'un enfant sauvage un membre à part entière de la société humaine est généralement très improbable.
Cas réels
- Hans de Liege, garçon irlandais élevé par des moutons
- Les trois garçon-ours lithuaniens (1657, 1669, 1694)
- La fille de Oranienburg (1717)
- Peter, l'enfant sauvage de Hameln (1724)
- La fille de Songi en Champagne (1731)
- La fille-ours hongroise (1767)
- L'homme sauvage de Cronstadt (fin du dix-huitième siècle)
- Victor de l'Aveyron (1797), dépeint en 1969 dans le film de François Truffaut «L'Enfant sauvage»
- Kaspar Hauser (début du dix-neuvième sicèle), dépeint en 1974 dans le film de Werner Herzog L'Énigme de Kaspar Hauser (Jeder für sich und Gott gegen alle)
- Oxana Malaya, Ukraine, (années 1990) élevée par des chiens jusqu'à l'âge de huit ans
- Andrei, un garçon de sept ans élevé par un chien de garde dans la région de l'Altaï, découvert en juillet 2004.
Études de cas
Genie
Genie est le nom donné à une jeune fille découverte à Los Angeles le 4 novembre 1970, qui fut victime pendant longtemps de maltraitement.
Genie est née en avril 1957. Elle fut le quatrième enfant (mais le deuxième ayant survécu) d'un couple instable. Sa mère était partiellement aveugle à cause d'une cataracte et d'un détachement de la rétine, et son père, qui était de vingt ans l'aîné de sa mère, était un déséquilibré mental, longtemps dépressif suite à un accident ayant coûté la vie à sa mère.
A l'âge de vingt mois, Genie allait tout juste commencer à parler quand un docteur annonça à sa famille qu'elle semblait un peu lente, probablement mentalement retardée. Le père de Genie interpréta cet avis à l'extrême, et la croyant profondément retardée, lui fit subir un sévère isolement et un maltraitement rituel, afin « de la protéger ».
Jusqu'à sa découverte, à l'âge de treize ans et sept mois, Genie était attachée à une chaise et portait des couches-culottes à longueur de journée. Elle ne possédait pas de capacité de langage et pouvait seulement babiller comme un enfant. Il fut également rapporté que son père la battait à chaque fois qu'elle essayait de formuler un mot, grognait contre elle comme un chien pour qu'elle se taise et interdisait à sa femme et à son fils de lui parler. Elle avait donc treize ans et pendant plus d'une décennie fut complètement restreinte, laissée seule dans une pièce sans aucune forme d'échange, de quelque sorte que ce soit, avec un humain.
La découverte de Genie eut lieu lorsque sa mère eut finalement assez de courage pour quitter son mari dominateur. Elle réussit à quitter avec succès sa maison et à emmener sa fille avec elle. Genie, sa mère et sa grand-mère maternelle allèrent à un bureau d'assistane sociale à Temple City, en Californie, pour récupérer les aides pour les aveugles quand une employée découvrit Genie et pensa alors qu'elle avait six ou sept ans et était autiste. Lorsqu'elle comprit qu'elle avait en réalité presque quatorze ans, l'employée prévint immédiatement son supérieur qui appela la police. Genie fut immédiatement envoyée à un hôpital pour enfants pour cause de malnutrition et ses parents furent inculpés pour négligence sur mineur. Le jour du jugement, le père de Genie se suicida avec une arme à feu. Les charges retenues contre sa mère furent abandonnées lorsqu'on s'aperçut qu'elle fut elle-même victime des maltraitements de son mari.
Lorsqu'elle fut libérée pour la première fois, Genie marchait à la façon d'un lapin, tenait ses mains devant elle comme des pattes et crachait et griffait constamment. Presque aucun son n'émanait d'elle. À travers d'études de son sommeil, il fut détecté que le cerveau de Genie était endommagé. Les scientifiques ne savaient par contre pas si cela était du à des années d'isolement ou au fait qu'elle était née ainsi.
Après avoir passé une courte période dans un centre de réhabilitation, Genie fut placée en maison adoptive et alla en école spécialisée. Elle développa des relations avec de nombreuses personnes et apprit différentes activités telles que la couture et le dessin. Elle apprit à parler et à pratiquer le langage des signes. Bien que montrant de grands progrès au début, Genie atteignit rapidement un seuil dans l'acquisition du langage. Elle n'apprit jamais réellement la structure du langage et acquit seulement quelques phrases telles que « Acheter pomme magasin ». Des linguistes et des scientifiques voulurent en profiter pour étudier s'il est possible d'apprendre le langage après la puberté mais le cerveau de Genie était trop endommagée pour que les études soient assez concluantes. De plus, il eut une certaine controverse sur la validité et l'utilité des expériences qui ont été conduites sur la fillette et les fonds alloués à ces études furent supprimés.
Alors que les gens ont fait ce qu'ils pouvaient pour aider Genie, la mère de Genie reçut également de l'assistance et fut même opérée de sa cataracte, ce qui lui permit de recouvrir presque totalement la vue. Quand Genie eut dix-huit ans, sa mère put à nouveau s'occuper d'elle. Cependant, après quelques mois, sa mère la trouva trop difficile à gérer, et Genie fut placée dans une série de maisons spécialisées. Dans l'une d'entre elles, elle fut sévèrement punie pour avoir vomi, ce qui lui fit peur d'ouvrir sa bouche pendant plusieurs mois. Aujourd'hui, Genie vit dans une maison spécialisée pour adultes dans le sud de la Californie, à l'abri des regards du public et y restera. Sa mère et son frère sont toujours en vie à ce jour.
En 2001 sortit le film intitulé «Mockingbird Don't Sing», basé sur la vie de Genie.
