Emmanuel Mounier
Emmanuel Mounier est un philosophe français né à Grenoble en 1905, mort à Châtenay-Malabry en 1950. Il est le fondateur de la revue Esprit et est à l'origine du courant personnaliste.
Bernard Jouanno écrit dans le journal La Croix le 2 mai 2004 les lignes suivantes (reproduites avec son accord et celui du journal, merci à eux)
"Né à Grenoble en 1905, dans une famille profondément catholique, Emmanuel Mounier réussit avec brio l’agrégation de philosophie, mais l’université et l’enseignement ne le passionnent guère. Il rêve d’une revue. En octobre 1932 paraît le premier numéro d’Esprit, « revue internationale ». Son ambition est de donner naissance à un mouvement. Dans cette perspective, la revue doit être une force d’innovation et de proposition, le support d’un discours collectif sur le monde. Dans le même esprit, il crée une « association des amis d’Esprit », et multiplie les groupes de discussion en France et à l’étranger. Il s’entoure de collaborateurs et de correspondants de qualité. Leur objectif : faire naître une civilisation nouvelle, en opposition à tous les totalitarismes politiques, idéologiques ou financiers. « Un des premiers, il pressent l’impasse de l’individualisme issu de la démocratie, écrit le philosophe Guy Coq, président de l’association des Amis d’Emmanuel Mounier. Il remplace l’opposition entre individu et société par une relation dialectique entre personne et communauté... Il revitalise l’idée de société en l’éclairant par l’idée de communauté. »
Après la guerre, il multiplie les voyages et les contacts. Il participe à la réconciliation franco-allemande, le vrai point de départ de la re-création de l’Europe. En 1948, il crée le comité français d’échanges avec l’Allemagne nouvelle. « Avec le recul, témoigne Alfred Grosser alors jeune secrétaire général de ce comité, on s’aperçoit que c’est ce travail d’échanges qui a créé une sorte d’infrastructure humaine permanente pour les rapports franco-allemands et qui a contribué dans une large mesure à leur donner la spécificité sans laquelle la politique européenne des années 60 comme celle des années 50 ne saurait être expliquée ».
Le personnalisme de Mounier n’est ni un système ni une doctrine. C’est une « matrice philosophique », suggère Jean-Marie Domenach, ancien directeur d’Esprit (décédé en 1997). C’est, propose Guy Coq, « un espace de rencontres autour de quelques points d’appui, où chrétiens, musulmans, agnostiques, juifs et incroyants peuvent se retrouver dans une réflexion sur le monde que nous avons à construire ». Même si c’est bien sa foi chrétienne qui l’inspire, il n’entend pas faire œuvre confessionnelle. Esprit ne sera donc pas une revue catholique, mais une revue où des croyants et des incroyants se fréquentent, discutent, s’expriment. Il veut créer une fraternité fondée sur un socle de valeurs communes et sur une méthode qui privilégie la discussion et la pluralité des points de vue.
Emmanuel Mounier meurt le 22 mars 1950 d’une crise cardiaque, peu avant l’appel de Robert Schuman. Il avait 45 ans. Mais grâce à la revue et à ses livres, traduits en plusieurs langues, l’influence du personnalisme se répand dans l’Europe entière. Esprit continue, une nouvelle génération de philosophes (Étienne Borne, Jean Lacroix, Gabriel Madinier, Joseph Vialatoux...) assure le relais, prolonge et élargit la réflexion. L’affirmation de la dignité inaliénable de la personne humaine gagne du terrain, et permet de fonder la pensée des droits de l’homme."
