Élégie


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Définitions

Vient du mot grec ‘elegeia’, « chant de deuil ». Dans l’Antiquité, est appelée élégie tout poème alternant hexamètres et pentamètres en distiques : ce sont les vers élégiaques.

De nos jours l'élégie est considérée comme une catégorie au sein de la poésie lyrique, en tant que poème de longueur et de forme variables caractérisé par son ton plaintif particulièrement adapté à l'évocation d'un mort ou à l'expression d'une souffrance d'amour due à un abandon ou à une absence.

Perspective historique

L’élégie grecque

Une autre étymologie, très probablement fantaisiste, voit dans le mot ‘’élégie’’ la racine ‘’leg-‘’, qui signifie « dire », et le phonème [é], qui signifiait “hélas”. Quelle qu’en soit son origine, le distique élégiaque se compose d’un hexamètre dactylique et d’un pentamètre plus court.

En Grèce, l’élégie n’était pas un genre littéraire mais une forme. Il n’y avait pas d’unité de thème, et le distique élégiaque n’était pas réservé à l’expression de la douleur ou du sentiment amoureux. Au contraire, l’élégie était utilisée pour traiter de thèmes très divers : la philosophie, la morale, la guerre, la politique. Les poètes Callinos, Tyrtée et Solon ont pratiqué l’ ’’elegia’’. Le point commun est l’impersonnalité, la subjectivité de l’auteur restant toujours en retrait, laissant la place au message. Il faut parler d’ ‘’elegia’’ plus que d’élégie, ou du moins garder à l’esprit que ce terme n’a pas son sens moderne.

Cependant, la poète Mimnerme, vers la fin du VIIè siècle av. J.-C., a recourt au distique élégiaque pour exprimer des sentiments amoureux. Puis, au IIIè siècle av. J.-C., l’élégie hellénistique entrelace fables muthologiques et sentiments amoureux. Dans cette tradition amoureuse de l’élégie grècque, on trouve les poètes Callimaque et Philétas.

Mais c’est avec l’élégie romaine que cette forme va se spécialiser dans le domaine amoureux.

L’élégie romaine

Bien qu’à ses débuts, la structure métrique de l’élégie ne soit pas réservée à l’expression de la tristesse amoureuse, les poètes romains vont rendre plus humaines les émotions des héros mythiques, le personnage de l’amant permettant une identification personnelle. L’élégie est alors associée au thème de la passion amoureuse. S’il y a tristesse, dit Ovide, ça n’est pas du fait de l’essence de l’élégie, mais parce que l’amour le plus souvent donne naissance à des sentiments malheureux.

L’élégie est l’occasion de donner naissance à une posture particulière de leurs auteurs : leur vision de l’amour s’accompagne d’une vision de la société, et de la position du poète, souvent en marge. L’amour élégiaque se place en marge des lois et de la convenance, particulièrement à l’époque augustiniène qui tente de revenir à un “nouvel ordre moral”. Les élégiaques n’ont pas toujours bonne réputation, d’autant plus qu’ils jouent avec l’autobiographie (même s’il ne faut pas voir dans les élégies un récit autobiographique, le ‘’je’’ n’est que conventionnel), peu apréciée à Rome. Avant d’être un genre littéraire, l’élégie romaine est donc un style, une façon de vivre, de penser et d’être, qui fait émerger un point de vue individuel.

C’est le poète grec Parthénios, arrivé à Rome comme esclave en 73 av. J.-C., qui importa le genre élégiaque. Catulle bientôt pris la relève, tout en donnant une orientation romaine à l’ ‘’elegia’’.

Catulle

Il publie un recueil de poèmes en partie de métrique élégiaque; l’inspiration érotique très nettement présente donne une première orientation à l’amour élégiaque. Seuls les poèmes 65 à 116 sont composés en distiques élégiaques. La thématique de la passion prend deux formes : la figure d’Ariane abandonnée par Thésée (poème 64), et les amours de Catulle et de Lesbie. La dimension fictionnelle de cette évocation d’expériences personnelles est très importante, le poète jouant avec cette confusion entre l’auteur et le narrateur. Il s’agit d’un récit s’appuyant sur de nombreux lieux communs (tel que la porte close qui fait obstacle à l’amant), et non de la narration d’événements vécus. La question de la sincérité ne se pose pas au sens moderne. Cependant, on voit bien la naissance d’un ‘’je’’ auteur et acteur du texte littéraire, et Catulle est le premier auteur latin à exposer publiquement son amour pour une femme. Cette prise de position est provocatrice, et perçue comme blâmable par ses contemporains. En effet, la passion éprouvée pour une femme est dégrandante, puisqu’elle fait de l’homme un esclave, ‘’servus’’ et de la femme une ‘’domina’’ – thème sur lequel Ovide reviendra. De plus, l’homme amoureux d’une femme est un personnage typique et ridicule des comédies de Plaute. Catulle insiste sur le désaroi amoureux, sur l’alternance de bonheur et de désespoir, sur la difficulté de la fidélité. L’amour est perçue comme une douleur, et au poème 76 il en vient à prier les dieux de l’en délivrer.

Catulle reste très inspiré par les modèles grecs, qu’il traduit, adapte et imite – à une époque où le concepte de plagiat n’existe pas, et où imiter un écrivain est lui rendre hommage. Il assure la transition entre l’élégie hellénistique et l’élégie romaine.

Tibulle

Lygdamus

Sulpicia

Properce

Ovide

L’élégie à la renaissance

Postérité

Ce genre connu dans l'Antiquité se perpétue à toutes les époques de la poésie française, et comme exemple d'élégie romantique on peut citer un poème de Marceline Desbordes-Valmore Les séparés (Poésies, 1820), dans lequel cette poètesse qui a fait du ton élégiaque son mode d'écriture poétique de prédilection mêle les deux genres d'élégies en associant la souffrance d'amour due à un abandon et la douleur due à un deuil.

Procédés de l’élégie

See also: Élégie, Catulle, Ovide, Plaute