Écriture littéraire
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Définition générale
L'écriture, c'est l'acte d'écrire. En littérature, c'est l'acte de l'auteur qui produit un texte.
L'écriture littéraire obéit aux normes de l'orthographe et de la grammaire, mais aussi de la rhétorique, de la poétique. L'écrivain utilise des outils de langages qui lui permettent de se façonner un style, et il s'autorise également des licences poétiques, des digressions, des néologismes, de manière à appuyer son discours, à rendre esthétique sa prose. C'est ainsi qu'il se différencie et devient artiste.
L'écriture est l'ensemble des outils de langage qui permettent de construire un texte qui produit du sens.
Dans les parties qui suivent, nous tentons de présenter ce qu'est le travail de l'écriture.
Écritures
L'écriture est pour l'écrivain le moyen de transmettre un récit, une intrigue, une description, un portrait, un sentiment, une émotion. C'est aussi le moyen de créer sa propre langue. Chaque écrivain possède son style, sa manière de construire l'histoire, de construire les phrases, d'utiliser les mots.
L'écriture littéraire a pour but (désiré ou non) de se retrouver dans l'univers social, d'être publié.
Selon les écritures, l'écrivain utilisera l'écriture (les figures de style, la rhétorique, les expressions, les mots) pour servir son histoire; ou alors il utilisera l'histoire pour servir son écriture. Dans le second cas, le style sera plus probablement original, plus proche de l'invention singulière, car la matière même de l'écriture aura été le but du façonnage. Dans le premier cas, le texte sera une fabrication dont la fin sera l'histoire. Dans les deux cas, la frontière sera bien sûr toujours ténue, chaque écriture étant une combinaison de fabrications et d'inventions. Écrire en langage peut aussi être écrire un langage. Ce langage sera bien sûr dépendant de la langue de départ, du contexte socio-culturel, tout texte est une imitation.
Cette transmission de pensées par l'abstraction des mots est par essence approximative: le mot ne touche pas l'objet. Le lecteur a tout loisir d'interpréter ce qu'il lit. Sachant cela, l'écrivain utilise donc l'écriture par ses évocations, par les sens possibles d'un mot.
Ratures
Parlant de cette abstraction des mots, nous pouvons évoquer les infinies combinaisons de mots dans une langue. La possibilité de pouvoir tout représenter par des mots, chaque possibilité restant personnelle à celui qui l'écrira. Ce vertige est celui qui saisit l'écrivain lorsqu'il travaille un texte, la manifestation de ce vertige se trouve dans les brouillons d'écrivains, bien souvent remplis de corrections, de ratures, d'ajouts. Brouillons d'écrivains à la BNF
Un roman, une nouvelle, un poème, ne sont jamais un premier jet. La volonté du mot juste, la recherche du rythme parfait, de la sonorité exacte, de la cohérence d'un personnage, d'une scène, provoquent des ajouts, des variations, des suppressions, des retours. La recherche dans ses souvenirs, dans ses connaissances, dans ses références, dans son imaginaire, dans les livres, dans les dictionnaires (synonymes, définitions, rimes, analogies, symboles...), l'idée qui surgit quand on ne l'attend pas et qu'il faut noter, tout cela fait partie du travail d'écriture. La cohérence dans un roman ne peut se faire qu'au prix d'un travail scrupuleux d'écriture, de relectures, de ré-écritures.
- « Le difficile en littérature, c'est de savoir quoi ne pas dire. » Gustave Flaubert.
Jets
On distingue le premier jet. Dans l'écriture automatique des surréalistes, cela est devenu la contrainte. Ce premier jet est celui des émotions. On peut dire que l'inconscient écrit. Il est celui sans retenu, que l'on ne relit pas.
Pourtant, nombre d'écrivains se corrigent pendant le premier jet, revenant immédiatement sur un mot, ou quelques lignes plus tôt sur une phrase.
Le second jet (et les suivants) seront ceux, reposés, de la reprise en main du texte, quand l'écrivain donne la cohérence, et travaille le style.
Jean Guenot distingue l'écriture du roman en « couches minces » de l'écriture en « couches épaisses ». Dans le premier cas, l'écriture du roman se fait en entier, mais d'abord par allusions, par notes, par mots clefs. Ensuite les couches s'étoffent, tout au long du roman. Et ainsi de suite, jusqu'à ce que chaque couche soit complètement terminée. Dans le second cas, l'écriture du roman se fait par partie, chaque partie étant terminée avant de passer à la suite.
Styles
Nous avons dit que toute écriture est personnelle: on reconnaît le style d'un écrivain.
- « « Je vais me tuer ! » qu'il me prévenait quand sa peine lui semblait trop grande. Et puis il parvenait tout de même à la porter sa peine un peu plus loin comme un poids bien trop lourd pour lui, infiniment inutile, peine sur une route où il ne trouvait personne à qui en parler, tellement qu'elle était énorme et multiple. Il n'aurait pas su l'expliquer, c'était une peine qui dépassait son instruction. Lâche qu'il était, je le savais, et lui aussi, de nature espérant toujours qu'on allait le sauver de la vérité, mais je commençais cependant, d'autre part, à me demander s'il existait quelque part, des gens vraiment lâches... On dirait qu'on peut toujours trouver pour n'importe quel homme une sorte de chose pour laquelle il est prêt à mourir tout de suite et bien content encore. Seulement son occasion ne se présente pas toujours de mourir joliment, l'occasion qui lui plairait. Alors il s'en va mourir comme il peut, quelque part... Il reste là l'homme sur la terre avec l'air d'un couillon en plus et d'un lâche pour tout le monde, pas convaincu seulement, voilà tout. C'est seulement en apparence la lâcheté. » - Le style parlé, un peu vociférant, de Louis-Ferdinand Céline, dans Voyage au bout de la nuit
- « Il n'y a peut-être pas de jours de notre enfance que nous ayons si pleinement vécus que ceux que nous avons cru laisser sans les vivre, ceux que nous avons passés avec un livre préféré. Tout ce qui, semblait-il, les remplissait pour les autres et que nous écartions comme un obstacle vulgaire à un plaisir divin; le jeu pour lequel un ami venait nous chercher au passage le plus intéressant, l'abeille ou le rayon de soleil gênants qui nous forçaient à lever les yeux de sur la page ou à changer de place, les provisions de goûter qu'on nous avait fait emporter et que nous laissions à côté de nous sur le banc, sans y toucher, tandis qu'au-dessus de notre tête le soleil diminuait de force dans le ciel bleu, le dîner pour lequel il avait fallu rentrer et où nous ne pensions qu'à monter tout de suite après, finir le chapitre interrompu, tout cela, dont la lecture aurait dû nous empêcher de percevoir autre chose que l'importunité, elle en gravait au contraire en nous un souvenir tellement doux, tellement plus précieux --à notre jugement actuel-- que ce que nous lisions alors avec tant d'amour que, s'il nous arrive encore aujourd'hui de feuilleter ces livres d'autrefois, ce n'est plus que comme les seuls calendriers que nous ayons gardés des jours enfuis, et avec l'espoir de voir reflétés sur leurs pages les demeures et les étangs qui n'existent plus. » - Ce style coulé, fluide, au milieu de la Nature et dans le souvenir, c'est Marcel Proust, Extrait de Sur la lecture.
- Début d'un roman américain:
- « They sent him to Dallas to kill a nigger pimp named Wendell Durfee. He wasn't sure he could do it.
- The Casino Operator's Council flew him. They supplied first-class fare. They tapped their slush fund. They greased him. They fed him six cold.
- Nobody said it:
- Kill that coon. Do it good. Take our hit fee.
- The flight ran smooth. À stew served drinks. She saw his gun. She played up. She asked dumb questions. »
- Un style à la mitraillette, des phrases de quatre mots blanches comme la mort, c'est James Ellroy, le début de The cold six thousands (titre français: American death trip).
Fond et forme
Dans un texte, quand la forme correspond au fond, la puissance évocatrice est démultipliée, ou au moins confirmée. Un texte évoquant la douce puissance, la force et l'immanente beauté de la nature sera, avec bonheur, lyrique. Une phrase annonçant l'arrivée trépidante d'un taureau battant le sol de ses sabots, sera tapante et frappante de p, de b, de t...
Pour parvenir à cela, l'écriture fait appel à la poétique, à la rhétorique, aux figures de styles: assonance, allitération, métaphore, métonymie, comparaison, répétition, oxymore, anacoluthe... Mais aussi à des formes plus simples d'artifices: placement des mots, utilisation des temps (présent, futur, passé simple, plus que parfait...), emploi de l'adjectif, de l'adverbe...
- « La bonne prose pourtant doit être aussi précise que le vers, et sonore comme lui. » Gustave Flaubert.
- « Quand je n'essaye pas d'écrire, je lis. Très lentement. À haute voix dans ma tête. Je lis en écoutant des mots. Quand j'écris aussi, j'entends les mots. L'écriture, c'est d'abord un texte que j'écoute. J'écris et je prononce en même temps. Il faut que je m'entende. » Nathalie Sarraute, dans Le Monde.
- « La forme est la chair même de la pensée, comme la pensée est l'âme de la vie. » Gustave Flaubert.
- « Plus une idée est belle, plus la phrase est sonore. » Gustave Flaubert.
Écriture et Histoire
Écrire s'inscrit dans une époque. L'écrivain s'inscrit dans une lignée. Il est influencé par ses lectures, par son temps, par sa classe sociale. Roland Barthes remarque que la forme choisi par des écrivains varie avec le temps, que des contemporains peuvent avoir des styles proches ou différents, que tout sépare. « Gide et Queneau, Mallarmé et Céline, Claudel et Camus, qui ont parlé le même état historique de notre langue avaient des écritures profondément différentes. ».
« Placés au cœur de la problématique littéraire qui ne commence qu'avec elle, l'écriture est essentiellement la morale de la forme, c'est le choix de l'aire sociale au sein de laquelle l'écrivain décide de situer la nature de son langage. ». Dans le degré zéro de l'écriture, Barthes aborde l'écriture blanche, les écritures politiques, l'écriture du roman, l'utopie du langage, y a-t-il une écriture poétique, triomphe et rupture de l'écriture bourgeoise, écriture et révolution.
Sources et bibliographie
- Roland Barthes, Le degré zéro de l'écriture (ISBN 2-02000-610-3)
- Jean Guenot, Ecrire, guide pratique de l'écrivain, avec des exercices (ISBN 2-85405-079-7)
- Michel Volkovitch, Le verbier (ISBN 2-86231-157-X)
- Citations du monde pour les citations de Flaubert
