Dogmes et doctrines (christianisme)
Cet article tente de définir la relation entre dogmes et doctrines telle que ressentie et vécue dans le catholicisme romain. Il débouche sur la conception du dogme dans les autres christianismes.
| Sommaire |
Définition provisoire de dogme
Un dogme au sens courant du terme est une croyance admise par un groupe ou une organisation comme indiscutable, sans référence à une preuve, une analyse critique ou des faits établis.
Christianisme ancien
Les dogmes religieux n’existent en tant que tels que dans le christianisme ils sont décidés et promulgués par les conciles depuis le IVe siècle jusqu’en 1854 et sont considérés comme des principes de base auquel tout fidèle doit adhérer sous peine de sanctions temporelles et spirituelles.
Voir l’article spécialisé Dogmes catholiques.
Catholicisme
En ce qui concerne le catholicisme, le pape, dans certaines circonstances peut aussi en définir. Ils se distinguent clairement des opinions théologiques que le fidèle est libre de refuser : en tant qu’imposé par l’autorité, le dogme ne peut être disputé, révisé ou mis en doute, mais doit être accepté par foi par tous ceux qui reconnaissent l’autorité qui l’édicte. Ils ne peuvent discuter ni étendre les dogmes qu’à condition de ne pas contredire l’essence de l’enseignement dogmatique précédent.
Le refus du dogme est appelé hérésie par les dénominations dogmatiques et mènent à l’exclusion de l’hérétique (excommunication) ou à son extermination.
Pour les croyants occidentaux des christianismes d’autorité, les doctrines contenues dans le credo de Nicée ne reflètent que la partie doctrinale du dogme.
Par exemple :
- Si l’on s’en tient à l’Enchiridion (*), où la Congrégation pour la doctrine de la foi enregistre les mises à jour doctrinales, l’Incarnation n’est pas un dogme. En revanche, l’idée que le Fils de Dieu (Seconde personne de la Trinité) s’est incarné dans un homme, Jésus (nommé « de Nazareth », nommé Christ, c’est-à-dire « oint », traduction par le grec de Macchi’ach(**), à savoir Messie) est bien une doctrine fondamentale qui cumule le résultat des deux premiers conciles. L'histoire de ce Messie est relatée par le Nouveau Testament, particulièrement les évangiles. La façon dont Jésus est censé unir en sa personne la nature divine et la nature humaine a été une des autres causes de multiples controverses dans les premiers siècles du christianisme.
- L’une des différences notables avec l’orthodoxie est qu’elle considère l’Écriture comme source en tant que transmise par la Tradition. Augustin d'Hippone écrit en substance qu’il ne reçoit l’Écriture que parce qu’elle lui est proposée par l’Église, détentrice du message transmis par les apôtres sur ordre de Jésus-Christ. Adopter les formulations des pariarcats orthodoxes au détriment du droit canonique romain n’est évidemment pas à l’ordre du jour dans l’Église catholique malgré de notables et récentes concessions doctrinales, telle la suppression du Filioque (procédure de non réception). De là jaillit toute l’originalité de la procédure de non-réception en cours ; ladite procédure de non-réception est passée inaperçue chez les catholiques qui n’ont, de ce fait, soulevé aucune objection.
D’une façon générale, dans le catholicisme, c’est l'Enchiridion qui fait foi, à savoir la Curie romaine. En aucun cas, le catholicisme ne fonde ce qu’il reconnaît comme dogme ou doctrine sur les données des patriarcats orthodoxes.
(*) H. Denzinger et A. Schönmetzer, Enchiridion Symbolorum, Definitionum et Declarationum de Rebus Fidei et Morum, Editio XXXVI emendata, Romæ, 1976.
(**) Macchi’ach, titre royal des rois de Juda réputés « fils de David », et qui représente dans la période post-exilique, le roi idéal susceptible de rendre à Israël son indépendance et son importance au sein des nations. (Voir cahiers Évangile, Le Messie de l’Exil au premier siècle de notre ère)
Dogme
Dans son Introduction à la théologie chrétienne (1967, le Seuil), Claude Tresmontant définit ainsi le dogme dans son introduction :
« Jusqu’en 1854, un dogme est une formulation juridique promulgué à l’occasion d’un concile et visant à résoudre un cas de controverse. Il comprend une formulation doctrinale et une formule de condamnation de l’autre partie. Par la formulation négative de la doctrine, on peut dire qu’il désigne l’hérétique, frappé d’anathème, plus que le croyant. En toute rigueur, le dogme doit être désigné par le concile qui lui a donné naissance et par l’adversaire contre lequel il a été promulgué. »
Doctrine
La doctrine entretient un rapport complexe avec le dogme :
- soit elle en est la partie enseignement (ce qu’il faut croire),
- soit elle condense plusieurs parties doctrinales contenues dans plusieurs dogmes, comme c’est le cas dans les confessions de foi,
- soit elle est le fruit de l’élaboration théologique au cours de controverses comme le sont les disputationes médiévales.
Pour se faire une idée de ce qu’est la disputatio, se reporter au traité De Veritate de Thomas d'Aquin qui reprend chacune des propositions possibles sur une question, y compris les propositions adverses en examinant les cas de possibilité et d’impossibilité selon la logique d’Aristote.
Si le dogme est toujours promulgué par l’autorité (généralement le concile), la doctrine est le fruit du travail des théologiens (Vocabulaire Philosophique de Lalande), en sorte que le croyant ne voit pas la différence et nommera facilement dogme ce qui est doctrine.
Adiaphora
Ce mot grec a pour singulier adiaphoron.
Sont adiaphora les doctrines qui ne sont pas obligatoires mais qui peuvent aider la foi. Ainsi en est-il des apparitions de personnages bibliques et des miracles, même reconnus par l’Église catholique.
Autres christianismes
Christianismes orientaux
Le dogme est fait pour exclure. Ainsi se sont formées les églises orthodoxes des deux, trois ou sept premiers conciles œcuméniques, selon que l’on est nestorien, monophysite, ou orthodoxe.
Églises issues de la Réforme
Leur conception est toute différente. Pour elle le dogme ne fait pas le chrétien, au contraire de ce qui se passe dans les religions d’autorité.
Voir Dogmes catholiques section 2 « Usages du dogme ».
Voir aussi
- Catholicisme
- Dogmes catholiques qui retrace le parcours concilaire de promulgation des dogmes.
- Confessions de foi
