Dispositifs tactiques en football
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Positionnement des joueurs
Très rapidement, dès le début du jeu, il s'est avéré que la tactique consistant pour tous les joueurs à se diriger vers le ballon était une stratégie perdante: puisqu'un seul joueur peut avoir la maîtrise de la balle, les autres ne servent à rien ou même le gênent. Les partenaires du porteur de balle doivent se répartir sur le terrain de manière à lui offrir le maximum de possibilités de passes, tout en restant aptes à défendre leur camp en cas de perte de balle.
Cependant, certains joueurs, de part leurs qualités physiques naturelles, sont plus aptes à aller marquer des buts, ou au contraire montrent une grande efficacité de récupération de balle. Il est donc logique d'affecter les premiers aux tâches offensives, et les seconds aux tâches défensives. Nécessairement, les attaquants vont se placer à proximité du but adverse, et les défenseurs à proximité de leur propre but, de manière à en empêcher l'accès aux attaquants adverses. Cependant, la règle du hors-jeu, en évitant de créer deux groupes de joueurs, chacun devant un but, impose aux uns et aux autres de se déplacer sur le terrain en fonction des actions de jeu. Un joueur ne peut pas assurer des allers-retours permanents pendant 90 minutes, la liaison entre les lignes d'attaque et de défense est assurée par les milieux de terrain. Défense, milieu de terrain et attaque sont des concepts constants au cours de l'évolution des dispositifs tactiques, qui sont tous basés sur ce modèle en trois lignes.
La défense
Les défenseurs sont habituellement des joueurs puissants et rapides, dont la tâche principale consiste à perturber le jeu de l'attaque adverse. Le ballon peut être récupéré à la suite d'un duel gagné par un défenseur (action individuelle) ou par une déstabilisation des adversaires par une stratégie collective (interception, provocation d'un hors-jeu, etc.). Les qualités requises pour un bon défenseur sont donc le sang-froid, la concentration et l'intelligence de jeu. Pendant longtemps, on a pu estimer que les défenseurs étant des « destructeurs » de jeu, ils n'avaient pas à montrer de capacités techniques particulières. Ce n'est plus le cas actuellement.
Une ligne de défense est habituellement constituée de quatre joueurs, rarement 3 ou 5. La défense à quatre « typique » comprend deux arrières latéraux, qui verrouillent les côtés, et de deux arrières centraux, souvent différenciés en « stoppeur » et « libéro ». Le libéro, traditionnellement, est déchargé de tout marquage individuel, et est donc plus apte à adapter son comportement en fonction du contexte : boucher un « trou », donner des consignes tactiques, anticiper une interception, etc.
Pendant une grande partie du XXe siècle, la défense par marquage individuel était prépondérante : chaque défenseur, à l'exception du libéro, se voit attribué un attaquant qu'il suivra partout afin de gêner son jeu. Bien qu'efficace, cette option tactique montre cependant quelques faiblesses. Si un défenseur est battu, ce qui doit toujours arriver quelques fois pendant un match, l'attaquant qu'il marquait se retrouve seul et bénéficie donc d'une grande liberté d'action. De plus, les défenseurs « au marquage » ne peuvent pas participer au reste du jeu, au risque de s'éloigner trop de leur adversaire attitré. Enfin, la tactique défensive dépend essentiellement du nombre d'attaquants adverses, ce qui fait qu'au final, le schéma de jeu est imposé par l'équipe adverse qui pourra alors jouer sur ses points forts.
Dorénavant, la grande majorité des équipes pratique une défense dite « en zone », beaucoup plus flexible que le marquage individuel. Chaque défenseur couvre une partie du terrain, et il défendra contre l'adversaire qui s'y trouve. Bien que très efficace, la défense en zone est particulièrement difficile à pratiquer, car elle nécessite plus de concentration, de lucidité et d'intuition du jeu que le marquage individuel.
Le milieu de terrain
Le milieu de terrain est peut-être la ligne de jeu qui propose le plus d'options tactiques différentes. On peut avoir deux, trois, quatre voire même cinq milieux de terrain, selon le dispositif choisi. Traditionnellement, un milieu de terrain doit être endurant, c'est le joueur qui parcourt le plus de chemin au cours d'une partie. C'est peut-être d'ailleurs la seule caractéristique commune aux milieux, qui peuvent montrer par ailleurs des aptitudes totalement différentes.
Le rôle de milieu de terrain est de réaliser la liaison entre la défense et l'attaque. Après la récupération de la balle, les milieux doivent la transmettre aux attaquants dans les meilleures conditions possibles. Inversement, ils doivent gêner le développement du jeu adverse pour ne pas compliquer la tâche des défenseurs. Il est fréquent d'entendre des grands tacticiens affirmer qu'un match se gagne ou se perd au milieu de terrain.
Les milieux de terrain offensifs ont un rôle d'attaquant, mais leur position reste en retrait. Ils doivent pouvoir servir des ballons de buts aux joueurs offensifs, et parfois en marquer eux mêmes. Les joueurs les plus célèbres sont la plupart du temps des milieux offensifs, c'est par exemple le cas de Diego Maradona, de Michel Platini ou de Zinedine Zidane. C'est aussi le poste qui permet la meilleure expression de son potentiel technique.
Les milieux défensifs sont eux des défenseurs avancés sur le terrain. Ils doivent empêcher la construction du jeu adverse, avant même que la balle ne soit transmise aux attaquants. Une récupération de balle au milieu de terrain est bien plus intéressante qu'en défense, puisqu'il n'y a plus que la moitié du chemin à faire jusqu'aux attaquants, ce qui permet d'amorcer des contre-attaques souvent décisives.
Bien entendu, il existe une continuité entre les milieux défensifs et les milieux offensifs, chaque joueur devant être placé sur le terrain en fonction de ses qualités propres et de ce qu'il est capable d'apporter au dispositif tactique de l'équipe. Souvent, plusieurs milieux défensifs peuvent compenser une faiblesse en défense (par exemple une défense à trois joueurs), et inversement, des milieux jouant très haut peuvent totalement remplacer l'attaque.
L'attaque
Le rôle d'un attaquant est peut-être le plus beau au football, l'attaquant est celui qui marque les buts. Un attaquant idéal doit être vif, rapide, technique et opportuniste. Une certaine proportion d'échecs lui est pardonnée à la condition qu'il concrétise certaines de ses occasions.
Certains attaquants peuvent avoir une situation désaxée sur le terrain, c'est pas exemple le cas des ailiers dans les attaques à trois ou quatre joueurs. Leur rôle est alors de contourner par les côtés la défense adverse, afin d'adresser des centres devant le but aux attaquants axiaux. Ces derniers, ou avants-centres, se doivent de concrétiser les passes et les transformer en buts. L'avant-centre est le joueur qui touche le moins de ballons dans une équipe, celui aussi qui est le plus surveillé par les défenseurs.
Il est fréquent que pendant les phases offensives, les milieux de terrain viennent s'intégrer à la ligne d'attaque. C'est d'autant plus vrai dans le football moderne, qui a eu tendance à réduire le nombre d'attaquants à deux, voire un seul. Il n'est bien entendu pas possible d'être efficace à un attaquant contre quatre défenseurs, et un tel dispositif impose un soutien appuyé du reste de l'équipe.
Le mélange des rôles
Actuellement, chaque joueur présent sur le terrain se doit de participer au collectif quelle que soit la phase de jeu. Ainsi, un attaquant doit tenter de perturber le jeu adverse quand il n'a pas la balle, par un pressing qui est d'autant plus efficace qu'il est collectif. Inversement, un défenseur peut venir apporter le surnombre au cours des phases offensives. Les milieux de terrain peuvent s'intégrer aux lignes d'attaque ou de défense en fonction des circonstances, si bien que le dispositif tactique peut radicalement changer au cours de la partie. La capacité d'adaptation du dispositif tactique, selon les circonstances (but marqué ou encaissé, changement de joueur dans l'équipe adverse, expulsion ou blessure...) est aujourd'hui souvent déterminante. Par conséquent, la polyvalence d'un joueur est un atout appréciable qu'un bon entraîneur pourra utiliser quand il le jugera nécessaire. Ainsi, de nombreux joueurs professionnels sont capables de jouer à plusieurs postes, et ils sont particulièrement recherchés par les grands clubs, comme Thomas Gravesen au Real Madrid.
Evolution tactique
- « Au début, le football se jouait à 10 devant, aujourd'hui, il se joue 10 derrière ». On pense généralement que cette phrase fut écrite il y a peu, mais elle date en fait des années 1950! Ainsi, il conviendra ici de tordre le cou à certains clichés.
- La première révolution tactique fut de passer du « dribbling » au « passing » entre 1860 et 1880. Avant cette date, le jeu consistait surtout à dribbler en solitaire les adversaires qui se présentaient, tandis qu'ensuite on découvre qu'une passe bien pensée peut mettre en difficulté toute une défense. Devant cette révolution, le législateur répliqua par la règle du hors-jeu qui empêchait les avants-centres de camper devant le but adverse. Avant les années 1920, il fallait non pas deux (un défenseur+le gardien, par exemple) mais trois joueurs entre la ligne de but et le joueur qui recevait une passe. L'avant-centre devait alors avoir encore de solides qualités de dribbles afin de conclure une action. Cette période fut l'âge d'or des « numéro 9 ».
- Après la réforme du hors-jeu des années 1920 (2 et plus 3 joueurs pour le hors jeu), les données du problème changent, et Herbert Chapman met au point une tactique révolutionnaire, dite en « WM » qui lui permet de collectionner les trophées à Portsmouth puis à Arsenal. L'AS Cannes fut l'un des premiers clubs français à adopter cette tactique dès 1931. Le WM régna en maître absolu jusqu'en 1953 et la fameuse défaite des Anglais à domicile face aux Hongrois. Ces derniers appliquaient en effet une tactique en 4-2-4 qui transperça le vieux WM anglais. Les Brésiliens adaptèrent cette formule du 4-2-4 en 4-3-3 dès les années 1960, et ce positionnement reste majoritaire jusqu'aux années 1970.
- En parallèle de cette histoire des tactiques offensive, il existe également une école défensive. Le « Verrou suisse » mis en place dès les années 1930 est le modèle de tous les bétons (français) et autres Catenaccio (italiens) qui prennent le relais après la Seconde guerre mondiale. En France, les formations qui appliquent quasi religieusement ces stratégies sont Lyon, Strasbourg et surtout Bordeaux, « la forteresse imprenable ».
- La montée en puissance de milieux de terrain créatif à la manière de Cruyff, Platini et autres Maradona exigea une nouvelle adaptation défensive, mais dans ce domaine, tout, ou presque, avait déjà été essayé. De fait, les tacticiens ne trouvèrent jamais vraiment de parade pour maîtriser de tels joueurs, ce qui apparaît assez rassurant.
- Depuis les années 1980, pourtant, la tendance est nettement à la défensive, et le vieux débat qui opposa longtemps les tenants du jeu ouvert (Nantes ou Reims, par exemple) à ceux du réalisme défensive (Bordeaux ou Lyon, notamment) est mort. Le jeu à la nantaise n'est plus qu'une chimère, tandis que Bordeaux et autres OL ne pratiquent plus le jeu fermé de leurs aïeux. On note en fait un certain nivellement tactique, principalement en raison du développement d'une nouvelle arme terriblement efficace en tactique : les images vidéo.
- Longtemps patrie de la tactique, l'Italie abandonne depuis peu ces anciennes marottes, et l'on note depuis quelques saisons déjà un net relâchement dans ce domaine. En Angleterre, la culture tactique n'a jamais vraiment été de mise, et il faudra attendre les années 1960 pour voir les Anglais abandonner définitivement le vieux WM. Aujourd'hui, de nombreux clubs professionnels anglais n'ont toujours pas de séances tactiques au programme de leur préparation d'avant-match...
4-4-2
Le 4-4-2 (quatre défenseurs, quatre milieux de terrain, 2 attaquants) est l'un des schémas classiques du football actuel. La défense à quatre évolue généralement en ligne. Le milieu de terrain est d'habitude composé de deux milieux centraux. Ceux-ci soutiennent les attaquant lors de possession de balle, et ont une fonction de premiers défenseurs en cas de perte de balle. Les deux milieux latéraux jouent un rôle d'ailiers. Les hongrois dans les années 1950 ou les Pays-Bas dans les années 1970, par exemple, ont poussé cette tactique à deux ailiers très offensifs au point d'avoir un système de 4-2-4 (deux milieux de terrain et quatre attaquants) en phase d'attaque, pour revenir à un 4-4-2 après la perte du ballon.
Cette tactique permet aussi l'application du catenaccio, ou double rideau défensif. Le milieu de terrain opérant en ligne dans sa propre moitié de terrain comme une première ligne de défense. Les quatre défenseurs, en ligne aussi, opérant quasiment dans leurs surface de réparation.
Une autre formation possible du milieu de terrain est appelée en anglais « diamond » (diamant), ou 4-1-2-1-2. Elle implique un milieu de terrain placé devant la défense, deux milieux qui relaient la balle, et un milieu offensif, placé juste derrière les deux attaquants.
4-3-3
Le 4-3-3 (quatre défenseurs, trois milieux de terrain et trois attaquants) est une version plus offensive du 4-4-2. Si la défense évolue souvent en ligne comme pour le 4-4-2, le milieu de terrain change de fonction. Il est souvent à vocation plus défensive, et doit faire parvenir la balle rapidement à l'attaque. Celle-ci est généralement composée d'un attaquant de pointe et de deux latéraux.
4-2-4
Cette formation (quatre défenseurs, deux milieux de terrain et quatre attaquants) est assez peu répandue comme formation de base de par la faiblesse de son milieu de terrain. Elle est plus souvent une version du 4-4-2 en phase d'attaque, ou formation utilisée en fin de partie (par remplacement de milieux de terrains par des attaquants) par une équipe qui doit absolument marquer. Une équipe menée au score dans un match de coupe, par exemple.
5-3-2
Cette formation à vocation défensive se base normalement sur une défense à trois, dont l'un des joueurs peut prendre le rôle de libéro. Les défenseurs latéraux supplémentaires viennent soutenir le milieu de terrain.
3-5-2
Cette formation est légèrement plus offensive que le 5-3-2. Au lieu de renforcer la défense par deux joueurs qui viennent soutenir le milieu de terrain, on essaye de créer le surnombre au milieu de terrain avec deux joueurs à vocation plus offensive.
5-4-1 et 4-5-1
Ces deux formations absolument défensives sont généralement développées durant le cours du match par des équipes ayant déjà marqué suffisamment de buts, ou alors voulant à tout prix éviter la défaite et opérant en contre-attaque. Dans le cas du 5-4-1, on retrouve souvent une défense à quatre avec un libéro.
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