Désertification

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Sommaire

LA DESERTIFICATION DANS LA REGION DU SAHEL

1. Introduction


Présentation

Le Sahel, mot arabe signifiant « bordure » ou « rive », est une région d'Afrique constituant la zone de transition entre la partie aride du Sahara au nord et les régions tropicales plus humides au sud. La ceinture du Sahel s'étend de l'Atlantique à l'océan Indien, en passant par la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Tchad et le Soudan. Elle s’étend sur une longueur de 7 000 Km et sur une largeur de 500 Km. En période de précipitations normales, la culture de l'arachide et du millet est pratiquée dans les zones les plus fertiles, mais le Sahel est avant tout une région d'élevage (bovins et caprins).

Jusqu'au XVe siècle, le Sahel joua un grand rôle culturel et commercial du fait de sa position géographique privilégiée entre l'Afrique noire et les pays méditerranéens. Puis la région amorça son déclin lorsque les Européens privilégièrent le commerce maritime avec les pays côtiers du golfe de Guinée, déclin accéléré par la détérioration progressive du sol et par de redoutables périodes de sécheresses. En effet, dans les 15 dernières années, la zone des pays du Sahel a assisté, impuissante, à un processus progressif de désertification (transformation d’une région semi-aride, voire subhumide, en une région aride et désertique) provoqué par le caractère imprévisible du climat, qui a rompu un équilibre écologique séculaire représenté par de faibles et précaires ressources naturelles, par une agriculture essentiellement de subsistance et par le nomadisme pastoral. La fragilité de l’écosystème n’a pas résisté à une succession d’années de sécheresse extraordinaire et sa récupération apparaît aujourd’hui très problématique.

2. Les causes de la désertification du Sahel


Diminution de la pluviométrie

Depuis le début des années 60, il y a une diminution lente, insidieuse, et irrégulière des pluies estivales. Ces déficits pluviométriques, les variabilités spatiales et temporelles des pluies, la contraction de la saison des pluies ont, en ajoutant leurs effets à ceux de la sécheresse chronique, créent les conditions d’une véritable crise climatique. Ces conditions climatiques provoquent les dégradations et l’appauvrissement de la végétation. Les sols n’étant plus protégés que par un tapis végétal réduit et très discontinu ont été soumis à l’action exacerbée de l’eau et du vent. Les sables qui les constituent sont mobilisés et modelés en dunes. Il faut savoir que n’importe quelle région du monde peut se transformer en désert si elle perd son écran nuageux. Cette perte entraîne une raréfaction des pluies pendant plusieurs années.

Feux de brousses

Compte tenu du climat sec du sahel, les feux de brousse accidentels représentent une réelle menace pour la barrière verte. Ceux-ci peuvent brûler les végétaux, laissant derrière eux un sol aride hostile à la recolonisation végétale et donc destiné à s’éroder par l’action du vent et de l’eau. De plus, ces trous dans la barrière verte permettent une avancée plus rapide du désert vers les zones non désertiques.

Déforestation

L’activité industrielle liée au bois implique une déforestation progressive des régions boisées du sahel, donc de la barrière verte. Le déboisement est aussi issu de l’utilisation du bois pour le chauffage des habitants locaux (les nuits au Sahel sont fraîches et il n’est pas rare d’y atteindre les 0 degrés Celsius durant la saison chaude). La dernière raison de la déforestation et sans doute la plus importante est celle de du défrichement intensif dans le but d’obtenir de nouvelles terres cultivables. En effet, la production céréalière actuelle ne permet pas une alimentation suffisante pour tous les habitants du sahel.

Surpâturage, culture intensive

Au Sahel, le tranchage et le brûlage de la forêt naturelle et de la brousse en vue de défricher la terre pour la culture annuelle, est la principale cause de la désertification. Les fermiers poursuivant la dégradation de leur environnement même après la décimation des plantes vivaces. Quelques mois après la récolte, ils coupent et brûlent les tiges de mil, abandonnant ainsi leurs champs aux vents violents jusqu’à la prochaine saison de semis. Ces vents emportent le sol superficiel, déracinent semences et plantules, et suffoquent plantes et plantules là où s’accumule ensuite la terre. En poursuivant cette pratique, il se forme des trous dans la barrière verte. Le désert avance ainsi très rapidement dans la zone agricole par ces trous, ce qui conduit à son empiétement, c’est-à-dire à l’invasion du désert sur les terres agricoles. En bref, l’expansion de cultures annuelles résulte en un déclin rapide de la stable végétation vivace, ainsi qu’en la désertification de grandes surfaces. De plus, cette dégradation des terres conduit à l’appauvrissement des sols ce qui nuit aux récoltes et oblige les agriculteurs à descendre plus bas au sud pour trouver des terres cultivables plus fertiles. Les anciens champs sont laissés aux éleveurs de bétail dont les bêtes achèvent la destruction de la végétation restante.

Réchauffement climatique

Le réchauffement climatique est une cause importante de la désertification du sahel due à l’activité humaine. Ce réchauffement est issu de l’accumulation des gaz à effet de serre dans la stratosphère, gaz provenant des rejets industriels, de sites d’enfouissement, de pollution automobile, des incendies de forets, la déforestation… Le réchauffement de l'atmosphère entraîne le dessèchement du couvrert végétal existant, qui disparait, mettant ainsi à nue le sol et cédant la place à la désertification.

La pression démographique

La croissance démographique exerce des pressions sur les ressources naturelles des terres sèches d'au moins deux façons. D'abord, l'augmentation de la population se traduit nécessairement par une hausse de la demande d'aliments, qui nécessite un accroissement de la productivité (rendement à l'hectare) ou de la production (superficie cultivée). Dans la plupart des cas, les sociétés choisissent d'accroître les superficies cultivées, en recourant souvent à des terres marginales ou fragiles fortement susceptibles de dégradation. Ensuite, l'augmentation de la taille des familles entraîne une fragmentation accrue des terres, chaque héritier possédant une parcelle de plus en plus petite, qui est alors surexploitée avec toutes les conséquences que l'on connaît.

Mauvaise pratique de l’irrigation

L’irrigation peut entraîner une concentration excessive de sel dans les terres cultivées. La forte évaporation qui s’exerce dans les régions arides aboutit à la précipitation des sels contenus dans l’eau utilisée pour l’irrigation, en particulier le chlorure de sodium. Des concentrations excessives de sel dans les sols affectent les rendements des cultures et peuvent finalement détruire la végétation.

3. Les conséquences de la désertification du Sahel


I) Au point de vue écologique

La perte de végétation

La perte de couverture végétale est à la fois une conséquence et une cause dé dégradation des terres. Un sol qui n'est plus fixé laisse s'envoler le sable qui endommage alors les plantes, les enterre ou met leurs racines à nu. Lorsque les pâturages accueillent trop de bétail, ou des espèces inadaptées, les espèces végétales comestibles risquent de disparaître et de laisser le champ libre à des espèces non comestibles.

Manque d’eau et ensablement des fleuves et rivières

Les ressources en eau sont limitées au Sahel. Les hommes se sont naturellement installés autour des fleuves, des lacs, des marigots. Aujourd’hui, même le fleuve Niger est menacé d’ensablement. Avec la désertification, il n'y a plus de barrières pour stopper le sable qui se dépose dans son lit. Il y a 40 ans, le fleuve Niger était navigable de juillet à janvier, aujourd'hui seule une courte période, de fin octobre à fin janvier, subsiste. Moins d'eau, c'est moins de ressources pour cultiver les champs et faire boire les cheptels.

Baisse de la production vivrière

Si la désertification est considérée comme un problème écologique majeur, c'est en bonne partie à cause du lien entre la dégradation des terres arides et la production vivrière. Pour assurer une alimentation satisfaisante sur le plan nutritionnel à la population croissante de la planète, il faudrait multiplier par trois la production alimentaire au cours des 50 prochaines années. Même dans des circonstances favorables, pareil résultat sera difficile à obtenir. Si la désertification n'est pas stoppée et inversée, les rendements baisseront dans de nombreuses régions affectées, avec pour conséquences la malnutrition, la faim, voire la famine. Au cours des dix dernières années, on estime que 400 000 km² de terres cultivables (les deux tiers de la France) ont disparus, recouverts par le désert.

Erosion

La désertification est une étape dans une série de processus frappant les régions sèches partout dans le monde. Parmi ceux-ci, les plus importants sont l’érosion hydrique et l’érosion éolienne, la sédimentation qu’elles provoquent, la réduction à long terme du taux de recouvrement ou de la diversité de la végétation naturelle, la salinisation des sols. L'érosion des sols et la mobilisation des sables entraînent les problèmes d'ensablement des zones voisines, des infrastructures, parfois des villes.

Réduction de la résistance des sols à la variabilité du climat

Le sol, la végétation, les ressources en eau douce ainsi que les autres ressources des terres arides acquièrent, au fil des siècles, une certaine résistance. Elles peuvent parvenir, avec le temps, à récupérer d'un accident climatique tel qu'un épisode de sécheresse, voire de problèmes causés par l'homme, tel que le surpâturage. Cependant, quand les sols sont dégradés, cette résistance est gravement affaiblie, ce qui entraîne des conséquences physiques et socio-économiques. Baisse de la Productivité des sols Un sol superficiel exposé et érodé risque d'être dispersé par le vent ou lessivé par des pluies torrentielles. La structure physique du sol et sa composition biochimique peuvent être affectées. Des ravins et des fissures peuvent se former, des nutriments vitaux être emportés par le vent ou l'eau. Si le niveau de la nappe phréatique s'élève en raison d'un drainage insuffisant et de mauvaises pratiques d'irrigation, le sol risque de s'engorger, provoquant une accumulation de sels. Un sol piétiné et écrasé par le bétail peut ne plus permettre la croissance végétale et perdre sa capacité de retenir l'humidité, entraînant un accroissement de l'évaporation et du ruissellement.

Changements climatiques : sècheresses et inondations

Alors qu’on constate une baisse de 60% de la pluviométrie moyenne annuelle depuis trente ans, des inondations dues à l’érosion et à la faible capacité d’absorption des sols sont de plus en plus fréquents dans la région du sahel. Les pluies sont rares et irrégulières, allant de 250mm à l’extrême nord jusqu’à 1400mm au sud-ouest. Ces précipitations ne sont pas étalées tout au long de l’année mais sont concentrées en une courte période de deux ou trois mois. On a donc un manque d’eau durant la majeure partie de l’année, suivie d’une courte période de précipitations excédentaires. Ces changement climatiques sont en partie du à la perte de la couverture de végétation qui aurait autrement assisté à l'élimination du dioxyde de carbone dans l'atmosphère pour la photosynthèse des plantes. La désertification peut également provoquer des variations régionales dans le climat qui peut amplifier les changements climatiques dus aux émissions des gaz à effet de serre. On a effectivement constaté d’importantes pluies hors saison, dépassant souvent les 100 mm en trois jours qui sont tombées du 9 au 11 janvier 2002 en Gambie, en Mauritanie et au Sénégal. Au Cap Vert ces pluies sont intervenues en novembre 2001. Elles ont causé des dégâts importants sur les productions agricoles, le cheptel et les infrastructures agricoles, routières et les habitations. Ces pluies ont plongé les populations dans une situation alimentaire déjà fragile. Par ailleurs, suite à ces pluies, il a été observé une baisse rapide des températures qui ont atteint par endroits les 10 degrés pendant trois jours contre 30 à 35 °C et même plus habituellement. Au Sénégal, des pertes importantes de récoltes notamment sur le riz stocké au niveau des champs ou dans les dépôts de commercialisation ont été notées suite à des pourritures et des re-germinations. Dans les départements de Podor et de Dagana, les pertes se sont étendues aux cultures maraîchères et à la production rizicole. Une estimation, datant du 23 janvier 2002, effectuée dans la région de Saint-Louis par les services du Ministère de l’Agriculture et de l’Élevage, évalue les pertes totales à environ 1272 hectares de cultures maraîchères inondées, 16 500 tonnes de paddy et 391 tonnes de semences détruites.


II) Au point de vue humain


Famine

La famine survient généralement dans des zones déjà frappées par la pauvreté, par des troubles civils ou par la guerre. La sécheresse et la dégradation des terres contribuent souvent au déclenchement d'une crise qui est ensuite exacerbée par la mauvaise distribution des vivres et par l'incapacité de la population d'acheter les ressources disponibles.

Pauvreté et migration de masse

La dégradation des sols est synonyme de famine et de pauvreté. Pour trouver d’autres moyens de subsistance, les populations qui vivent dans les régions menacées par la désertification sont obligées de se déplacer. Généralement, elles migrent vers les agglomérations ou partent à l’étranger. Les mouvements de populations sont l’une des principales conséquences de la désertification. Entre 1997 et 2020, quelque 60 millions de personnes quitteront les zones désertifiées de l’Afrique sub-saharienne pour gagner le Maghreb et l’Europe. Tous les jours plus de 50.000 personnes dans le monde sont obligés de quitter leur habitat rural en espérant trouver de l'eau dans les villes. En outre, à cause de la détérioration rapide des infrastructures socio-économiques provoquée par la rareté des biens de consommation, ainsi que la corruption et les conflits sociaux à l’intérieur de la communauté des migrants, le lieu de migration devient très vite un foyer de tension.

Conflits

La désertification porte une grande responsabilité dans la majorité des conflits qui se déroulent dans les régions arides. Elle favorise l’instabilité politique et sociale, la famine et le déséquilibre psychologique. En raison de la dégradation des sols, la nécessité de cultiver plus de terres pour produire autant qu’avant se fait sentir de plus en plus. Les terres cultivables étant rares et précieuse, elles amènent la convoitise des autres « clans » et créent des tensions à l’origine de guerres civiles ou de guerre d’états. À défaut de pouvoir prendre les terres des clans rivaux par la force, certains clans mettent le feu aux cultures rivales ou détruisent leurs points d’eau, accélérant le processus de désertification.

La désertification entraîne d'énormes coûts sociaux

On est aujourd'hui davantage conscient de la relation entre la désertification, les mouvements de population et les conflits. En Afrique, de nombreuses personnes ont été déplacées à l'intérieur de leur pays ou contraintes à émigrer par la guerre, la sécheresse et la dégradation des terres arides. Les ressources écologiques à l'intérieur et autour des villes et des camps où ces personnes s'établissent sont mises à rude épreuve. Les conditions de vie difficiles ainsi qu'une perte d'identité culturelle des personnes touchées minent davantage encore la stabilité sociale. La baisse des rendements agricoles entraînant une diminution des ressources alimentaires, les populations sont de plus en plus dépendantes du soutien financier des immigrés.

Baisse de l’économie

On dispose de peu de données détaillées sur les pertes économiques dues à la désertification, mais une étude inédite de la Banque mondiale indique que l'épuisement des ressources naturelles dans les pays du Sahel équivalait à 20% de leur produit intérieur brut (PIB). À l'échelon mondial, on estime que les pertes de revenu subies dans les zones directement touchées par la désertification pourraient atteindre près de 42 milliards de dollars par an, l’Afrique perd annuellement 9 milliards de dollars. Les coûts économiques et sociaux indirects encourus en dehors des zones touchées, y compris l'afflux de « réfugiés écologiques » et les pertes de production alimentaire nationale, sont sans doute beaucoup plus élevés.

Conséquences de la désertification retombant sur les populations vivant en dehors de la zone immédiatement touchée

Les terres dégradées peuvent être cause d'inondations en aval, de baisse de la qualité de l'eau, d'envasement des cours d'eau et des lacs, et d'ensablement des réservoirs et des voies de navigation. Elles peuvent aussi provoquer des tempêtes de sable et une pollution atmosphérique, causes de dommages aux machines, de diminution de la visibilité, de dépôts de sédiments indésirables, et de tension mentale. La poussière véhiculée par le vent peut aussi entraîner des problèmes de santé, en particulier des infections oculaires, des maladies respiratoires et les allergies. On a relevé des augmentations spectaculaires de la fréquence des tempêtes de sable dans le Sahel pendant les années 70 et 80.

4. Les moyens de lutte contre la désertification

En cours de recherches

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