Élie Decazes
Né en 1788 à Saint-Martin-de-Laye en Gironde, il étudia le droit pour devenir juge au tribunal de la Seine en 1806. Il est nommé ensuite conseiller de Louis Bonaparte en 1807, et devient avocat-conseil à la cour de l'appel de Paris en 1811.
Immédiatement après la chute de l'empire il se déclare royaliste, et reste fidèle aux Bourbons pendant les Cent-Jours. Par l'entremise du baron Louis, il peut rencontrer le roi Louis XVIII pendant cette période, qui le récompense pour sa fidélité en le nommant préfet de police de Paris le 7 juillet 1815.
Bien que Louis XVIII eût coutume de ne s'entrenir de politique qu'avec ses ministres, il obtient l'autorisation de faire ses rapports directement au roi, sans passer par Fouché (un régicide!).
Le roi se prend d'une forte amitié pour lui jusqu'à l'appeler « mon fils ». Le 24 septembre, il est nommé ministre de la Police dans le ministère du duc de Richelieu, en remplacement de Fouché.
Entre temps, il avait été élu député de la Seine en août 1815, défenant un royalisme modéré par ses fonctions de député et de ministre, sa formule étant « royaliser la France et nationaliser la monarchie ». Les royaliste modérés étant en minorité dans la « Chambre introuvable » de 1815 face aux ultras, Decazes persuada Louis XVIII de dissoudre l'assemblée des députés, et les élections d'octobre 1816 donnèrent lui une majorité plus proche des désirs du ministère. Decazes joua un rôle essentiel dans le gouvernement durant les quatre années suivantes .
Comme ministre de la Police, il réprima les insurrections provoquées par les royalistes ultras (la terreur blanche) ; et après la démission du duc de Richelieu, il prit la direction effective du gouvernement du général-marquis Dessolles. Le ministère Dessolles, comprenant Decazes à l'Intérieur, le baron Louis aux Finances, et le maréchal Gouvion-Saint-Cyr à la Guerre, était entièrement libéral ; et son premier acte fut de supprimer le ministère de la Police, car Decazes avait senti son incompatiblité avec le régime de la Liberté. Ses réformes rencontrèrent une vive hostilité à la chambre des pairs, où les ultra étaient majoritaires, qu'il contourna en faisant créer par le roi à créer soixante nouveaux pairs libéraux.
Il fit alors passer les lois sur la presse, supprimant la censure. Par la réorganisation des finances, la protection de l'industrie et la mise en œuvre de grands travaux publics, la France retrouva sa prospérité économique, et le ministère devint populaire.
Mais les grandes puissances de l'alliance observaient la montée du libéralisme en France avec une inquiétude croissante. Metternich déplora particulièrement la « faiblesse » du ministère, et quand en 1819 les élections confirmèrent cette tendance, notamment avec l'élection du célèbre abbé Grégoire, les gouvernements européens réfléchirent à mettre en œuvre les clauses secrètes du Traité d'Aix-La-Chapelle (1818). C'est cette menace d'interposition étrangère, plutôt que la clameur des « Ultras », qui obligèrent Louis XVIII à une modification de la loi électorale afin de rendre impossible à l'avenir un « scandale » tel que l'élection de l'abbé Grégoire.
Dessolles et le baron Louis, refusèrent de s'embarquer dans cette politique et démissionnèrent ; Decazes prit la tête du nouveau ministère, en tant que président du conseil (novembre 1819). L'exclusion de Grégoire de la chambre et des changements de la Charte rendirent les libéraux hostiles sans pour autant réconcilier les « Ultras ». Les nouvelles de la révolution espagnole de janvier 1820, provoquée par la politique idiote et criminelle du favori royal, agrava encore la situation. Decazes fut dénoncé comme un nouveau Sejanus, le Catilina moderne ; et quand le 13 février, le duc de Berry fut assassiné, on l'accusa d'être, directement ou indirectement, complice du crime par sa complaisance du roi envers les libéraux.
Decazes, prévoyant l'orage, remit immédiatement sa démission au roi, qui la refusa dans un premier temps, en lui disant : « ils attaqueront non votre système, mon cher fils, mais le mien ».
Finalement contraint à la démission, Decazes est élevé au rang de duc, et se retire honorablement comme ambassadeur en Grande-Bretagne. Chateaubriand, écrira : « Le pied lui a glissé dans le sang ».
Ceci mit fin à sa carrière dans l'exécutif. En décembre 1821 il prend place à la Chambre des pairs, où il continua à proner une politique libérale. Il adhéra après 1830 à la monarchie de juillet, mais se retira complètement de la vie politique à partir de 1848.
En 1826 il fonde avec sa fortune personnelle une société pour développer le charbon et le fer dans l'Aveyron. La ville qui abritait les ouvriers pris le nom de Decazeville en 1829.
Le roi de Danemark l'avait fait duc de Glücksbierg en 1818.
Références
Cet article comprend des extraits de l'Encyclopædia Britannica 1911 (qui fait partie du domaine public), traduits à partir de la version anglaise de Wikipédia.
