Cuirassé
Le cuirassé est le type le plus puissant des navires de guerre moderne, caractérisé par un blindage et une puissance de feu supérieurs à tout autre navire, et qui incarna la puissance navale pendant une courte période, des années 1860 (premier navire en fer) aux années 1930.
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Les Origines
Lors de la guerre entre le Royaume uni et les USA, entre 1812 et 1815, la marine américaine, largement surpassée en nombre, se laisse séduire par les idées novatrices d'un certain Robert Fulton, et construit le Demologos : un navire protégé par un matelassage de bois, qui bien que très faiblement blindé peut être considéré comme l'ancêtre du « cuirassé ». Cependant, sa machine à vapeur, pas encore mature et l'absence de gréement , limite son rôle à la défense côtière.
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L'idée des cuirassés reste alors en sommeil durant toute la première moitié du XIXe siècle, jusqu'aux alentours de 1854. En effet, à cette époque, les français et les britanniques, en pleine guerre de Crimée, se retrouvent bloqués devant les forts russes, tandis que la Turquie se voit infliger une cinglante défaite à la bataille de Sinope, où les nouveaux obus explosifs russes (grenades Paixhans) font des ravages. De l'autre côté de l'Atlantique, la guerre de Sécession fait rage, et le premier combat entre deux navires blindés, le Merrymack et le Monitor, se conclut en match nul entre les protagonistes, ce qui démontre le potentiel des blindages disponibles par rapport aux armes de l'époque.
Le principe de la protection par une cuirasse en acier, proposé par Paixhans dès 1834 est enfin admis, mais les batiments concernés ne sont que des unités côtières et fluviales. Il faut attendre l'ingénieur français Stanilas Dupuy de Lôme pour pouvoir enfin l'apppliquer aux navires de haute-mer. Ce dernier met en chantier à Toulon, le 4 mars 1858, la cuirassé La Gloire, le premier cuirassé était né.
Les cuirassés mixtes (1859 - 1875)
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Après le lancement de la Gloire, la marine anglaise, bien qu'estimant l'initiative française comme une coûteuse folie, fut dans l'obligation en tant que première puisance navale, de suivre le mouvement, et de lancer le Black Prince, en 1860. Une nouvelle course aux armements navals était lancée.
Dans un premier temps, du fait des limitations de la propulsion à vapeur, en particulier en terme de rayon d'action, les gréements et voilures furent conservés. Par contre, l'évolution de l'armement fut quant à elle assez rapide. Les progrès de la métallurgie et l'apparition des cuirasses aidant, le nombre de canons diminua au profit de canons moins nombreux mais de plus fort calibre. En effet, en moins de dix ans, on passa des 36 pièces d'artillerie de 160 mm de la Gloire, à une dizaine seulement, mais d'un calibre de 305 mm.
L'adoption de la cuirasse ayant rendu quasiment impossible une artillerie sur plusieurs ponts comme sur les vaiseaux de ligne (la masse dans les hauteurs nuisant trop à la stabilité des navires), l'armement fut d'abord réparti sur un seul pont, puis, plusieurs dispositions furent essayées pour maximiser le rendement des pièces, qui moins nombreuses, étaient aussi plus lentes à tirer.
Ainsi apparurent:
- les cuirassés à réduit central, où la batterie fut regroupée au centre du navire. Cette configuration avait aussi l'avantage de réduire la zone à protéger par la cuirasse, la longueur de la coque n'étant couverte qu'au niveau de la ligne de flottaison sur une faible hauteur et ne s'élevait qu'au niveau des emplacements d'atillerie, sur une zone qu'on appelait « réduit cuirassé ». Plusieurs variantes de ce type coexistèrent, avec deux ou trois réduits, voire des réduits sur deux ponts. le besoin de pouvoir faire tirer les pièces en chasse et en retraite (vers l'avant et l'arrière du navire) incita bientôt, à rentrer les parties non protégée de la coque vers l'intérieur du navire, dégageant ainsi le champ de tir pour les pièces situézs aux extrémités de la batterie.
- les cuirassés à barbettes ou à tourelles. La solution d'un affût orientable avait été expérimentée par les Nordistes, elle commença à faire son aparition sur des navires plus importants, elle permettait de réduire le nombre de pièces, car celles-ci pouvaient tirer des deux cotés du navire. Le précurseur fut l' anglais Capitain de 1869, conçu par le commandant Cole. Ce navire connu une fin tragique, du fait de la volonté de son concepteur de le dôter du plus petit franc-bord (hauteur de la flotaison au pont), imitant en cela le Monitor. Alors qu'il navigait à la voile, il chavira et coula moins d'un an après sa mise en service. L'utilisation de voiles et de tourelles, semblait très problématique, l'heure était venue pour une nouvelle évolution.
Les cuirassés à vapeur seule (1871 - 1906)
Après l'expérience malheureuse du Capitain, les anglais prirent le tournant de la vapeur seule, et en 1871 furent lancés les deux bâtiments de la classe « Devastation ». Ils concrétisaient une configuration qui deviendra classique pour plus de trente ans dans la construction des cuirassés: quatre canons principaux de fort calibre, répartis en deux tourelles doubles, une à l'avant et l'autre à l'arrière, dans l'axe du navire. Cette disposition, combinée à l'absence de gréement, permettait un grand champ de tir pour chaque pièce, permettant une bordée de tous les canons.
D'autres configurations eurent une certaine vogue cependant, privilégiant le tir en chasse et en retraite, ce furent:
- les cuirassés à tourelles doubles en diagonales qui permettaient le tir à quatre pièces à l'avant et à l'arrière.
- les cuirassés à tourelles simples en losange qui permettaient le tir à trois pièces tout azimuth (principalement par les francçais).
- les cuirassés à tourelles doubles en triangle où quatre canons tiraient en chasse.
il furent néamoins moins nombreux et furent progressivement abandonnés.
Cette époque vit aussi une grande amélioration de l'artillerie:
- chargement par la culasse, ce qui augmenta grandement la cadence de feu.
- augmentation de la longueur des tubes, permettant des vitesses initiales supérieures, donc une portée, une précision et une perforation supérieures.
- apparition de pièces secondaires et de pièces à tir rapide pour lutter contre une nouvelle menace : les torpilleurs.
Mais aussi des appareils propulsif avec des machines à double puis triple expansions, donnant un meilleur rendement et donc de meilleures vitesses et autonomies, de la protection avec la généralisation de l'acier qui suplantait le fer forgé et le bois. À la pointe de ces progrès, l'Angleterre préparait une nouvelle révolution, pour confirmer sa suprématie navale.
La révolution du Dreadnought
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Au tournant du siècle, le cuirassé ultime prend sa forme avec le bâtiment anglais Dreadnought, qui devient même un nom générique. Les britanniques, tirant la leçon de l'évolution de l'artillerie navale et des batailles récentes, comme celle de Bataille de Tsoushima entre les russes et les japonais, conclu qu'il faut concentrer l'artillerie sur le plus fort calibre possible, abandonant l'armement secondaire que l'augmentation de la cadence de tir rendait superflu, pour pouvoir engager l'adversaire à la plus grande distance possible. Ils venaient de créer le cuirassé monocalibre. Le prototype fut lancé le 10 février 1906, il embarquait dix canon de 305mm assité seulement d'un vingtaine de canons légers à tir rapide de 76,2 mm, il introduisait aussi une révolution de la propulsion avec l'adoption de la turbine à vapeur en lieu et place de la machine à vapeur, cette dernière permetait une marche plus rapide, mais surtout plus souple du batiment, de plus le mazout, remplaçait le charbon pour les chaudières .
À postériori, plus que la supression des calibres secondaires, il aparait que ce tour de force fut réalisé par l'augmentation très net du déplacement du navire, 17900 tonnes, contre les 14000 de la classe précédente. D'ailleurs, les calibres intermédiaires réaparurent très vite, mème sur les batiments britanniques. La disposition des tourelles était variable en particulier en fonction des nations. Les britanniques, les français et les allemands, fidèles à la tourelle double, finirent par placer les cinq toutes dans l'axe du navire avec deux surélévées , privilégiant une forte bordée de dix pièces. Alors que d'autre pays, comme la Russie ou l'Italie adoptèrent quatre tourelles triples. Le calibre recomença à augmenter en paticulier lors de la Première Guerre mondiale, le 305 mm, cédant la place au 343, puis au 381 mm, le nombre de pièces chutant à huit. Mais ce sont les américains (classe « West Virginia ») et les japonais (classe « Nagato ») qui allèrent le plus loin avec huit canons de 406 mm.
En 1919, le cuirassé était l'élément principal de supériorité naval, la fin de la guerre et le sabordage de la flotte allemande, donna l'illusion que l'on pourrait éviter une nouvelle et coûteuse course à l'armement en limitant leur nombre et leurs caractéristiques, par une série de traités internationaux.
Les traités et l'apparition des Super Dreadnought
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En 1922, les cinq plus grandes marines mondiales (Royaume-Uni, États-Unis, France, Japon et Italie) signent le traité de Washington. Ce traité était censé juguler la course à l'armement naval et limitait donc l'importance des flottes, imposant des restrictions aux navires (les cuirassés, par exemple, ne devaient pas dépasser 35000 tonnes et être armés de canon d'un calibre de 406 mm au maximun), et mettant en place un moratoire interdisant toute nouvelle construction pendant dix ans, soit jusqu'en 1932.
Cependant, une clause spéciale accordée à la Grande Bretagne pour construire les deux bâtiments de la classe « Nelson » et la résurection de la marine allemande avec ses trois cuirassés de poche de la classe Deustchland, allait remettre le feu aux poudres. L'apparition des trois navires allemands, poussa les français à répondre avec les deux Dunkerque dés 1932, qui furent suivis par les italiens, avec trois de la classe Vittorio Venetto. Bientot les anglais, américains et japonais suivirent, la course était relancée.
Les nouveaux batiments, malgré les traités, étaient bien supérieures à leur ancêtres, il se caractérisaient en particulier par une vitesse nettement supérieure, qui leur valut la dénomination de « cuirassés rapides ». Bientot, les limitations des traités sont considérées comme caduques et dépassées, d'abord secretement mais très rapidement en plein jour. Les tonnages et le calibre de l'armement s'envolent, jusqu'à l'apogée que représente les japonais de la série Yamato, leur 65000 tonnes et leurs neuf canons de 460 mm.
Déclin du cuirassé
Cependant, la Seconde Guerre mondiale va démontrer que le cuirassé, n'est plus la panacée. Il perd lors de celle-ci son rôle de premier plan. Il est devenu vulnérable à deux nouvelles menaces que sont devenues l'avation embarquée ou non et le sous marin. Il doit donc opérer au sein d'une équipe d'armes combinées et surtout ces deux nouveaux venus vont se révéler plus efficace que lui:
- le sous-marin pour l'attaque de la navigation de commerce enemie, permettant l'attrition de l'adversaire, dès la Première Guerre mondiale. Les sous-marins allemands ne peuvent certes pas encore attaquer un cuirassé, mais ils peuvent l'ignorer, toute l'organisation navale doit déjà être revue.
- Mais surtout, dès la fin de la grande guerre et au vu de quelques expériences pourtant rudimentaires, quelques théoriciens les plus lucides prévoient la montée en puissance de l'avion et de son support maritime, le porte-avions, qui bénéficie d'une allonge bien supérieure aux canons des cuirassés. Il prédisent la fin du cuirassé. Les faits leur donnent rapidement raison : sur les mers, la Seconde Guerre mondiale débute véritablement par la destruction de plusieurs navires britanniques par les avions et surtout par Pearl Harbor.
Malgré tout, bien escorté, ces grands batiments se révèlent encore très utiles en de maintes occasions:
- Leur usage au sein d'escorte de convois, permet de protéger ceux-ci contre un raid de surface, évitant d'avoir à disperser celui-ci et garder ainsi l'avantage de la cohésion, seul efficace contre le sous marin. Ce sera largement prouvé par l'épisode du Bismarck et celui des convois dans l'arctique vers l'URSS.
- Il représente un moyen très économique et efficace de bombarder des positions à terre pour préparer un débarquement, commme le montreront les USA tout au long de leur reconquète du Pacifique ou en Normandie.
Après guerre, le développement des missiles, qui donne la même puissance de feu à un navire ordinaire, donc infiniment moins onéreux et plus pratique, donne le coup de grâce au cuirassé en tant que moyen anti-navire.
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Le dernier d'entre eux fut retiré du service en 1992, il s'agit de l'USS Iowa. Le début des années soixante-dix, vit néamoins un regain d'interêt pour la formule du navire cuirassé, qui fut arrèté par la fin de la Guerre Froide. Le concept renaquit sous une forme diférente, avec l'apparition des croiseurs soviétiques Kirov et la remise en service consécutive des Iowa modernisés américains. Quelques experts semblent penser que les grands croiseurs lance-missile peuvent sonner le glas des porte-avions. Le blindage peut permettre d'encaisser énormément de dommage, surtout contre des missiles non conçu pour en percer. De plus, ces batiments possèdent une puissance de feu anti-aérienne qui rend leur attaque très périlleuse et d'une allonge équivalente à celle des avions pour l'attaque. Comme leur prédécesseurs, il doivent néamoins agir escortés et groupés, la doctrine des groupes de chasse soviêtiques contre les groupes d'aéronavale de l'OTAN, illustre ce qu'aurait pu être cette stratégie. L'effondrement de l'URSS, et l'absence de réelle confrontation sur mer et le départ en retraite des Iowa après 38 ans de service, laisse cette question sans réponse.
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