Croisade

Les croisades furent des campagnes militaires prêchées au nom de la libération de Jérusalem, conquise aux Arabes Abbassides par les Turcs en 1078. Les Turcs, à la différence des Arabes, avaient interdit aux pèlerins l'accès à Jérusalem et donc aux lieux saints, ce qui déclencha une réaction virulente des papes, qui firent partie de leurs instigateurs. Elles se sont déroulées entre les XIe et XIIIe siècles. Elles trouvèrent leur origine dans la volonté des catholiques de reprendre Jérusalem aux Turcs, mais l'identité d'emblème entre Turcs et Arabes – le croissant – ne permit pas à des seigneurs illettrés de distinguer les uns des autres, d'où un chassé-croisé qui s'installa dans la durée. Plus tard, des croisades furent lancées contre les autres nations païennes de l'Europe, telle que la Lituanie, et contre les hérétiques (les croisades contre les Hussites, 1418-1437). La Reconquista est formellement une croisade.

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Carte des croisades (Larousse 1922)
Sommaire

Le terme de croisade

À la fin du XIe siècle apparaissent les pèlerinages armés, dont le nom latin « iter hierosolymitanum » (voyage de Jérusalem) ne les distingue pas des pèlerinages individuels. C'est également sous ce nom que les contemporains ont pu désigner ce que nous appelons les premières croisades. Ils ont employé aussi les termes « passage général » (armées nationales) et « passage particulier » (expéditions ponctuelles, particulières).

Le Trésor de la langue française fait remonter l'expression « soi cruisier » (se croiser) à la Vie de St Thomas le martyr de Guernes de Pont-Sainte-Maxence datée de 1174, et le terme de « croisade » aux Chroniques de Chastellain datées d'avant 1475, notant qu'il s'agit d'un substitut de termes proches tels que « croisement », « croiserie » ou « croisière » qui sont plus anciens, sans qu'on puisse les signaler avant la fin du XIIe siècle.

Il est donc clair que ce que nous appelons « première croisade » n'était pas appelé ainsi par ses contemporains. Du point de vue musulman, les croisades ne sont d'ailleurs pas perçues comme une nouveauté, mais comme la continuation de la lutte contre l'Empire romain d'Orient, qui durait depuis plusieurs siècles.

Contexte historique

La conquête de la Palestine par les Arabes (Jérusalem fut prise en 638) n'affecta guère le pèlerinage vers les lieux saints chrétiens, tels que Jérusalem, Bethléem, et Nazareth. Toutefois en 1009 le calife fatimide du Caire, al-Hakim, fit détruire le Saint-Sépulcre. Son successeur permit à l'Empire byzantin de le rebâtir, et le pèlerinage fut à nouveau autorisé.

Avec la défaite décisive de l'empire byzantin lors de la bataille de Manzikert en 1071, les Turcs Seldjoukides arrivent dans la banlieue de Constantinople et font prisonnier l’empereur Romain IV, le patriarche byzantin, puis prennent Jérusalem en 1078. On a longtemps dit qu'ils avaient interdit aux pèlerins chrétiens l'accès à la ville sainte. Cependant, Robert Mantran 1 compte plusieurs pèlerinages, dont six entre les années 1085 et 1092, qui se sont déroulés sans que les sources les mentionnant n'indiquent de tracasseries particulières.

Au concile de Plaisance de juin 1095, les ambassadeurs de l'empereur byzantin Alexis Comnène réclament aux Occidentaux une assistance militaire pour lutter contre les Turcs. La lettre datée de 1095 adressée par Alexis Comnène au comte Robert II de Flandre, appelant au secours après une description apocalyptique de la situation des chrétiens sous le joug musulman (…) est un faux 2.

Parallèlement, l'Église romaine est en crise. Au terme d'un millénaire, le clergé a perdu de son prestige : il se prête aux simonies et au nicolaïsme et sape ainsi l'autorité morale de l'Église. Les premiers objectifs du concile de Clermont sont donc de tenter de poursuivre l'œuvre entamée par Grégoire VII afin de restaurer une certaine rigueur : Urbain II est issu de la révolution clunisienne et réaffirme les grands principes édictés par ses prédécesseurs : la « trêve de Dieu » et la « paix de Dieu ».
Les dernières années du XIe siècle sont une succession de mauvaises récoltes et le peuple, encouragé par certains prédicateurs, y voit une punition divine et un appel à la pénitence.
L'appel à la croisade est l'occasion de souder la chrétienté dans une quête sacrée et d'offrir aux seigneurs l'occasion de « purifier leur âme ». En effet, une indulgence plénière (absolution de tous les péchés) est accordée à ceux qui entreprennent le voyage.
Elle permet en outre de restaurer une certaine paix en offrant un exutoire aux pulsions belliqueuses des nobles européens qui peuvent ainsi assouvir leur soif de conquête et de richesse tout en assurant le salut de leur âme.

1. in Le concile de Clermont de 1095 et l'appel à la croisade : actes du colloque universitaire international de Clermont Ferrand (23 - 25 juin 1995), éditions de l'École Française de Rome, 1997, ISBN 2-7283-0388-6 p.341 2. Émilia Robin, les Croisades et l'empire byzantin, http://www.eleves.ens.fr/home/robin/histoire/medievale/croisades/11partie.html , site consulté le jeudi 5 mai 2005.

Réputation et évaluation

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Croisés (Larousse 1922)

En Europe occidentale, les croisades ont été considérées traditionnellement comme des efforts héroïques, mais tous les historiens ne sont pas d'accord sur cette vision des choses. Dans le monde musulman, les croisades sont considérées comme des attaques cruelles et sauvages des chrétiens contre l'Islam. Actuellement, certains discours des intégristes islamiques utilisent le mot croisade dans ce contexte-ci quant aux actions de l'Ouest contre eux. L'orthodoxie voit aussi les croisades comme des attaques par l'Ouest, à cause du sac de Constantinople durant la quatrième croisade en 1204.

Il y a une concordance intéressante entre les termes croisade et jihad. À l'Ouest le terme croisade a des connotations positives (par exemple un politique pourrait utiliser la formule croisade contre les drogues) alors que le terme jihad a des connotations négatives, associé à une guerre sainte fanatique. Dans le monde musulman - en particulier au Maroc, le terme jihad possède des connotations positives qui incluent également un sens de lutte personnelle et spirituelle contre soi-même, alors que le terme croisade a les connotations négatives décrites ci-dessus. Donc, pour traduire correctement les nuances de sens, l'emploi de jihad en langue arabe devrait être traduit en français par croisade + inquisition, alors que le terme arabe pour croisade devrait être traduit par jihad en français, ce qui ne correspond pas à sa réalité.

En réalité toutes les actions des croisés ne furent pas héroïques. Ils commirent des atrocités non seulement contre les musulmans mais aussi contre les juifs et les chrétiens. Par exemple la quatrième croisade n'arriva jamais jusqu'à la Palestine, mais au lieu de cela elle mit à sac Constantinople, la capitale de l'empire byzantin chrétien. Beaucoup de reliques et d'objets volés à Constantinople sont encore au Vatican, à Venise, et ailleurs. Cette croisade-ci aggrava les rancunes entre l'orthodoxisme et le catholicisme. L'Empire byzantin recouvre finalement Constantinople en 1261, mais sa puissance ne fut pas retrouvée, et l'empire fut vaincu par l'Empire ottoman en 1453.

Première croisade 1096-1099

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Prise de Jérusalem

Article de fond : première croisade

En 1096, l'empereur byzantin Alexis Ier Comnène demanda à l'Occident de l'aider à défendre son empire contre les Seldjoukides. Cette demande rejoignait les préoccupations du pape Urbain II (pontificat de 1088 à 1099) et du moine Pierre l'Ermite qui au cours d'un prêche public le 27 novembre 1095, dixième jour du Concile de Clermont, appela aux armes toute la chrétienté, un appel à la défense de la foi menacée par la nouvelle invasion musulmane et la prise de possession de l'Asie mineure par les Turcs : de Nicée dont l'Islam avait pris le contrôle 14 ans plus tôt, on pouvait à tout instant surprendre Constantinople. Le cri de « Dieu le veut ! » (« Dieu li volt ! ») devint le cri de ralliement général, et le pape demanda aux soldats de se marquer du signe de la croix. Cette guerre serait considérée comme pénitence pour les croisés, une indulgence plénière. Les croisés marchèrent vers Jérusalem, plusieurs villes chrétiennes sur leur route furent mises à sac. En 1099, ils s'emparèrent de Jérusalem, et tous les habitants encore dans la ville furent massacrés. À la suite de la première croisade, plusieurs petits États furent créés, notamment le Royaume de Jérusalem, qui subsista pendant un siècle. Antioche et Édesse furent aussi reprises.

Croisade de 1101

Une croisade mineure fut envoyée en 1101 pour défendre le nouveau Royaume de Jérusalem. Les croisés furent décimés en cours de route.

Deuxième croisade 1147-1149

Article de fond : deuxième croisade

Après une période de paix avec les musulmans, Bernard de Clairvaux lança une nouvelle croisade quand la ville d'Édesse fut capturée par les Turcs. Les armées françaises et allemandes marchèrent sur l'Asie Mineure en 1147, mais elles échouèrent à vaincre les Turcs. En 1149, les chefs des deux armées retournèrent chez eux sans succès en Asie.

Troisième croisade 1189-1192

Article de fond : troisième croisade

En 1187, Saladin reprit Jérusalem. Le pape Grégoire VIII lança une autre croisade, qui fut menée par plusieurs des chefs les plus importants d'Europe : Richard Cœur-de-Lion, Philippe Auguste et Frédéric Ier Barberousse, empereur romain germanique. Frédéric se noya dans les eaux du Sélef (Asie Mineure) en 1190, laissant une alliance instable entre les Anglais et les Français. Philippe retourna chez lui en 1191 après que les croisés eurent repris Acre aux musulmans, tandis que Richard partit l'année suivante après avoir signé un traité avec Saladin.

Quatrième croisade 1202-1204

Article de fond : quatrième croisade

La quatrième croisade fut appelée par le pape Innocent III en 1202 et par Foulques de Neuilly, mais elle est détournée par les Vénitiens qui la financent et qui la dirigent contre l'Empire byzantin orthodoxe, afin d'accroître leurs possessions dans le secteur. Profitant des troubles internes de l'empire, les croisés s'allièrent avec Alexis IV, le fils de l'empereur byzantin déposé Isaac II, pour mettre en place un État fantoche, l'Empire latin de Constantinople (1204-1261). La croisade se conclut avec le sac de Constantinople en 1204.

L'esprit originel des croisades était désormais mort, et les croisades successives peuvent être considérées comme la volonté du Pape de dominer le pouvoir séculier en détournant sa puissance militaire vers la Palestine et la Syrie.

Croisade des Albigeois

Article de fond : croisade des Albigeois

La croisade des Albigeois fut lancée en 1209 pour contrer la minorité divergente cathare (considérée comme hérétique) dans le sud de la France. La croisade est lancée par Innocent III, malgré les réticences du roi de France Philippe Auguste. Cette croisade est une défaite pour le pouvoir pontifical qui voulait en profiter pour accroître son pouvoir sur les souverains européens. La grande gagnante est la royauté française qui récupère une grande partie de territoire dans l'occitan.

Croisades des enfants

Il y en a eu plusieurs, en France et en Allemagne.

En 1212 à la suite d'une vision, le jeune Berger Estienne de Cloyes-sur-le-Loir rassemble des pèlerins et les mène vers Saint-Denis pour y rencontrer le roi Philippe Auguste.

À la même époque, d'autres groupes partent d'Allemagne et se rendent vers les ports de Gênes et de Marseille. Les chroniqueurs mentionnent que certains réussirent à embarquer et qu'ils furent vendus comme esclaves ou bien moururent de faim pendant le voyage. Certains réussisent à gagner Rome.

Quant à l’appellation de croisade des « enfants », elle serait en fait une traduction littérale du mot latin « puer » n'ayant pas dans ce contexte le sens du mot « enfant ». La croisade aurait été en fait composée de pauvres et de paysans ayant été exclus de la révolution économique du XIIe siècle et croyant fermement que Dieu les soutiendrait dans leur entreprise.

Cinquième croisade 1217-1221

Article de fond : cinquième croisade

Le pape Innocent III prêcha une autre croisade au quatrième concile de Latran en 1215. Les armées de la Hongrie, de l'Autriche, et de la Bavière prirent Damiette à l'Égypte en 1219, mais le légat du pape Pelagius d'Albanie les persuada d'attaquer le Caire, tandis qu'une inondation du Nil les força à capituler devant les Égyptiens.

Sixième croisade 1228-1229

Article de fond : sixième croisade

En 1228, l'empereur romain germanique Frédéric II, bien qu'opposé au pape – il fut excommunié en 1227 et 1239 – embarqua à Brindisi pour la Syrie. Fin diplomate, il gagna Jérusalem (dont il se fit proclamer roi), Nazareth et Bethléem. Il sera démis par le pape Innocent IV au concile de Lyon.

Septième croisade 1248-1254

Article de fond : septième croisade

Les Templiers attaquèrent l'Égypte en 1243, et en 1244 les Korasmiens reprirent Jérusalem. Louis IX de France fit une croisade sans succès contre Chypre, l'Égypte, et la Syrie en 1248-1254. Il partit d'Aigues-Mortes en France.

Croisade des Pastoureaux 1251

Article de fond : croisade des Pastoureaux

Croisade de « petites gens », paysans ; elle fût provoquée en 1251 par la captivité de saint Louis pendant la septième croisade.

Huitième croisade 1270

Article de fond : huitième croisade

La huitième croisade fut menée aussi par Louis IX, contre Tunis en 1270 ; il s'embarqua également à Aigues-Mortes. Louis IX mourut au cours de cette croisade.

Neuvième croisade 1271-1272

Article de fond : neuvième croisade

Édouard Ier d'Angleterre entreprit une autre croisade en 1271, mais il ne rencontra pas le succès et retourna chez lui l'année suivante. Avec la chute de la Principauté d'Antioche (1268), du Comté de Tripoli (1289) et d'Acre (1291), l'occupation chrétienne en Syrie prit fin.

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes

Croisades : Ire - IIe - IIIe - IVe - Ve - VIe - VIIe - VIIIe - IXe

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Batailles | Places fortes
États latins d'Orient | Empire ayyoubide
Ordres militaires | Mamelouks | Seldjoukide| Assassins
Chefs musulmans | Chef croisés
Croisades contre les Albigeois, Hussites | Baltes

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Voir aussi Reconquista

See also: Croisade, 1009, 1071, 1078