Critiques de l'espéranto
Dès sa création en 1887, l'espéranto a fait l'objet de critiques, que l'on peut classer en différentes catégories :
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Critiques de l’idée même de langue artificielle neutre
Pour certains :
- l’idée qu’une langue artificielle puisse s’imposer relève de l’utopie ;
- les langues artificielles à l’inverse des langues vivantes sont dépourves de littérature, d’histoire ;
- parlées nulle part comme langue maternelle, elles ne peuvent qu’échouer ;
- de toute façon, l’anglais serait en train de s’imposer comme la seule langue vraiment internationale.
Ces critiques visent toutes les langues artificielles, mais seul l’espéranto peut répondre, au moins partiellement, à tous ces arguments : aucune autre langue artificielle ne peut s’enorgueillir d’un tel succès, même relatif, ni d’une telle pérennité. Le nombre d’espérantophones est difficile à préciser, mais estimé à environ deux millions de personnes ; l’espéranto, après une longue période de difficultés après la deuxième guerre mondiale connaît une nouvelle période d’expansion grâce à Internet. Depuis sa création en 1887, l’espéranto a une littérature originale, et une histoire.
Critiques de l’espéranto proprement dit
Critiques générales
- Les racines des mots espérantistes sont dans leur grande majorité latines (exemple maison : domo).
- La grammaire éloigne l’espéranto du latin (exemple père se dit patro en espéranto, mais mère se dit patrino, construit avec le lexème patr + in, suffixe féminisant, conforme au principe de simplicité et de régularité de l’espéranto, mais qui s’éloigne du mot latin mater.
Cette proximité distanciée de l’espéranto et du latin est à l’origine de deux types de critiques antinomiques : l’espéranto serait trop éloigné, ou au contraire trop proche du latin et/ou des langues occidentales.
L’espéranto pas assez latin ou pas assez « occidental »
Cette critique était surtout formulée dans la première partie du vingtième siècle. Langue morte enseignée dans toute l’Europe, le latin paraissait être la base obligée de toute langue artificielle ; de fait, la majeure partie des projets de réforme de l’espéranto, notamment l’ido (1908), ou d'autres projets (en particulier le latino sine flexione de Giuseppe Peano) proposait un rapprochement avec le latin. L’interlingua part lui de la ressemblance entre les langues romanes, pour dégager le maximum de similitudes, et ainsi faciliter l’apprentissage de la langue, quitte à sacrifier la régularité.
L’espéranto trop proche du latin, ou trop « occidental »
Cette critique est plus récente : les langues issues du latin, dominaient un monde qui était colonial lorsque l’espéranto fut crée. Aujourd’hui, la Chine et l’Inde sont les pays les plus peuplés ; l’espéranto ne pourrait donc convenir à une humanité qui, dans sa grande majorité, n’utilise pas une langue latine. L’espéranto serait difficile à apprendre, voire à prononcer, pour les asiatiques.
Les espérantistes ont beau jeu de souligner que ces critiques sont contradictoires, et que les langues utilisées dans le monde sont si diverses, dans leur vocabulaire mais aussi leur grammaire, qu’on ne peut raisonnablement concevoir une synthèse de toutes. En faisant le choix de la régularité, l’espéranto fait le choix de la facilité d’apprentissage. La Chine est d’ailleurs un des pays où l’espéranto est le plus développé. Le choix de l’espéranto est d’être une langue auxiliaire, et donc respecte toutes les langues.
Critiques grammaticales
Certaines de ces critiques sont formulées par des espérantistes qui désirent voire évoluer la langue ; ils font l’objet de débats contradictoires dans les milieux espérantistes, comme l’illustre la lecture des forums dans un site comme gxangalo. Mais une majorité d'espérantistes estime qu'en l'absence d'une perspective d'adoption à court terme, ces débats sont stériles et ne feraient que diviser inutilement le mouvement espérantiste.
Les lettres diacritiques
L’espéranto possède des lettres diacritiques, indiquées par un accent circonflexes sur c,g,h,j,s (donnant respectivement les sons « tch », « dj », le j espagnol, le j français, le son « ch ») et un accent sur le u (prononcé comme w) Pour ses détracteurs, ses lettres gènent la diffusion de l’espéranto, surtout à l’ère de l’ordinateur, car l'adaptation doit se faire sur l'ensemble des systèmes pour qu'ils restent interopérables.
Pour ses partisans, les lettres diacritiques donnent une certaine originalité à la langue, et les difficultés peuvent être facilement évitées par l’utilisation de la lettre x ou h, placées après la lettre. Une police spécifique peut d’ailleurs être facilement utilisée actuellement.
L’accusatif
L’espéranto possède un accusatif, marqué par la terminaison n (n-komplemento) : « mi legas libron : je lis un livre ».
Pour ses détracteurs, l’accusatif serait une difficulté inutile, car l'usage a voulu que la majorité des phrases suive l’ordre sujet-verbe-complément ; il est obsolète, et il a disparu de toutes les langues romanes (sauf le roumain), où c’est l’ordre des mots qui indique l’accusatif : en français, « le chien regarde le chat » n’a pas le même sens que « le chat regarde le chien » .
Pour ses partisans, l’accusatif permet de donner la liberté dans l’ordre des mots et est un élément de précision : la phrase française « il l’a reçu comme un prince », est ambiguë,mais pas les deux traductions espéranto possibles : « li ricevis lin kiel princo ( il l’a reçu comme un prince l’aurait reçu) », ou « li ricevis lin kiel princon (il l’a recu comme il aurait reçu un prince) ». L’accusatif permet aussi de mettre en valeur facilement certains éléments d’une phrase, sans nécessité d’utiliser des tournures lourdes : exemple : « mi amas vin : je vous aime ; vin mi amas : c’est vous que j’aime » ;
Le pluriel
Certaines critiques récentes visent le pluriel, commun à toutes les langues européennes, mais qui est absent de certaines langues. Un projet de réforme récent « esperanto sen flexio » supprime la marque du pluriel (comme d’ailleurs de l’accusatif).
Le pluriel en espéranto est indiqué par le j ( prononcer comme le y français), qui serait lourd ( ?) ; l’ido rend l’adjectif invariable, et le pluriel des noms en o se fait en i
L’accord des adjectifs
En espéranto, l’adjectif s’accorde en nombre, « mi legis belajn librojn », ce qui serait une difficulté inutile, évitée en anglais où l’adjectif est invariable.
La formation des mots dérivés
L’espéranto possède un système de préfixes et de suffixes qui permettent la construction de nombreux dérivés : exemple :
- arbo = arbre, arbaro = lexème arb + aro = suffixe qui indique l’ensembe = forêt ;
- hôpital = malsanulejo = mal (affixe indiquant le contraire) + san (lexème qui indique la notion de santé) + ul- (suffixe indiquant la personne malsanulo = le malade), + ejo (suffixe indiquant le lieu), mais l’espéranto moderne admet maintenant le terme hospitalo ;
Les détracteurs de ce système se demandent pourquoi certaines notions s’indiquent par des préfixes, d’autres par des suffixes, ils critiquent la lourdeur du système, ils qualifient de « meccano » le sytème de construction des mots. Les espérantistes soulignent le caractère très ingénieux de la formation des mots, l’économie de vocabulaire qu’il permet, sans empècher la formation de nouveaux mots en fonction de l’évolution de la langue.
Critique idéologique
Inégalité hommes-femmes
Les mots féminins de l'espéranto sont formés à partir des mots masculins (ajout de -in), et de même pour les mots neutres (ajout de ge-) : patro = père, patrino = mère et gepatro = parent. Cela suggère que le masculin est la référence, ce qui est très critiquable. Une proposition de réforme consiste à utiliser les mots neutres comme radicals, et à former tous les mots masculins par l'ajout de vir-, le préfixe ge- peut alors disparaitre : patro = parent, patrino = mère et virpatro = père.
Bilan des critiques de l’espéranto
Ces critiques, débattues dans les milieux espérantistes eux-mêmes, contribuent largement à l’évolution de la langue ; cependant, l’espéranto a su garder son unité, et aucun des projets dérivés de l’espéranto n’a pu s’imposer.
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