Créole haïtien
L'haïtien (ou le kreyòl) est une langue créole basé sur le français avec des influences de wolof, fon, éwé et parlé par 7,5 millions de personnes en Haïti. Pourtant, l’influence de ces langues africaines n’a pas été très grand sur le dévelopement du Kreyòl.
Depuis 1961, le créole haïtien est reconnu comme langue officielle. Son utilisation en littérature est anecdotique mais croissante. Beaucoup de locuteurs sont bilingues et parlent haïtien et français, mais le Créole a un statut social inférieur au Français. Il y a les émissions télévisées de journaux, par radio en cette langue.
| Sommaire |
Les temps verbaux du Créole haïtien
Le Créole haïtien a 10 temps verbaux dont tous proviennent des patois français. La section suivante donne le sens de chaque temps en français ; elle examine également leurs origines étymologiques. Le verbe pale (parler) sera utilisé comme exemple.
Étymologie de pale
Pale vient de parler qui vient du mot latin fabulare qui veut dire « conter des fables ». Il est à noter que le changement de parler en pale ne doit surprendre personne ; les consonnes [l] et [ɹ] sont tous deux des liquides, et il y a des langues comme le coréen qui ne distinguent pas entre ces deux lettres. La juxtaposition de deux liquides (comme ils le sont en parler) le rend assez probable qu’ils font une élision, ainsi éliminant l’un d’eux. Le créole haïtien a également perdu le -r terminal de parler, peut-être puisque le son é (-er) n’est pas très loin de celui de e, d’un point de vue étymologique.
Le présent
| Pale présent | |
| Mou / M — pale | Nou — pale |
| Ou (To) — pale | Ous / Zotres — pale |
| Li — pale | Llo / yo — pale |
Le présent en kreyòl est employé un peu comme on utilise le présent simple en anglais: c’est-à-dire pour décrire une action habituelle. Donc, dire mou pale, c’est exprimer qu’en général, je parle et non pas je parle maintenant. (NB: L’auteur de cet article n’est pas tout à fait certain que cette explication soit exacte)
Le progressif du présent
| Pale progressif du présent | |
| Mou / M — ap pale | Nou — ap pale |
| Ou (To) — ap pale | Ous / Zotres — ap pale |
| Li — ap pale | Llo / yo — ap pale |
Le progressif du présent en créole haïtien (m ap pale) se traduit en français comme « je suis en train de parler ». On utilise ce temps à peu près comme on utilise son équivalant anglais « I’m talking ». C’est aussi plutôt similaire à la phrase « estoy hablando » en espagnol.
L’étymologie de ce temps est assez clair ; en plusieurs patois français, on disait « Je suis après parler » pour dire « je suis en train de parler ». Puisqu’on s’est arrêté d’utiliser « je » en kreyòl -- celui étant remplacé d’abord par « moi » et plus tard par « m » -- il est clair que l’on n’ait fait que supprimer « suis ». Il est bien naturel qu'« après » ait été changé en « ap » ; on entend les québéquois dire « attain » pour « atteindre » -- l’élision du -re terminal étant assez fréquent.
Préterit
| Pale Préterit | |
| Mou / M — pale | Nou — pale |
| Ou (To) — pale | Ous / Zotres — pale |
| Li — pale | Llo / yo — pale |
'Ou'
| Pale Préterit | |
| Mou / M — fèque pale | Nou — fèque pale |
| Ou (To) — fèque pale | Ous / Zotres — fèque pale |
| Li — fèque pale | Llo / yo — fèque pale |
On se rend compte très vite que le préterit ont exactement le même structure ; comment, en ce cas-là, est-ce qu’on distingue l’un de l’autre ? Pour se faire comprendre, on rajoute d’autres mots pour signifier que l’action décrite a eu lieu dans le passé. Pour exemple pour dire (présent) « ils parlent » on dit « llo parle » mais pour dire (passé composé) « ils ont parlé » on dit « llo fèque pale. » Cette construction vient de la phrase « ils n’ont fait que parler » (qui est devenue « ils ont fait que parler », puis « ils fait que parler » avant de la création du mot fèque.
Parfait
| Pale Parfait | |
| Mou / M — té pale | Nou — té pale |
| Ou (To) — té pale | Ous / Zotres — té pale |
| Li — té pale | Llo / yo — té pale |
Le sens de ce temps est semblable à celui du passé composé ou du parfait en français. Quant à son étymologie, le té vient d’esté, une ancienne forme du participle passé d’être — été. En plusieurs patois (normand, angevin) on disait par exemple « j’ai té », au lieu de dire « j’ai esté ». Le mot « été » a l'idée d'être fini, accompli, etc, et grâce à cela, on a commencé à utiliser té pour former un temps parfait. En dépit de ce que l’on penserait quand on songe à la construction du passif en français qui utilise être, le sens de ce temps est actif.
Progressif de passé
| Pale Progressif de passé | |
| Mou / M — tap pale | Nou — tap pale |
| Ou (To) — tap pale | Ous / Zotres — tap pale |
| Li — tap pale | Llo / yo — tap pale |
Si le sens de ce temps n’est pas très difficule pour un anglophone ou un francophone de comprendre, son étymologie est un peu plus compliquée.
Étymologie
Tap vient d’un mélange entre le té qu’on voit pour former le parfait, et l’ap qui s’utilise pour former le progressif du présent. (Il faudrait se rappeler que té et ap viennent respectivement, d’été et d’après).
Donc, d’un sens et lexique et etymologique, le progressif du passé n’est qu’un combination du progressif du présent et du parfait. Au début de la langue créole haïtien, on disait
« J’ai té après parler » -- ce qui est devenu l’actuel « M ap pale » par les forces de compression. Ces deux phrases se traduiraient, en français, comme « J’étais en train de parler ».
Imparfait
| Pale Imparfait | |
| Mou / M — kon pale | Nou — kon pale |
| Ou (To) — kon pale | Ous / Zotres — kon pale |
| Li — kon pale | Llo / yo — kon pale |
Il y a une petite différence de sens entre l’imparfait en français et de son équivalent créole, car ce dernier ne veut seulement pas dire « je parlais », mais plutôt « Je parlais, mais je me suis arrêté de parler »
C’est plus facile d’expliquer le sens de ce temps en faisant référence à l’anglais. Le progressif du passé en créole se traduit en anglais comme « I was speaking » pendant que l’imparfait se traduit comme « I used to speak. »
Étymologie
Le kon dont se forme ce temps vient de connaître. Donc, on disait d’autrefois en proto-créole m kon pale avec le sens de « Je sais parler ». Cette idée s’est changée en le nouveau sens (je parlais, mais je m’en suis arrêté) par on processus que l’auteur de cet article ne connais pas très bien.
Plus-que-parfait
| Pale Plus-que-parfait | |
| Mou / M — té-fine pale | Nou — té-fine pale |
| Ou (To) — té-fine pale | Ous / Zotres — té-fine pale |
| Li — té-fine pale | Llo / yo — té-fine pale |
Le plus-que-parfait s’emploie, comme en français, pour décrire une action qui eut lieu avant que l’action principale dans le récit n’eût lieu. Donc, la phrase « J’avais déjà parlé quand il a dansé » se traduit en créole haïtien en « Mté-fine déjà pale lors li té danse » (le plus-que-parfait est en italique).
Étymologie
Ce temps se compose avec fine, qui vient de finir. On peut également utiliser d’autres mots similaires. L’addition de fine veut dire que l’action eut lieu dans un passé plus lointain que l’usage du préterit ne voudrait dire.
On utilise aussi « 'Mtap-fine pale pour exprimer la progression de l’action -- en angais, par exemple, »I had been speaking"
Futur
| Pale Futur | |
| Mou / M — a pale | Nou — a pale |
| Ou (To) — a pale | Ous / Zotres — a pale |
| Li — a pale | Llo / yo — a pale |
Etymologie
M a pale vient du phrase « J’ai à parler »
Si vous avez à parler, vous devez le faire, et donc, si vous devez le faire, vous le ferez. Telle est la logique de l’histoire de ce temps-là. C’est semblable au future en anglais. I have to speak signifie l’obligation de parler, mais il est à noter que cette phrase anglaise est au présent. D’autrefois, I shall speak voulait dire « Je dois parler », la logique étant que si vous devez parler, vous parlerez.
Futur avec aller
| Pale Futur | |
| Mou / M — pral pale | Nou — pral pale |
| Ou (To) — pral pale | Ous / Zotres — pral pale |
| Li — pral pale | Llo / yo — pral pale |
M pral pale veut dire « Je vais parler »
Le « al » vient d’ale (aller), mais l’auteur de cet article ne sait pas d’où vient le pr.
Conditionnel du présent
| Pale Futur | |
| Mou / M — ta pale | Nou — ta pale |
| Ou (To) — ta pale | Ous / Zotres — ta pale |
| Li — ta pale | Llo / yo — ta pale |
M ta pale veut dire « Je parlerais ».
Etymologie
Ta vient probablement d’estaba en espagnol et d’étoit en français. Les deux veulent dire était. Pourtant, il y a plusieurs théories sur l’origine de ce temps. Quel qu’il en soit, comment un auxiliaire imparfait et un infinitif peuvent-ils exprimer la conditionnalité ? Cette logique devient plus claire quand on songe à l’histoire du conditionnel français. Je parlerais vient du latin « Ego parabolâre habebam » ou « J’avais à parler », plus tard aquirant le sens: « Je devais parler ». D’abord, le conditional fut utilisé dans le discours indirect. (e.g. Je lui ai dit que je le ferais). «» Donc, nous voyons le principle de former le conditionnel avec l’imparfait d’un mot auxiliaire et l’infinitif du verbe principale. C’est un peu la même chose en anglais ainsi qu’en allemand --
Ich wurde sprechen (Je parlerais) -- Ici, wurde est l’imparfait de werden
I would speak (Je parlerais) Ici, would est l’imparfait de will
Donc, quand nous savons que l’allemand, l’anglais et le français tous forment leurs temps conditionnels avec un mot auxiliaire à l’imparfait et le verbe principale comme un infinitif, il ne nous surprend nullement que le kreyòl fasse la même chose.
Passé de conditionnel
M ta-fine pale ou M ta fèque pale
Ce temps se forme de la même façon que le plus-que-parfait – avec des mots comme fèque et fine.
Imperatif
Pale, annou-pale
On sait d’où pale comme imperitif vient ; annou-pale vient de la phrase « c'est à nous de parler ».
Subjonctif
Le kreyòl n’a pas de subjonctif.
Une petite histoire en kreyòl
Traduite en français
Lò mâmâ-m al lavil, li kité pitit-la nâ mê papa-m, mwê-mêm avèk lòt ti-moun yo.
Lorsque maman est allée à la ville, elle a quitté le petit enfant aux mains de mon père, moi et les autres enfants.
[elle a laissé le petit enfant au soin de mon père]
Lò papa-m viré l-ap okipé travay li, li kité-m véyé mitit-la.
Lorsque mon père s’est tourné, occupé par son travail, il m’a laissé prendre soin du bébé. [Il m’a quitté, de sorte qu’il était à moi de voir le bébé] lit.
Lò pitit-la krié, m-prâ li, m-kêbé-l nâ-dé ti-mê, mwê di :
Quand la petite a pleuré, je l’ai prise, j’ai pris les deux mains de la petite enfant, et j’ai dit :
« Do, do, do, do, do, tâdé ti-sè.
Ta-ta-ta-ta-ta attend ici.
Mâmâ ou, mâmâ ou alé lavil, alé lavil, l-a-pòté pê pou-ou, pîga ou krié pou-chat marê pa-prâ ou.
Ta mère, ta mère est allée à la ville, allée à la ville, elle te portera du pain, ne pleure pas, pour que le chat sauvage ne te prenne pas
Voir aussi
Liens internes
- Haïti
- vaudou haïtien
- linguistique
Liens externes
Bibliographie
- Philologie créole : études historiques et étymologiques sur la langue créole d'Haiti de Jules Faine. Imprimerie de l'état, Port-au-Prince, Haïti (1937)
- 1911- Haitian Creole: grammar, texts, vocabulary de Robert A. Hall, Jr., with the collaboration of Suzanne Comhaire-Sylvain, H. Ormonde McConnell [et] Alfred Métraux. American Anthropological Association (1953) (Menasha, Wisconsin.)
