Tauromachie
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La tauromachie, ou corrida, qui anciennement désignait les courses de taureaux, désigne aujourd'hui un spectacle traditionnel ayant lieu dans une arène mettant en scène le combat entre un taureau et une série de personnages qui vont d'abord l'exciter, l'affaiblir, puis, dans la plupart des cas, l'achever d'un coup d'épée final. La plupart des corridas on lieu avec 6 taureaux, toujours selon la « procédure » suivante : accueil du taureau (présentation et le matador effectue des figures rapprochées, considérées par les afficionados comme artistiques, les premières passes avec une grande cape rouge et orange), picadors (les piques appliquées du haut d'un cheval servent à affaiblir le taureau), banderilles (petites piques posées à pied sur le dos du taureau qui charge), « fanea de muleta » (le travail à pied du matador à l'aide d'une petite cape rouge appelée muleta), puis estocade à l'épée.
Parmi les éléments qui permettront d'évaluer le spectacle on trouve traditionnellement :
- la bravoure de l'homme : le matador prend des risques significatifs (même si les accidents restent peu nombreux) et doit affronter sans faiblir un animal dont la force est considérable.
- la bravoure de l'animal : le taureau de combat est élevé pour être spécialement agressif ; sa charge, sa volonté de combattre tout adversaire sont appréciés.
- l'autorité de l'homme sur l'animal : les aficionados apprécient la capacité du matador à imposer sa volonté au taureau (en lui imposant des trajectoires de charge ou en le menant de sitio en sitio - un taureau a tendance à se placer toujours au même endroit de l'arène).
- l'élégance : en particulier pour les passes de cape qui sont des mouvements très codifiés.
- l'efficacité : une mise à mort approximative peut facilement dégrader un spectacle par ailleurs bien mené.
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Lieux de pratique
Les origines de la tauromachie remontent à l'antiquité mais sa forme actuelle est née en Espagne au XVIIIe siècle. Elle est aussi pratiquée traditionnellement au Portugal, dans le sud de la France, en Amérique latine, notamment au Mexique, Pérou, Colombie, Venezuela, Équateur et en Californie.
On pense que certaines courses de taureau se pratiquaient dans l'antiquité en Crète, mais leurs règles ne sont pas connues.
Origines
Le taureau est un animal dont la puissance physique (et sexuelle) a pu impressionner fortement dans la préhistoire ou l'antiquité. Le domptage des animaux domestiques est souvent une activité dangereuse que les cultures ont parfois sublimé en rites collectifs ou initiatiques. Il est permis de rappeler que la civilisation fut conquise contre les bêtes sauvages et qu'aujourd'hui encore, chez certains peuples primitifs, on n'est un homme qu'après avoir tué un lion ou un tigre. À la lisière entre le paisible bœuf et ces animaux sauvages, montrant comment la nature et sa violence peut parfois ressurgir, le taureau a fasciné et inspiré nombre de créateurs, comme Pablo Picasso par exemple. Sa mise à mort en public dans la corrida est sans doute une survivance des sacrifices d'animaux qui ont été si importants dans les cultures primitives. Elle n'est pas sans rappeler les spectacles donnés dans les amphithéâtres au temps des romains.
Les participants à une corrida
Les toreros :
- le matador (ou matador de toros) est celui qui tuera le taureau (voir plus bas).
- le banderillero est un peon qui pose des banderilles.
- le picador applique les piques.
- le mozo de espadas est le premier assistant du matador qui lui fournira l'épée à la fin de la faena de muleta. Il est aussi celui qui s'occupe de la muleta et de l'habit de lumière (la tenue richement décorée du matador).
Le personnel de l'arène :
- le Président : personnage officiel (souvent un commissaire de police en Espagne) qui a en charge l'ordre de la place. C'est lui qui signifie le début de chaque course, les changements de tercios et l'attribution des prix (oreilles ou queue) au matador. En France, il n'est pas inhabituel de séparer en présidence d'honneur (une personalité que l'on souhaite honorer mais qui n'a pas nécessairement de compétences tauromachiques) et présidence technique (avec la responsabilité du presidente espagnol).
- l'Alguacil (ou Alguacilillo) est l'ordonnateur de la place et ouvre le défilé des toreros en début de spectacle.
- le monosabio est un valet de piste qui remettra la piste en état après chaque course ; il est souvent chargé d'assister à pied le picador.
- les mulilleros : les personnes en charge de l'attelage de mules évacuant la carcasse en fin de course.
Matador
Le matador (on parle souvent plus simplement du « torero ») est le personnage central de la corrida. Sa responsabilité recouvre :
- les passes de cape,
- amener le taureau au cheval (lors du tercio de piques),
- les passes de muleta,
- la mise à mort.
Le matador peut aussi poser les banderilles, mais c'est une tâche qu'il partage avec ses peones qui sont ses assistants et descendent dans l'arène avec lui.
Le matador commence par une phase d'apprentissage en toréant de jeunes taureaux (novillos). Au bout d'environ deux ans, il pourra se présenter comme novillero dans des courses officielles (les novilladas où se toréent des taureaux de 3 ans) où il devra faire la preuve de son courage et de son élégance. Enfin, il prendra l'alternative dans une course où, sous le parrainage d'un matador et en présence de deux autres, il obtiendra le droit de combattre des taureaux de 4 ans et plus.
Parmi les matadores dont le nom est retenu par l'histoire de la tauromachie, on peut noter :
- Juan Belmonte
- Manolete
La tenue du matador
Les toreros (et donc le matador) ont une tenue très particulière dite habit de lumière qui est constituée principalement d'une culotte moulante dont les jambes sont lacées en dessous du genou (par les machos), d'une veste ouverte et d'un chapeau (sorte de bicorne noir appelé montera).
L'ensemble de l'habit (sauf la coiffe, les bas et les chaussures) est couvert de paillettes qui lui donnent son nom. Chaque torero choisit la couleur dominante de sa tenue ce qui permet de l'identifier facilement. Mais il peut en changer à volonté à chaque corrida.
Les ganaderias
Certains élevages sont spécialisés dans la fourniture de taureaux de combat. Parmi les plus connus actuellement on peut citer :
- Miura : les taureaux de cette ganaderia sont généralement considérés comme les plus gros, les plus fougueux et les plus combatifs (ils sont aussi des animaux traditionnellement très hauts sur pattes ce qui en fait des adversaires difficiles à maîtriser). Cette ganaderia s'honore d'avoir donné le plus grand nombre de taureaux graciés pour leur combativité (comme en 1879, Murciélago - de la ganaderia de Joaquin del Val di Navarra - qui a ensuite été offert à Antonio Miura et a donné son nom en 2002 à un modèle de la marque automobile Lamborghini).
- Victorino Martin (ou Victorino)
L'éleveur est représenté pendant la course par son mayoral (régisseur ou intendant). Quand le lot de taureaux présenté en corrida a été exceptionnel, on a déjà vu un mayoral porté en triomphe pour honorer son élevage.
Le prix d'un taureau de combat (qui comprend son transport jusqu'à la place de course) varie selon la taille et l'origine, mais on considère qu'il varie entre quelques milliers d'euros pour un novillo et plusieurs dizaines de milliers d'euros pour les plus réputés.
Les ganaderias assurent un élevage dans des conditions d'isolement qui permettent de garantir que le taureau qui entre dans l'arène n'a jamais vu d'homme à pied (les éleveurs circulent exclusivement à cheval ou en véhicule). Elles sélectionnent les animaux en fonction de leur qualité au combat et de leur masse corporelle (parfois plus de 600kg). L'objectif est d'obtenir des taureaux « braves » (ce qui se reconnait au fait qu'ils chargent à la plus petite provocation : soit parce que le torero empiète sur son terrain, soit à l'appel).
Questions éthiques
La tauromachie est considérée par la plupart des associations de défense des animaux comme une spectacle barbare et cruel à l'origine d'une souffrance chez l'animal. Comme un taureau de combat est particulièrement agressif et difficile à manier, il est « chatié » avec des piques et des banderilles, pratiques qui impliquent de blesser l'animal en début de corrida. Certaines associations dénoncent également l'utilisation illégale de décharges électriques. Des observateurs insistent également sur la mise à mort qui peut n'avoir lieu qu'après plusieurs estocades (les afficionados ne tiennent pas compte d'une épée qui a buté sur l'os d'une vertèbre, mais apprécient particulièrement la mort foudroyante qui est donnée en tranchant l'aorte).
Certains défenseurs affirment que le taureau « a sa chance » : de fait, le taureau peut être gracié pour sa bravoure et certains matadors sont morts dans l'arène. Par opposition aux abattoirs, où l'animal n'a aucune chance (même s'il la mériterait) et est parfois maltraité (dans le cas de l'élevage intensif et du travail à la chaîne).
Dans les législations visant à lutter contre les cruautés envers les animaux (y compris les traités européens et la constitution européenne), la corrida (comme le combat de coqs) bénéficie de dérogations localisées le plus souvent à condition qu'une tradition ininterrompue puisse être démontrée (un récent jugement à Toulouse a cependant accordé le retour de la tauromachie alors que la tradition avait bel et bien été interrompue). La corrida est alors considérée comme une activité traditionnelle, préservée en tant que patrimoine culturel. Les associations de défense des animaux jugent que ces dérogations sont des entorses au principe d'universalité de la loi et que rien ne peut justifier la souffrance inutile y compris quand c'est celle des animaux.
Dans plusieurs régions, comme en Crète ou dans le sud de la France, on pratique la corrida sans armes, avec seulement des rubans à attraper sur son dos, argument en faveur de la possibilité d'une mise en compatibilité de la corrida avec une absence de cruauté.
Les traditionnelles courses de taureaux ont longtemps utilisé des chevaux mal protégés. Les blessures des chevaux de pique étaient alors relativement courantes. Néanmoins, la pratique depuis le milieu du XXe siècle a apporté de lourds caparaçons qui protègent les montures et ces accidents sont devenus très rares.
Du point de vue des aficionados, la corrida est une mise en scène de la vie : l'homme par son intelligence va triompher de la violence de l'animal. Le spectacle tauromachique est extrèmement codifié : lors d'une corrida, on tue 6 taureaux, toujours selon la « procédure » suivante : accueil du taureau, picadors, banderilles, « fanea de muleta » (le travail à pied du matador à l'aide de l'étoffe rouge appelée muleta), puis estocade. La fin ne fait pas de mystère : le taureau va mourrir. La beauté et l'émotion du spectacle résident dans la manière et non pas dans le résultat (un matador qui se contente de mener un taureau à la mort ou qui poussera le tercio de piques au delà du nécessaire ne pourra espérer aucun trophée, et sera hué - la bronca en termes taurins).
Variantes
Dans plusieurs régions françaises il existe des variantes non-sanglantes comme la course camarguaise (ou course libre) ou encore les jeux taurins pratiqués dans le Sud-Ouest.
Toutefois, les variantes non-sanglantes de la corrida, comme les courses landaises ou camarguaises, s'apparentent plus à un spectacle acrobatique et comique, dont l'émotion est bien moins forte sinon absente.
La course de taureaux se pratique aussi parfois à cheval (souvent au Portugal). Elle introduit alors une dimension supplémentaire de dressage de la monture (l'élégance du matador à pied est remplacée par celle du cheval monté). Selon les cas, la course à cheval peut déboucher sur une mise à mort du taureau ou non.
On rencontre aussi des lâchers de jeunes taureaux dans les rues des villes : le jeu consiste à se faire poursuivre par le taureau sans se laisser rattraper. Cette pratique semble dériver de celle qui consiste en Espagne à lâcher les animaux de la course officielle pour leur faire traverser la ville quelques heures ou quelques jours avant la course officielle. Quand il s'agit des taureaux de combat, ils sont généralement accompagnés de bœufs ou de vaches qui servent à les guider. Dans le cas le plus courant, il s'agit de jeunes taureaux qu'il est courant de voir affoler par un public en mal de frissons.
Voir aussi
Liens externes
Dictionnaire sur la tauromachie
Sites tauromachiques en français
Sites tauromachiques en espagnol
Sites anti-corrida
- (fr) Alliance pour la suppression des corridas
- (fr) Fédération des Luttes pour l'Abolition de la Corrida
- (fr) Collectif anti-corrida de Fréjus
- (fr) Comité Carcassonne contre la corrida
- (fr) Comité de vigilance et d'action pour le bien-être animal
