Correspondance et relation


En algèbre abstraite, la notion de correspondance, ou de relation, est une abstraction de notions telles que l’égalité, l’ordre alphabétique, ou la comparaison.

De manière informelle, une relation dans un ensemble ( on dit aussi « sur un ensemble » ) est une proposition qui lie un certain nombre d’éléments. Sur un ensemble constitué de personnes, par exemple, on pourrait définir une relation « Alice aime Bernard », ou « Cecile connaît David »... On peut donc voir une relation comme des fils reliant divers éléments d’un ensemble.

Cette notion peut être généralisée en établissant des liens entre des éléments d’ensembles distincts.

Sommaire

Graphe et correspondance

Le lien entre deux éléments peut s’exprimer de manière plus formelle par un « couple ». Un couple, noté entre parenthèses, est constitué de deux éléments mis dans un ordre particulier. Les correspondances, ou relations générales peuvent ainsi être considérées en première approche comme des ensembles de couples, c’est-à-dire des graphes. Mais cela ne suffit pas toujours:

Les propriétés des correspondances dépendent autant des absences de liens entre éléments que de leur existence.

En d’autres termes, la donnée du graphe d’une correspondance ne suffit pas à définir complètement celle-ci ; il faut aussi savoir quels sont les couples d'éléments qu'elle ne lie pas. Cela revient à préciser dans quel produit cartésien s’inscrit la correspondance.

Néanmoins, il demeure possible, le plus souvent, de confondre une correspondance avec son graphe, du moment qu’il n’y a pas d’ambiguïté sur le produit cartésien dans lequel elle s’inscrit.

Pour illustrer ces idées, considérons par exemple l’ensemble P suivant de personnes :

P = \{ Alice, Bernard \}\,

Définissons-y naïvement la relation aime par la seule donnée de son graphe :

aime = \{( Alice, Bernard ),( Alice, Alice ),( Bernard, Bernard )\}\,

Pour la relation aime, si « Alice aime Bernard », alors le couple ( Alice, Bernard ) fait partie de l’ensemble aime.

L’ensemble aime est un sous-ensemble de P × P. Nous constatons que :

Remarquons au passage que l’ordre dans le couple a de l’importance. Si « Alice aime Bernard », la réciproque n’est pas forcément vraie, et d’ailleurs ici  ( Bernard , Alice ) n’appartient pas à aime.

Ajoutons une personne à P. L’ensemble des personnes devient :

Q = \{ Alice, Bernard, Christian \,\}

aime est encore un sous-ensemble de Q × Q, mais la relation aime n’est plus réflexive : la simple présence de Christian a modifié la relation, même si aucun lien n’a été rajouté.

En fait, la relation aime dans Q doit être distinguée de la relation aime dans P, même si elles ont toutes deux le même graphe. Pour y parvenir, l’idée la plus simple est de considérer qu’une relation comporte non seulement un graphe, mais aussi le produit cartésien dans lequel il s’inscrit : si aime désigne toujours le graphe, les relations deviennent alors :

( P \times P , aime ) \quad et \quad ( Q \times Q , aime ) \,,

ou, ce qui revient en pratique au même :

( P , P , aime ) \quad et \quad ( Q , Q , aime ) \,.

Cette façon de procéder comporte toutefois encore un défaut : elle ne permet pas de définir des relations dans les univers, puisque les éléments de n-uplets doivent être des ensembles. Cela pose problème avec la relation d’équipotence par exemple, qui est à la base de la définition des cardinaux, et qui est censée être définie dans l’univers de tous les ensembles.

Une solution (déjà entrevue dans l’article « Produit cartésien ») consiste à remplacer les triplets précédents par des sommes disjointes : les deux relations précédentes seront alors définies comme :

\dot\cup ( P , P , aime ) \quad et \quad \dot\cup ( Q , Q , aime ) \,,

mais encore notées cependant par abus d’écriture :

( P , P , aime ) \quad et \quad ( Q , Q , aime ) \,.

Remarque : le cheminement ci-dessus est caractéristique de la démarche des mathématiciens lorsqu’ils élaborent une définition : ils partent d’une première approche simple, qu’ils améliorent ensuite en la compliquant pour éliminer des contradictions internes ou prendre en compte certains cas particuliers, puis qu’ils généralisent au maximum.

Définition formelle

Notes préliminaires

Définition

Une correspondance, ou relation générale, est la somme disjointe de trois ensembles dont le dernier est une partie du produit cartésien du premier par le deuxième.

Plus précisément, si E et F sont deux ensembles, alors \mathfrak{C} est une correspondance de E dans F si et seulement si :

\exists\ G \ / \ ( \mathfrak{C} = (E, F, G) ) \wedge ( G \subseteq E \times F )

E est l’ensemble de départ de la correspondance, F son ensemble d’arrivée et G son graphe.

En pratique, on confondra une correspondance avec son graphe s’il n’y a pas d’ambiguïté sur les ensembles de départ et d’arrivée.

Egalité de deux correspondances

D’après leur définition, deux correspondances sont égales si et seulement si elles ont mêmes ensembles de départ et d’arrivée et même graphe.

En d’autres termes, si   \mathfrak{C}_1 = ( E1 , F1 , G1 )   et si   \mathfrak{C}_2 = ( E2 , F2 , G2 ) , alors :

( \mathfrak{C}_1 = \mathfrak{C}_2 ) \Leftrightarrow [ ( E_1 = E_2 ) \wedge ( F_1 = F_2 ) \wedge ( G_1 = G_2 ) ] \,.

Exemples et cas particuliers importants

Représentation des correspondances

Il existe trois types de représentation d’une correspondance :

Image manquante
Relationbinaire.png
exemple de représentation sagittale

Exemple de représentation matricielle
. Bernard Antoine Paul Charles
Lucie X X X .
Béatrice . X . .
Delphine . . . .
Alice X . X .

Opérations sur les correspondances

Voir l’article « Opération sur des correspondances »

Types de relations

Relations internes et externes

Une relation interne ou relation dans un ensemble ou relation sur un ensemble est une correspondance dont l’ensemble de départ est une puissance cartésienne de l’ensemble d’arrivée.

Une relation externe est une correspondance dont l’ensemble de départ est le produit cartésien d’un ensemble dit de scalaires ou d’opérateurs par une puissance cartésienne de l’ensemble d’arrivée.

Plus précisément, si E et S sont deux ensembles :

- \mathfrak{R} est une relation dans E, donc interne ssi :
\exists\ G \ , \exists\ n \in \mathbb{N} \ / \ ( n \geq 2 ) \wedge ( \mathfrak{R} = ( E^{\, n-1} , E , G \, ) ) \wedge ( G \subseteq E^{\, n} \, )
- \mathfrak{R} est une relation sur E à opérateurs à gauche dans S, donc externe à gauche ssi:
\exists\ G \ , \exists\ n \in \mathbb{N} \ / \ ( n \geq 3 ) \wedge ( \mathfrak{R} = ( S  \times E^{\, n-2} , E , G \, ) ) \wedge ( G \subseteq S \times E^{\, n-1} \, )
- \mathfrak{R} est une relation sur E à opérateurs à droite dans S, donc externe à droite ssi:
\exists\ G \ , \exists\ n \in \mathbb{N} \ / \ ( n \geq 3 ) \wedge ( \mathfrak{R} = ( E^{\, n-2} \times S , E , G \, ) ) \wedge ( G \subseteq E^{\, n-2} \times S \times E \, )

Pour que ces définitions soient cohérentes, S ne doit pas être un produit cartésien où E figure ( le cas S = E est toutefois toléré par abus de langage : une relation interne est alors vue comme une relation externe dans E à opérateurs dans E lui-même ).

Les correspondances de S dans ES n'est ni E, ni un produit cartésien comportant E ne relèvent pas de ces définitions, mais peuvent être vues comme relations externes dans E au cas limite où n = 2. S est alors l'ensemble des opérateurs ( sans préciser à gauche ou à droite, les deux se confondant ).

A part ce cas, s’il n’est pas précisé si une relation externe est à gauche ou à droite, et si le contexte ne permet pas de lever l’ambiguïté, alors elle est à gauche. De même, s’il n’est pas précisé si une relation est interne, externe ou générale, et si le contexte ne permet pas de lever l’ambiguïté, alors elle est interne. Pour parler des relations au sens général du terme, il vaudra mieux préciser relation générale, ou employer le terme de correspondance.

Arité d’une relation

Le nombre n intervenant dans les définitions précédentes est appelé arité de la relation. Celle-ci est dite n-aire; ainsi :

\exists\ G\ /\ ( \mathfrak{R} = ( E , E , G \, ) ) \wedge ( G \subseteq E \times E \, ) \,
\exists\ G\ /\ ( \mathfrak{R} = ( S , E , G \, ) ) \wedge ( G \subseteq S \times E \, ) \,
\exists\ G\ /\ ( \mathfrak{R} = ( E \times E , E, G \, ) ) \wedge ( G \subseteq E^{\, 3} \, ) \,
- à gauche ssi :   \exists\ G\ /\ ( \mathfrak{R} = ( S \times E , E , G \, ) ) \wedge ( G \subseteq S \times E^{\, 2 } \, ) \,
- à droite ssi :   \exists\ G\ /\ ( \mathfrak{R} = ( E \times S , E , G \, ) ) \wedge ( G \subseteq E \times S \times E \, ) \,

Encore une fois, l’ensemble S ci-dessus ne doit pas être un produit cartésien dont l’ensemble d’arrivée E soit une composante.

En pratique, on considère rarement des relations d'arité supérieure, car elles peuvent toujours se décomposer en relations binaires ou ternaires.

Exemples

Notion de fonction

Images et antécédents

Si \mathfrak{C} est une correspondance, avec \mathfrak{C} = ( E , F , G ), alors les affirmations suivantes sont équivalentes :

- y correspond à x par \mathfrak{C} ;
- ( x , y ) appartient à G ;
- y est image de x par \mathfrak{C} ;
- x est antécédent de y par \mathfrak{C}.

Le terme de « préimage » est parfois employé à la place de celui d'« antécédent ».

« y correspond à x par \mathfrak{C} » peut se noter :

Cette dernière notation est, sauf cas particulier, la plus pratique et par conséquent la plus utilisée.

L'ensemble formé par les images de tous les éléments de l’ensemble de départ d’une correspondance est appelé ensemble-image de cette correspondance. Il est noté habituellement « Im\mathfrak{C} ». Un abus de langage courant consiste à appeler cet ensemble « image » de la correspondance, mais cela peut entraîner une confusion si la correspondance est elle-même élément d’un ensemble à partir duquel une autre correspondance est bâtie.

Symétriquement, l’ensemble formé par les antécédents de tous les éléments de l’ensemble d’arrivée d’une correspondance est appelé ensemble-antécédent de cette correspondance. Il est noté habituellement « Ant\mathfrak{C} ». L’ensemble-antécédent est aussi nommé « domaine de définition » de la correspondance, et alors noté « Dom\mathfrak{C} » ou « D\mathfrak{C} », mais cette dernière appellation est plutôt réservée aux fonctions (voir plus loin).

Correspondance réciproque

Nous pouvons remarquer que les notions d’image et d’antécédent sont duales. Echanger leur rôle revient à échanger entre elles les composantes de chaque couple du graphe, donc à remplacer chaque couple ( x , y ) par son couple réciproque ( y , x ).

Le graphe réciproque d’un graphe G, noté « G − 1 », est le graphe résultant d’un tel échange :

G^{-1} = \{ ( y, x ) | ( x, y ) \in G \}

La correspondance réciproque d’une correspondance est la correspondance obtenue en échangeant les ensembles de départ et d’arrivée et en remplaçant le graphe par son graphe réciproque.

En d’autres termes, si \mathfrak{C} = ( E , F , G ) , alors : \mathfrak{C}^{-1} = ( F , E , G^{-1} )

La réciproque de la réciproque d’une correspondance n’est autre que cette correspondance :

( \mathfrak{C}^{-1} )^{-1} = \mathfrak{C}

Il ne faut pas confondre les correspondances réciproques et complémentaires. Par exemple, la réciproque d’une correspondance vide est elle-même vide, alors que sa complémentaire est une correspondance pleine.

Fonctions, applications et bijections

Propriétés de base

Une correspondance peut avoir quatre propriétés de base indépendantes les unes des autres ; elle peut être :

\forall\, ( x , y_1 , y_2 ) \in E \times F^{\, 2} , ( x \,\mathfrak{C}\, y_1 \wedge x \,\mathfrak{C}\, y_2 ) \Rightarrow ( y_1 = y_2 )
\forall\, x \in E , \exists\, y \in F \ / \ x \,\mathfrak{C}\, y \,
\forall\, ( x_1 , x_2 , y ) \in E^{\, 2} \times F , ( x_1 \,\mathfrak{C}\, y \wedge x_2 \,\mathfrak{C}\, y ) \Rightarrow ( x_1 = x_2 ) \,
\forall\, y \in F , \exists\, x \in E \ / \ x \,\mathfrak{C}\, y \,.

Notes:

une correspondance est applicative si et seulement si : \ Ant\mathfrak{C} = E ;
une correspondance est surjective si et seulement si : \ Im\mathfrak{C} = F .

Définitions

En combinant ces quatre propriétés de base, nous obtenons a priori seize types de correspondances, mais seules neuf ont un qualificatif; il est possible de résumer ces propriétés et leur définition dans le tableau suivant :

Propriété : au plus ... au moins ... exactement ... ...
Correspondance : fonctionnelle applicative univoque ... une image par élément de l'ensemble de départ
injective surjective bijective ... un antécédent par élément de l'ensemble d'arrivée
bifonctionnelle biapplicative biunivoque ... une image par élément de départ et un antécédent par élément d'arrivée


Certaines des combinaisons des quatre propriétés de base ont reçu un nom, en raison de leur importance pratique :

Attention! Une correspondance applicative (respectivement injective, surjective, bijective) n’est pas en général une application (respectivement une injection, une surjection, une bijection);

De même, une fonction injective ( respectivement surjective, bijective) n’est pas en général une injection (respectivement une surjection, une bijection);

Réciproques

La réciproque d’une correspondance inverse le rôle des images et des antécédents (rappel : si x R y , alors y est une image de x par R et x est un antécédent de y par R); par conséquent (cela se lit directement sur le tableau ci-dessus) :

- la réciproque d’une fonction est une correspondance injective; inversement, pour que la réciproque d’une correspondance soit une fonction, il faut et il suffit que cette correspondance soit injective;
- la réciproque d’une correspondance applicative est surjective, et vice-versa;
- la réciproque d’une application, c'est-à-dire d'une correspondance univoque, est une correspondance bijective; inversement, pour que la réciproque d’une correspondance soit une application, il faut et il suffit que cette correspondance soit bijective;
- la réciproque d'une correspondance bifonctionnelle, c’est-à-dire d’une fonction injective, est une correspondance bifonctionnelle, c’est-à-dire une fonction injective;
- la réciproque d’une correspondance biapplicative est elle-même biapplicative;
- et enfin, la réciproque d’une bijection, c'est-à-dire d'une correspondance biunivoque, est une bijection.

Principales sortes de correspondances

Tableau récapitulatif des croisements entre relations et fonctions
Correspondances Relations binaires internes Relations ternaires internes Relations ternaires externes (*)
Fonctions . Opérations internes Opérations externes (*)
Applications Transformations Lois (de composition) internes Lois (de composition) externes (*)
Bijections Permutations (**) .

Remarques :

(*) à gauche ou à droite
(**) Les relations ternaires internes ne peuvent être des bijections que si le cardinal de leur ensemble d’arrivée est infini ou égal à 0 ou à 1.

Nous retrouvons dans ce tableau les deux familles de notions définies plus haut, relations et fonctions, et leurs combinaisons :

- une transformation dans un ensemble est une application de cet ensemble dans lui-même, donc une relation binaire dans cet ensemble;
- une permutation dans un ensemble est une bijection d’un ensemble dans lui-même, donc une relation binaire dans cet ensemble; c’est donc un cas particulier de transformation;
- une opération est une correspondance qui est à la fois une relation ternaire et une fonction;
- une loi de composition ( appellation souvent abrégée en loi ) est une correspondance qui est à la fois une relation ternaire et une application; les lois sont donc des opérations particulières.

Ainsi, les quatre opérations de notre enfance (+, -, x, :) sont effectivement des opérations internes dans \mathbb{N} , mais seules l’addition et la multiplication y sont des lois de composition.

Voir aussi

See also: Correspondance et relation, Algèbre abstraite, Cardinalité, Classe, Diagramme de Venn, Ensemble, Fonction, Graphe, Infixe, Loi de composition