Néo-breton

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On appelle aujourd'hui néo-breton le breton appris par des personnes n'ayant pas le breton comme langue maternelle, comme si la langue devait être par nature différente selon l'âge auquel on l'apprend. Bizarrement on ne parle pas de néo-français chez les personnes en voie d'acquisition de cette langue.

Une autre définition, plus politico-linguistique, l'identifie comme une variété de breton excluant tout ce qui n'est pas « celtique », tant du point de vue grammatical que lexical. Cette conception sous-entend qu'un « vrai » breton ne serait pas celtique, comme le prétendent certains ennemis du breton voulant passer pour spécialistes d'une langue qu'ils ne connaissent pas. Dans quel but créer ce « néo-distinguo », là réside peut-être le fond du problème.

Cette dernière définition fait l'objet d'une divergence de points de vue entre différents contributeurs : certains estiment que le néo-breton s'appuie sur une idéologie qui dessert le vrai breton (cet aspect idéologique n'apparaît pas dans la définition, mais dans les arguments ci-après) ; d'autres réfutent l'aspect linguistique de ce concept du fait de la faiblesse de la définition, de son aspect idéologique et de l'absence de locuteurs. Pour chaque paragraphe, un premier temps présentera les arguments montrant les erreurs et le contenu idéologique du néo-breton, et un deuxième temps les arguments de ceux qui présentent le néo-breton comme une généralisation abusive.

Pour suivre le débat, il est nécessaire de comprendre qu'il n'y a pas une attaque du néo-breton suivi de sa défense, mais qu'il est fait état de problèmes sur des dérives de la langue que certains ont réuni sous le terme générique de « néo-breton », et que d'autres réfutent ces problèmes, mais sans faire l'amalgame dans un « néo-breton » qu'ils considèrent comme une construction abusive.

Sommaire

1 Autres considérations

Les origines de la querelle

Pour ses détracteurs, le « néo-breton » s'oppose à la langue traditionnelle. Ils lui reprochent d'être artificiel, exagérément puriste et éloigné de la réalité du breton parlé. Ce reproche se base principalement sur l'origine de l'orthographe unifiée du breton, créée en 1941 par Roparz Hemon. Une confusion existe, volontairement entretenue, entre « orthographe », production écrite, langue parlée, et locuteurs (forcément d'origines sociales diverses). Ces confusions n'ont évidemment pas cours pour le français ou les autres langues.

Pour certains, cette pseudo-controverse est entretenue dans le but évident de nuire à l'expression publique, en breton, dans les médias, l'enseignement (Diwan), ou l'édition (An Here).

Il avait été précédemment constaté que les Bretons (dans les années 30) passaient au français pour deux raisons :

Roparz Hemon repris alors l'idée des nationalistes bretons du XIXe siècle de créer une langue bretonne écrite unique , s'inspirant des modèle des renaissances culturelles des pays d'Europe de l'Est. D'après ces détracteurs, le breton se veut « la nouvelle langue universelle du pays » dont le but était, disent-ils, de « remplacer en quelques générations le français », la prétention à l'universalité étant une prérogative réservée à la langue française. Pour d'autres, il s'agissait d'élever le niveau culturel en langue bretonne. À partir des dialectes, il aurait élaboré une « novlangue » synthétique : disparition des mots d'origine française, enrichissement par des mots celtiques, majoritairement d'origine galloise, reproche qui ne tient pas la route pour les familiers de son oeuvre que ne sont pas ses détracteurs. On reconnait des deux cotés un "travail linguistique monumental, qui aboutit à l'orthographe unifiée du breton", en 1941. On insiste pour les détracteurs sur un "projet élitiste, refusant les «expressions du parler populaire» breton". Pour les autres, ceux qui utilisent ce type d'arguments ignorent que Roparz Hemon avait recueilli les expressions du parler populaire (recueil republié par Embannadurioù Hor Yezh). Les détracteurs affirment ensuite que "Son système linguistique sera soutenu par la suite par le Département de Celtique de l’Université de Rennes II, où enseignaient, outre Per Denez, Léon Fleuriot et Christian Guyonvarc'h, et où enseignent aujourd'hui Lukian Kergoat, Gwendal Denis et Francis Favereau, les écoles Diwan, et l'Institut Culturel de Bretagne". Etant sous-entendu que l'Université de Brest soutiendrait "un système linguistique" plus politiquement correct, ce qui n'a pas empêché un Media:Georges Pinault antisémite et révisionniste d'y être membre d'un labo de recherche.

Le terme "système linguistique" reste polémique. Il en reste que l'origine de l'orthographe unifiée du breton, et le parcours politique de son créateur Roparz Hemon pendant la seconde guerre mondiale restent marquées par la collaboration avec l'occupant nazi. Pour les adeptes de l'orthographe unifiée les caractéristiques nazis du "zh", déjà utilisé par Luzel, ne sont pas encore prouvés, et le parcours politique de bien des figures parisiennes du monde du théatre, de la radio, du cinéma, ou de l'édition de l'époque a été marqué par la collaboration, sans que cela ne soit guère retenu contre eux aujourd'hui.

Pour certaines personnes, on aboutit à un « système paradoxal » :

  1. Rennes (ville où d'après certains l'"on" n'a « jamais » parlé le breton, même si les bretonnants qui y vivent l'ont « toujours » pratiqué, et même si le breton y est enseigné à l'Université depuis la fin du XIX è siècle ) deviendrait la base militante d'un breton « artificiel », au détriment de la Bretagne bretonnante de l'ouest où l'on étudie, à l'université de Brest notamment, et où l'on parle encore les dialectes bretons. Le breton, selon certaines autorités culturelles moralement impartiales, n'aurait pas droit d'expression en milieu urbain, pas droit à l'enseignement à l'Est d'une frontière linguistique figée à l'aube du XX è siècle. Un bretonnant quittant la Base -Bretagne deviendrait ipso facto locuteur proclamé « artificiel » aux prétentions "universelles" démesurées dès lors qu'il a dépassé la sortie est du bourg de Plouagat, le français méritant seul d'appartenir à la culture mondiale.
  1. Le peu d'enfants scolarisés en breton (environ 1% des jeunes Bretons) apprendraient une langue mal comprise des derniers bretonnants natifs (environ 100 000) parlant encore leurs dialectes familiaux.

La conclusion, non-formulée jusqu'à présent, mais fortement suggérée par les utilisateurs de ces arguments, est que -le breton, et surtout son enseignement, ne méritent pas le soutien des autorités, pas la moindre obole -tous les efforts financiers dans le domaine culturel doivent être réservés aux défenseurs de la vraie culture, forcément francophone.

Cette querelle est toujours vivace, et les arguments exposés ci-après attestent de son actualité.

Pour certains, il y aurait une lutte entre deux écoles qui se réclament toutes les deux d'une culture bretonne authentique. Pour d'autres, il y a en fait une politique d'opposition au breton qui utilise tous les arguments possibles pour dénoncer l'attribution de toute aide politique et toute subvention à la langue bretonne et à son enseignement.

L'affaire Françoise Morvan/Per Denez est l'exemple type de cette opposition (voir leur querelle autour de la thèse de Françoise Morvan sur François-Marie Luzel). Christian J. Guyonvarc'h, spécialiste du monde celtique, affirme dans son Dictionnaire étymologique : "En voulant faire du breton un substitut du français les militants bretons l’ont voué à disparaître – car pourquoi se vouer à l’apprentissage d’un substitut aussi rébarbatif, mélange d’emprunts gallois et de néologismes, véritable sanscrit d’initiés". Cette phrase a été reprise par Françoise Morvan dans ses nombreux articles contre le breton: il est si évident que les militants du breton sont ses propres ennemis, et que c'est pour son plus grand bien que les défenseurs d'une culture monolithique d'état veulent la faire périr.

Le néo-breton, terme péjoratif ?

Pour certaines personnes ce terme est péjoratif. D'autres pensent qu'un terme plus péjoratif serait « breton chimique ». Le terme « breton chimique », même péjoratif, n'a pas le même sens que le mot « néo-breton » : le premier désigne un breton dont le vocabulaire est ou semble construit artificiellement et qui est inconnu par un locuteur natif, alors que le « néo-breton » induit une dimension idéologique, selon les arguments présentés ci-dessous.

Le néo-breton, breton idéal ?

Selon les tenants d'un breton exclusivement populaire, le néo-breton remplace les mots exclus de son lexique par des néologismes. La construction de ces néologismes se fait à partir de racines souvent importées d'autres langues celtiques (le gallois surtout). Ils estiment que cette construction rappelle celle de l'Espéranto, langue très en vogue à l'époque où François Vallée et Meven Mordiern se mirent à forger des néologismes. Plus tard la réussite du renouveau de l'hébreu a encouragé le phénomène.

Le néo-breton en tant que breton fautif

A priori, ceux qui parlent du néo-breton ne désignent pas ainsi le langage parlé par les apprenants (les néo-bretonnants), bien qu'ils pensent que ceux-ci sont souvent friands de néologismes, s'attendant à une langue bretonne forcément disjointe du français, ou alors, dans le cas de militants nationalistes qui se mettent au breton pour servir leur cause, du fait qu'une langue opposée au français leur permet de mieux marquer leur « identité ». Ils n'y mettent pas non plus le breton diffusé par des méthodes de langues ou des grammaires fautives, qu'il faudrait mentionner avec exemples à l'appui pour être au moins crédibles.

Mais ils considèrent le néo-breton comme « fautif » pour d'autres raisons :

Autres critiques du néo-breton

C'est la critique de tout ce qui est idéologiquement inspiré de l'idéalisme allemand : le mode de construction du langage qui convient pour le langage de la science ne convient pas pour la langue de tous les jours. Cette langue de tous les jours a besoin de diversité, d'irrégularité : c'est cela qui nourrit la poésie, y compris dans son sens quotidien (calembours...). Mais les locuteurs quotidiens n'ont aucun souci de l'idéalisme allemand et rigolent en breton sans censeurs pour l'instant.

D'autre part, les exemples du renouveau du finnois et de l'hébreux sont mis en avant pour justifier un besoin de renouvellement du breton. Hélas pour certains, un mode d'enrichissement de langue qui a pu fonctionner au XIXème siècle, à une époque où les enfants des classes populaires pouvaient être formés au gré de l'état, ne vaut plus aujourd'hui, à l'époque de la démocratie et la mondialisation. Et la Bretagne n'a pas le même passé ni la même culture qu'Israël, heureusement : le succès du renouveau de l'hébreux est impensable (ou alors seulement dans le cercle nationaliste « pur et dur », celui des gens qui se sentent humiliés par l'exil imposé aux leurs après la deuxième guerre mondiale).

Bien sûr, beaucoup de pays ont des commissions de terminologie, composées de spécialistes qui ne viennent certes pas des bistros. Mais elles ne font que proposer : le terminologue propose, le locuteur dispose. Par exemple, plusieurs termes ont été proposés pour remplacer « email » en français, mais aucun n'a passé dans l'usage. Constatant cela le Robert ne reprend pour l'instant que l'anglicisme, même s'il est estimé laid par les puristes, y compris par Alain Rey, le directeur de cette publication. En breton c'est le contraire : depuis le début du XIXème siècle, des milliers de mots employés quotidiennement par les locuteurs sont exclus de tous les dictionnaires (à quelques timides exceptions près : Ernault pour le vannetais, Favereau...). La plupart des « dictionnaires » par contre regorgeraient de "néologismes incompréhensibles" (pour qui ne veut pas les comprendre)  : ce ne seraient dès lors "pas des dictionnaires de breton", d'où la "nécessité" , selon certains, d'un concept de « néo-breton » justement. On se demande simplement pourquoi le "néofrançais" n'est pas décrété nécessaire: surement parce que la langue des banlieues est si proche de celle de Stendhal.

Les degrés de néo-bretons

Les tenants de l'existence du néo-breton estiment que certaines personnes ou organismes en usent à plusieurs degrés :

Il est à noter que les organismes cités parlent de leur breton sans employer le terme « néo-breton » mais celui de « breton unifié » ou de breton « peurunvan » (parfaitement unifié).

Autres considérations

Certains opposent deux langues bretonnes : celle que parlent les locuteurs natifs et la langue des militants et des apprenants. Pour eux, l'instrumentalisation du breton par les mouvements autonomistes a créé une langue artificielle, coupée du breton traditionnel et qui entre en concurrence avec lui. Ils appellent cette langue le « néo-breton », voire le « breton chimique ».

Ils estiment que le breton « traditionnel » est très éloigné du français dans sa syntaxe et son expression, mais emprunte naturellement nombre de mots au français, cette langue étant la principale langue de voisinage immédiat. Ils reprochent au « néo-breton », la langue parlée par la majorité des militants du mouvement breton et par les apprenants, de refuser tout emprunt visible au français, et de privilégier des mots bâtis sur des racines celtiques inusitées, qui deviennent d'ailleurs usitées ipso facto. Ce « purisme linguistique » ne se justifie pas d'après eux, car l'emprunt au français est très ancien, voir le Catholicon). Ils reprochent également au « néo-breton » d'être quasiment le seul breton enseigné et de monopoliser les moyens disponibles pour la diffusion du breton.

En opposition, d'autres affirment qu'il n'existe pas deux ou trois langues bretonnes, mais plusieurs variétés de langue, en breton comme en français ou en anglais. Ils relèvent que le breton a eu un vocabulaire très riche dans une Bretagne monolingue bretonnante, mais qu'il va en s'appauvrissant surtout depuis les années 1950. Ils reprochent aux tenants de la langue exclusivement traditionnelle de vouloir valoriser les différences linguistiques (même les plus légères), basées sur le parler cantonal, horizon difficilement compatible avec le mode de vie du XXIe siècle qui ne peut avoir guère d'intérêt pour la jeunesse bretonne. Cette différence, exacerbée par ceux qui s'opposent à l'enseignement et à la diffusion du breton, comme ils brandissaient hier les différences dialectales pour s'opposer à l'enseignement du breton (surtout avant le vote de la loi de 1951) simplifie également la réalité : les meilleurs bretonnants sont forcément toujours de bons connaisseurs de la langue populaire.

Ils affirment que les tenants d'un breton dit « populaire », qui serait le plus dialectal et localisé possible, ne peuvent enseigner ni écrire cette « variété de langue », quand ils le parlent. C'est cette impuissance, et cette frustration, qui semble être l'un des aliments de la controverse. Pour eux, il est évident que l'on enseigne un breton « écrit standard » dans les écoles (comme on enseigne un français ou un anglais standard dans les écoles de métropole ou de l'étranger) et qu'il est normal d'imprimer des livres dans une langue d'un niveau soutenu quand on veut faire de la littérature ou du journalisme.

Il est donc logique que la forme du breton « standard » soit à peu près la seule enseignée, écrite, imprimée, comme le français standard l'est dans la presse française, ou à l'étranger. Sur les ondes des radios ou à la télévision les gens s'expriment naturellement, comme ils veulent, et les différences entre locuteurs sont surtout individualisées. Mais untel parle toujours mieux s'il a une bonne connaissance du breton traditionnel. Ceci dit, un bon accent traditionnel peut cacher un vocabulaire pauvre et une syntaxe boiteuse, tout comme une bonne syntaxe peut accompagner un accent qui n'a rien de breton. Toutes ces différences sont normales, elles existent peu ou prou dans toutes les langues.

Le principale reproche qu'ils font à cette controverse est d'alimenter le combat des opposants (avoués ou non) à l'enseignement du breton, et la volonté délibérée de diaboliser les défenseurs du breton « militants », « nationalistes », « communautaristes ».

Plutôt que de nourrir indéfiniment les controverses qui incitent les bretonnants à s'entre-déchirer, ils préconisent d'unir les forces à améliorer le niveau général de la langue. Cela ferait taire ceux qui ne voient dans ces querelles qu'un bon moyen de diviser les défenseurs du breton et permettrait de faire échec à la politique linguistique de l'Etat qui œuvre à la disparition du breton.

Les militants de la langue estiment, en la parlant, l'enseignant, l'écrivant et la diffusant, qu'ils combattent efficacement cette politique. Ils évitent les controverses stériles qui ne plaisent qu'aux ennemis de la culture bretonne.

Formation de mots

Les tenants du breton traditionnel notent que le vieux breton nous a laissé un précieux vocabulaire (rare) que des forgeurs de néologismes utilisent aujourd'hui pour produire des termes en breton dans le domaine de la philosophie et des sciences humaines. Ces mots sont incompréhensibles au plus grand nombre. Ils considèrent donc qu'il serait plus approprié d’adapter des termes empruntés à d’autres langues comme le français, tout comme l’anglais, le français et l’allemand s’empruntent mutuellement des termes techniques nouveaux.

À cela, d'autres répondent que les mots spécialisés sont peu compréhensibles quelle que soit la langue puisqu'ils nécessitent des connaissances spécifiques, donc peu répandues, et que les deux processus (création de mots par emprunt ou par construction de néologismes) coexistent.

Emprunt aux langues étrangères

Au moins deux positions existent à ce sujet, où là encore les clivages idéologiques sont primordiaux.

Les tenants du breton populaire constatent que ce breton ne dédaigne pas l’emprunt au français. Le breton, comme toutes les langues du monde, a toujours fait des emprunts aux langues voisines : latin, puis ancien français, moyen français et français moderne. La majorité des emprunts sont méconnaissables à présent car ils ont évolué selon la phonétique et la morphologie originales du breton. De même, le vocabulaire de cette langue reste en majorité celtique, sa phonétique n'est pas celle du français (en particulier son accentuation et sa ligne mélodique), sans parler de sa syntaxe très originale et de ses tournures idiomatiques extrêmement éloignées de celles du français.

Ils reprochent au breton utilisé et diffusé par le mouvement breton en revanche de refuser tout emprunt visible au français : plusieurs commissions constituées de spécialistes se sont chargées de créer des mots nouveaux, préfèrant « toujours » (d'après leurs détracteurs), l'emprunt au gallois (langue celtique historiquement proche) voire à l'irlandais (avec lequel la parenté est beaucoup plus lointaine) à l'emprunt au français, pourtant, d'après eux, plus « logique » et « historiquement naturel ».

Selon un autre raisonnement, le breton est une langue celtique, et donc en droit d'emprunter comme il l'entend dans son patrimoine celtique « historiquement naturel ». Les tenants de ce raisonnement ne voient pas en quoi l'emprunt au français serait seul « logique et naturel », ils estiment que les emprunts au français sont seulement plus faciles, et même idéologiques, car « républicainement corrects », ce qui met en colère certains :

Quand Françoise Morvan, s'indigne, dans le Nouvel Observateur en 2004, d'emprunts au gallois, il est clair que le caractère celtique du breton est diabolisé pour raisons idéologiques, que l'emprunt seul au français doit être légitimé par certaines autorités intellectuelles (dont elle fait sûrement partie, malgré son ignorance de la langue), que sur ces choix linguistiques (comme d'ailleurs sur le statut de leur langue) les bretonnants n'ont ni droit de réponse ni voix au chapitre.
Le breton n'aurait donc pas le droit d'emprunter à une autre langue de sa famille celtique (l'acte se situerait entre la haute-trahison, l'intelligence averc l'ennemi et le crime raciste), quand le français a toujours emprunté comme il lui chante, soit dans sa famille linguistique (latin ou aux autres langues latines), soit hors d'elles (racines grecques, mots anglais, etc).
Si les tenants d'un certain breton traditionnel (et qui ne sont pas forcément tous bretonnants) n'étaient pas plus acharnés à défendre les emprunts au français qu'à lutter pour l'avenir du breton ils sauraient utiliser les richesses de la langue pour effectuer des créations authentiquement populaires: malheureusement ils sont plus intéressés par l'aspect nostalgique d'une civilisation quasiment disparue que par la volonté de la dynamiser.

Ils pourraient également opter pour des emprunts à l'anglais s'ils ne craignaient de passer pour des traîtres à la patrie francophone qui protège si bien la langue de leurs aïeux.

Niveaux de langue

A contrario, certains soulignent que le niveau de langue connu des locuteurs natifs est de plus en plus pauvre et qu'ils savent rarement écrire la langue qu'ils parlent, du fait qu'ils ont abandonné le breton dès l'âge de sept ans (scolarisation) et que leurs parents bien souvent les encourageaient à apprendre le français en abandonnant le breton. La caution des locuteurs natifs, bien que nécessaire, est donc à respecter tout en prenant de nombreuses précautions élémentaires.

Prononciation

Du point de vue de la syntaxe et des modes d'expression, on reproche à certains néo-bretonnants de calquer inconsciemment leur breton sur le français ce qui le rend difficile à comprendre. Cela provient du fait qu'ils ont « mal appris » à parler le breton, c'est-à-dire qu'il l'ont fait trop à partir de l'écrit, et qu'ils le prononcent en suivant le système phonétique français. En réponse, on peut dire qu'il est normal que le breton prononcé avec un fort accent français soit difficilement compréhensible aux bretonnants de naissance, de même que n'importe quelle langue étrangère prononcé par un Français débutant qui aura donc un fort accent français. Mais c'est une faiblesse qui se corrige avec la pratique, au contact de locuteurs de meilleur niveau. Le breton n'est pas plus inaccessible qu'une autre langue.

Commentaires sur l'évolution du breton au XXe siècle

Les détracteurs de la langue bretonne épurée des mots français lui reprochent de chercher à se couper de ses origines populaires pour des raisons supposées idéologiques : le mouvement breton, qui promeut ce breton épuré, serait avant tout bourgeois et citadin à l’origine, et développé presque exclusivement par des francophones ayant appris plus ou moins bien le breton dans les livres sur le tard. Les partisans d'un breton soutenu affirment au contraire qu'ils se placent dans la tradition de la littérature bretonne, qui tout en s'inspirant de la langue populaire cherche à développer une langue littéraire moderne.

Dans les écoles Diwan et les classes Div Yezh encore, on enseigne souvent le breton. Aujourd’hui, presque tous les élèves formés dans des établissement monolingues ou bilingues connaissent et parlent le breton, le français, l'anglais et souvent une quatrième langue. Ces enfants ne continueront à parler breton que si cette langue s'adapte à leur milieu de vie.

Dictionnaires

Pour trier les termes inventés et les termes authentiques, une recherche approfondie et compliquée est nécessaire.

Pour ce qui est de la néologie, certains pensent nécessaire de revoir intégralement le travail, de rechercher tous les mots créés par les bretonnants traditionnels, et le cas échéant, procéder soit à des périphrases bretonnes afin de traduire les termes nouveaux, soit à des emprunts aux langues internationales comme le français ou l’anglais.

À l'allure où ce monde évolue, en effet, on peut difficilement faire autrement, et de nos jours les seules langues qui recourent encore à la néologie sont :

En fait, toutes les langues s'enrichissent selon les deux procédés : acculturation de termes empruntés aux langues voisines ou dominantes, et création de mots à partir de racines existantes. Le breton, comme le français, n'échappe pas à la règle.

Le « néo-breton » existe-t-il ?

Selon certains, il existe une langue, le « néo-breton », qui s'oppose à la langue traditionnelle. Ils reprochent au « néo-breton » d'être artificiel, exagérément puriste et éloigné de la réalité du breton parlé.

En réponse, d'autres affirment qu'il n'y a pas de langue « néo-bretonne » :

C'est donc un concept sociologique d'opposition et non une langue.
En anglais, le terme « neo-breton » est plus neutre, car il désigne le breton appris par toute personne n'ayant pas le breton comme langue maternelle.

Lien externe

See also: Néo-breton, 1941, Alain Rey, An Here, Ancien français, Anglicisme, Années 1950