Contrepèterie

La pratique de la contrepeterie (parfois appelée antistrophe) consiste en l'art de décaler les sons. Cet art aboutit à des contrepèteries, des phrases à partir desquelles on peut obtenir, en permutant certains phonèmes ou certaines syllabes, une nouvelle phrase ayant par principe un sens cocasse, grivois, et même de préférence franchement gaulois.

Exemple : dans la phrase Mon oncle perd courage devant les amas de patentes devient en permutant le p et le m : Mon oncle perd courage devant les....

Le journal Le Canard enchaîné est célèbre pour sa sélection hebdomadaire de contrepèteries, dans la rubrique intitulée Sur l'album de la Comtesse créée par Luc Etienne (qui fut Régent de Contrepet au Collège de Pataphysique). L'ouvrage La redoute des contrepèteries en énumère des centaines. Le Canard enchaîné publia un jour un poème qui pouvait se lire avec deux sens différents selon qu'on le contrepétait ou non. Voici le premier quatrain:

« L'hommage de leurs vers qu'à l'envi les poètes
A la femme déçue offrent toujours ardents
Flatte certes le but mais n'apaise la quête :
L'attente a des plaisirs qu'on ne fait qu'un moment. »

L'usage veut qu'on ne donne jamais la solution d'une contrepèterie, chacun devant la trouver lui-même. Le faire comme au début de ce paragraphe serait en société une très grave faute de goût.

Ajoutons que la correspondance des sons doit être stricte ; il ne saurait être question de dire :

« Le Ministre des Finances toutes les baisses faisables »

Sommaire

La contrepèterie dans l'histoire littéraire

Quelques contrepèteries

On peut aussi doubler, tripler... la contrepèterie :

Certains noms propres sont une contrepèterie :

Amis du contrepet

Louis Perceau

Rédigea jadis un ouvrage de référence sur le genre : « Vous avez lu Perceau » est une phrase qu'on aime à se dire entre initiés.

Luc Etienne

Déjà cité, a rédigé entre autres œuvres (« La méthode à Mimile », « l'Art de la charade à tiroirs ») un Art du contrepet qui fait encore référence aujourd'hui, et qui contient des passages fort travaillés comme le discours d'un locataire contenant les phrases suivantes :

« Elle eut peur de mon mot de guichet :
Les concierges n'aiment pas être éveillées brutalement.
Mais comme elle insistait pour attirer mon terme,
Je laissai travailler ma bile et me sentis détesté.
Une sorte de rage me tenait lieu de verve »

etc. Le tout se termine par :

« Elle me dit : « Après ce marc, faudrait une bonne dînette ».
Je sentis alors l'avidité des concierges. »

Il donne également des conseils : de même que le charme des mots croisés réside dans le fait d'y donner des définitions non banales, il faut une fois le contrepet trouvé lui trouver une courte introduction aussi appropriée à l'innocente phrase de base qu'à sa variante sulfureuse. Ainsi, sur les mots « roussette » et « pain », l'introduction suivante ne fait que rendre plus savoureuse la contrepèterie :

« Mais je ne pêche pas, monsieur le curé ! J'agace les roussettes avec mes bouts de pain ».

Et sur « affale » et « bazar », quoi de plus plaisant que ces cinq mots d'introduction ? :

« Epuisée par une longue queue, la pauvre femme s'affale devant le bazar ».

Contrepèteries étrangères

On consultera avec profit les liens vers les autres versions nationales de Wikipédia.

Contrepèterie britannique : spoonerism

Le spoonerism n'est pas aussi systématiquement grivois que ne l'est la contrepètrie française. Plusieurs spoonerism se trouve dans les ouvrages de Shakespeare.

The difference between a girl in a church and a girl in a bath is that the first one has a soul full of hope.
 

Le mot "spoonerism" vient du Réverend William Archibald Spooner (1844-1930) qui en faisait souvent, volontairement ou non, dans ses sermons.

Contrepèterie en espéranto : kontrau'knalo =

Eltiro el [humor y esperanto] :

Contrepèterie en espagnol

Lien interne

Lien externe

See also: Contrepèterie, 1547, 1590, 1844, 1928, 1930, Album de la Comtesse, Benjamin Péret, Boris Vian, Collège de Pataphysique