Condition de l'homme moderne
Ceci est un résumé de Condition de l'homme moderne (The Human Condition, 1958) de Hannah Arendt.
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| Sommaire |
I. La tradition et l’âge moderne
Paradoxes de Marx : on se réalise dans le travail ; alors que sera la société sans travail ?
Kierkegaard : saut du doute à la croyance : il fit du doute une religion
trouver une marchandise à valeur fixe qui servirait de norme constante pour les autres
science « libre de valeur » = non-sens
Kierkegaard, Marx, Nietzsche : se demandent quelle est la qualité spécifiquement humaine
Descartes => doute ; vérité révélée => enquête scientifique vers « ce qui fonctionne »
La société détermine les valeurs
II. Le concept d’histoire
III. Qu’est-ce que l’autorité ?
IV. Qu’est-ce que la liberté ?
I
Kant : distingue raison pure (théorique) et raison pratique (volonté). Fait résider la liberté dans la raison pratique.
Thèse : le phénomène de la liberté n’apparaît pas du tout dans le domaine de la pensée : ni la liberté ni son contraire ne sont expérimentées dans le dialogue entre moi et moi-même ; cela explique l’obscurité du problème de la liberté.
La tradition philosophique a faussé l’idée de liberté en la transposant de son champ originel (la politique et les affaires humaines en général) au domaine intérieur (la volonté)
Être libre = faire ce qu’on désire ? ou être libéré de ses désirs ?
Epictète : pouvoir le plus absolu = celui qu’un homme exerce sur lui-même
XVIIe-XVIIIe : Etat => sécurité => liberté politique
Liberté contre l’Etat
Vita contemplativa = vie apolitique
II
Être libre = agir
III
Je veux et je ne peux pas
Conflit entre raison et désir (s’emporter)
Montesquieu : liberté politique pouvoir, être capable
Si on ne peut pas faire qqch, on n’est pas libre, que l’échec soit causé par l’intérieur ou l’extérieur
« si l’homme a une volonté […], elle doit toujours apparaître comme s’il y avait deux volontés présentes dans le même homme, luttant l’une contre l’autre » => la volonté est à la fois puissante et impuissante, libre et non libre
identification de la liberté avec la capacité humaine de vouloir
C’est quand la liberté a été « intériorisée » (quand elle est devenue libre arbitre) qu’elle est devenue un problème philosophique.
Théorie de la souveraineté (Rousseau)
=> pb : jamais libre ou aux dépens des autres
instruments de la violence = moyens non politiques
liberté et souveraineté s’opposent
IV
Deux mots pour agir : commencer, conduire, commander ; mener quelque chose à bonne fin
Être libre et commencer sont connexes : il faut être libre pour pouvoir commencer.
Saint Augustin : conçoit la liberté non comme une disposition humaine intérieure mais comme un caractère de l’existence humaine dans le monde. C’est parce qu’il est un commencement que l’homme peut commencer.
Miracles : interruption de la succession naturelle des événements
Liberté = rare dans l’histoire
Faculté de liberté = capacité de commencer ; demeure présente, en puissance
Tout acte envisagé du point de vue du processus dans le cadre duquel il se produit et dont il interrompt l’automatisme est un miracle, ie qqch à quoi on ne pouvait pas s’attendre
Histoire humaine = succession de miracles.
V. La crise de l’éducation
VI. La crise de la culture
Sa portée sociale et politique
I. Société et culture
Société et culture
Le rapport société / culture est problématique. L'art moderne commença par une rébellion contre la société. Cela signifie que le rapport antérieur devait laisser à désirer. L’artiste accuse la société de philistinisme. Le philistin (Clemens von Brentano) juge tout en termes d’utilité matérielle.
La société libérée du labeur a du temps pour la « culture ». On fait une utilisation sociale (distinction) de la culture, de l’art. Le problème du philistin est qu'il s’enfuyait dans une zone de « poésie pure », il fuyait la réalité. Les artistes ne voulurent pas être expulsés de la réalité.
Le seul critère authentique qui ne dépende pas de la société pour juger des choses culturelles est leur permanence relative. User les œuvres d’art à une fin quelconque est déplacé.
Société et société de masse
Puis vint la liquidation des valeurs culturelles et morales (années 20 et 30 en Allemagne, 40 et 50 en France). Désormais le fil de la tradition est rompu, et nous devons lire les auteurs comme si personne ne les avait jamais lus avant nous ; dans cette tâche la société de masse nous entrave bien moins que la bonne société cultivée.
- Société : dévalue les choses culturelles comme marchandises sociales, mais ne les « consomme » pas.
- Société de masse : ne veut pas la culture, mais des loisirs. Occuper le temps libre.
Nous avons de plus en plus de temps libre. Le loisir est un métabolisme qui se nourrit des choses en les dévorant. On ne peut pas plus critiquer les loisirs que les pains de la boulangerie. Mais on assiste à un pillage de la culture par le loisir, qui le transforme pour qu’il soit consommable.
« Bien des grands auteurs du passé ont survécu à des siècles d’oubli et d’abandon, mais c’est encore une question pendante de savoir s’ils seront capables de survivre à une version divertissante de ce qu’ils ont à dire. »
Monde vs homme
La culture concerne les objets et est un phénomène du monde ; le loisir concerne les gens et est un phénomène de la vie. Le caractère durable est l'opposé du caractère fonctionnel.
La culture est menacée quand les objets sont traités « comme s’ils n’étaient là que pour satisfaire quelque besoin », élevé ou inférieur, peu importe. Leur beauté transcende tout besoin, et les fait durer à travers les siècles.
L'œuvre d’art est délibérément écartée de l’usage (consommation, utilisation) ; elle est produite pour le monde, non pour les hommes. Seules les œuvres d’art sont faites avec pour unique but l’apparaître.
Oublier les intérêts pour juger esthétiquement : joie désintéressée. Il ne s'agit pas d'une culture de masse qui à proprement parler n’existe pas, mais d'un loisir de masse qui se nourrit des objets culturels du monde. L’attitude d’une telle société implique la ruine de tout ce à quoi elle touche ; il n'y a donc pas de progrès pour une telle société.
II. Culture et politique
Culture : cultiver, demeurer, prendre soin, entretenir, préserver ; rendre la nature habitable. C'est un tendre souci, et non une volonté de soumettre la nature à la domination de l’homme.
La politique limite l’esthétique chez les Grecs, elle domine la culture et fixe les limites de l’amour de la sagesse et de la beauté (philosophie et art). Le danger de la philosophie est la mollesse, la vertu de l’esthète est le savoir-viser, savoir-juger : le goût. Serait-ce que le goût compte parmi les facultés politiques ?
L'amour du beau et la culture de l’esprit s'opposent à l'art du paysan et de l’artisan. En Grec, philistin se disait banausos : mentalité utilitaire. L’artiste pouvait être un banausos. Méfiance envers les artistes car la production des choses n’est pas une activité politique.
La fabrication, mais non l’action ou la parole, implique toujours des moyens et des fins. La Grèce a gardé le conflit vivant entre art et politique. Aujourd’hui les actions, y compris politiques, sont pensées en termes de moyens et fins.
Depuis, il y a eu un renversement. Aujourd'hui c’est plutôt dans la fabrication artistique que se trouve la critique de l’homme d’action. C'est pourquoi il y a conflit entre l’art et la société : l’artiste s’isole pour créer de la nouveauté, contrairement à l'homme politique. Cet isolement s’applique à l’action de l'artiste mais non aux choses : les œuvres sont exposées.
« Sans la beauté, c’est-à-dire sans la gloire radieuse par laquelle une immortalité potentielle est rendue manifeste dans le monde humain, toute vie d’homme serait futile, et nulle grandeur durable. »
Ce qui médiatise le conflit entre l’artiste et l’homme d’action est la cultura animi, la culture de l'âme. Le philosophe contemple, il est désintéressé ; ce qui le rend libre et bon juge.
La faculté de juger (le goût) implique une activité politique, plutôt que purement théorique. Depuis Socrate, la morale est fondée sur l'accord avec soi-même. A cela le principe de Kant (principe d'universalisation : est beau ce qui est susceptible d'être jugé tel par tous) ajoute l'accord avec autrui.
- Faculté de juger = savoir voir les choses non seulement d’un point de vue personnel, mais dans la perspective de tous ceux qui se trouvent présents. Jugement = faculté fondamentale de l’homme comme être politique. Cette faculté est la phronesis, ou perspicacité.
- Prend racine dans le sens commun (≠ pensée spéculative qui le transcende constamment)
- Cette faculté révèle la nature du monde dans la mesure où il est un monde commun
- Désintérêt : signifie que ni les intérêts vitaux ni les intérêts moraux ne sont en jeu : c’est le monde qui est premier et non l’homme.
- Culture et politique : ce n’est pas le savoir qui est en jeu, mais la persuasion, le jugement et la décision.
- Les gens se sentent en communion lorsqu’ils se découvrent une parenté en matière de goûts
- Le goût est la faculté politique qui humanise le beau et crée une culture.
Humanisme de Cicéron : ni la vérité ni la beauté ne sont absolues. L’humaniste, parce qu’il n’est pas un spécialiste, exerce une faculté de jugement qui est au-delà de la contrainte que chaque spécialité fait peser sur nous. Cicéron refuse d’être contraint, même par la beauté ou la vérité. Il confère une grande valeur à la liberté.
