Compression thoracique



Cet article fait partie de la série
Premiers secours
Avertissement :
rien ne saura remplacer une formation par un organisme agréé.
Les premiers secours sont avant tout une démarche et un état d'esprit plus qu'un ensemble de techniques.
Avant l'accident
Prévention
Se former
Trousse de secours
Éléments de droit
En cas d'accident, de malaise
Analyser le danger et le supprimer
Examen de la victime
Gestes de première urgence
Prevenir les secours
Attendre les secours
Cas particulier de la route
Secours organisés
Secourisme et Prompt secours
Secours paramédicaux
Voir aussi
Sapeur-pompier
Aide médicale urgente
Méta
Projet premiers secours


La compression thoracique est un geste de premiers secours qui se pratique dans deux circonstances :

Dans le deuxième cas, on parlait auparavant de massage cardiaque externe (MCE) ; ce terme a été abandonné car à aucun moment le cœur n'est comprimé.

Cette technique n'est pas une fin en soi mais s'inscrit dans une logique de premiers secours : protection-bilan-alerte des secours-geste de premiers secours.

Le risque de cet technique est de fracturer des côtes de la victime, mais ce risque est négligeable par rapport à la situation (mort certaine de la victime si l'on ne fait rien). On peut s'entraîner à cette technique sur un mannequin prévu à cet effet, contacter les associations de secourisme pour l'apprendre.

Sommaire

Description de la technique

Image manquante
RCP2.jpg
Entraînement aux compressions thoraciques sur un mannequin

Position des mains

La technique consiste à appuyer avec le talon de la main (partie de la main rattachée au poignet) sur le milieu de la poitrine. Il y a un os, le sternum, auquel s'attache les côtes. Si l'on touche cet os, on s'aperçoit que

La partie à comprimer est la lame du sabre. En effet, le manche du sabre est fortement attaché à des os (les clavicules) et offre une résistance importante ; de plus, on peut constater lorsqu'on le frappe que le son résonne (on le nomme parfois également « os de King Kong »), la partie sous-jacente offre donc une résistance trop importante.

La lame du sabre, au contraire, est située au-dessus d'une partie molle et comprenant de nombreux vaisseaux sanguins, comme une sorte d'éponge ; la compression de cette partie est donc aisée, elle provoque une surpression suffisante dans les poumons et par conséquent un mouvement d'une quantité suffisante de sang. Par ailleurs, son bombement vers l'intérieur permet de placer le talon de la main.

Position de la victime

La victime doit être placée plat-dos sur une surface dure, en général à même le sol : sur une surface molle comme un lit, l'appui serait inefficace (on comprime le matelas, pas la poitrine).

En milieu hospitalier, certains lits ont un matelas pneumatique pour éviter les escarres et possèdent une valve permettant le dégonflage d'urgence, ce qui permet de transformer le lit en plan dur, sinon, il est possible de positionner une planche dorsale courte sous le tronc du patient ; dans les deux cas, l'efficacité est maximale si la personne effectuant les compressions thoraciques est à genou sur le lit [1]

Position du sauveteur

Le sauveteur doit être placé bien à l'aplomb au-dessus du point d'appui, bras tendu, afin d'être sûr d'appuyer vers le bas.

Entre 1991 et 2001, on a recommandé en France de mettre le bras de la victime à angle droit, et que le sauveteur chevauche le bras : ainsi, le sauveteur était plus proche du corps (ce qui permet une meilleure verticalité), et le bras constitue un repère permettant de passer facilement des compressions thoraciques au bouche-à-bouche.

Depuis 2001, on recommande au contraire de mettre le bras le long du corps : ainsi, en cas de mise en œuvre d'un défibrillateur semi-automatique ou automatique externe, le sauveteur risque moins de toucher la victime (ce qui poserait des problèmes lors de l'analyse, ainsi qu'un risque de choc électrique pour le sauveteur).

Dans le cas d'un nourrisson, la surface dure est en général une table dans le cas de la réanimation cardio-pulmonaire, ou bien l'avant-bras du sauveteur dans le cas d'une désobstruction des voies aériennes.

Rythme de compression

Dans le cas de la réanimation cardio-pulmonaire, le rythme constitue un point important des compressions. Il faut s'attacher à faire des compressions régulières, à laisser la poitrine reprendre sa forme initiale entre deux compression, et à ce que le temps de relâchement soit égal au temps de compression. En effet, le relâchement de la poitrine permet le retour veineux, et donc le remplissage du cœur, capital pour la bonne circulation.

Le rythme de massage doit être suffisant pour faire circuler le sang, mais pas trop rapide sinon la circulation n'est pas efficace (on crée des turbulences qui s'opposent à l'écoulement du sang).

Le fait d'adopter un rythme régulier permet aussi d'avoir des mouvements fluides, ce qui réduite le risque de fracture de côtes.

On conseille pour cela de compter à voix haute : « un-et-deux-et-trois-… », les « et » correspondant au temps de relâchement.

Les recommandations européennes [2] indiquent qu'un cycle compression-relâchement doit durer 0,6 secondes (on fait donc 15 cycles en 12 secondes) ; cela représente une fréquence de 100 compressions par minute, mais les cycles de compression étant interrompus par des insufflations, il n'y a en fait que 75 à 80 compressions thoraciques en une minute.

Cette fréquence est un des points critiques de l'efficacité circulatoire :

Compression thoracique sur un adulte ou un enfant de plus de huit ans

Image manquante
CPR-positionning.jpg
Placement de la main avant la CPR. La main se place, chez un adulte à deux doigts en haut du plexus solaire.
Image manquante
CPR.jpg
Position pour la CPR. Les bras sont maintenus tendus, les compressions viennent du mouvementdes épaules.

Le sauveteur se place à genou à côté de la victime, au niveau de la poitrine, le plus proche du corps de celle-ci.

Le sternum se trouve au milieu de la poitrine. S'agissant d'une partie large et dure, elle peut se sentir facilement même au travers de vêtements. En posant ses doigts sur le sternum et en les faisant glisser vers les pieds ou la tête, on repère facilement ses extrémités (parties molles, creux). À partir de là, on peut repérer la zone d'appui de deux manières :

  1. le sauveteur place le majeur de chaque main à une extrémité du sternum ;
  2. les pouces des deux mains se joignent et viennent délimiter le milieu du sternum ;
  3. la main la plus proche de la tête de la victime reste en place ; le talon de la main la plus proche des pieds de la victime vient se placer contre le pouce de l'autre main, du côté des pieds.

Une fois la première main positionnée, la deuxième vient se placer par-dessus. Il est important que seul le talon de la main touche la poitrine ; les doigts doivent être relevés.

Puis, le sauveteur se place bien verticalement au-dessus de la poitrine, les bras tendus et coudes verrouillés. Il appuie progressivement et sans à-coup avec le poids de son corps afin d'enfoncer la poitrine de 4 à 5 cm ; puis, il se redresse afin que la poitrine reprenne son volume normal. Un cycle compression-relâchement dure environ 0,6 seconde, la compression dure autant de temps que le relâchement.

Compression thoracique sur un enfant entre un et huit ans

Sur un enfant de un à huit ans, la compression se fait avec un seul bras tendu, afin de limiter la force exercée. La poitrine doit s'enfoncer de 3 à 4 cm.

Compression thoracique sur un nourrisson de moins d'un an

Sur un nourrisson, l'appui se fait avec deux doigts, la poitrine devant s'enfoncer de 2 à 3 cm. Les deux doigts se placent à une distance d'un doigt sous la ligne imaginaire joignant les deux mamelons.

Dans le cas d'une obstruction totale des voies aériennes, cette technique fait suite à la méthode de Moffenson ; le sauveteur est alors assis et le nourrisson est à plat ventre à cheval sur l'avant-bras du sauveteur. Le sauveteur place l'autre bras contre le dos du nourrisson, maintient la tête avec sa main, puis retourne le nourrisson ; celui-ci se retrouve à plat-dos sur l'avant-bras du sauveteur. L'avant-bras s'appuie sur la cuisse.

Dans le cas d'une réanimation cardiopulmonaire, les compressions font suite à une insufflation ; le nourrisson est alors plat-dos sur une table. La main qui tient la tête en position neutre reste en place, et c'est la main qui était sous le menton qui vient se placer sur le sternum.

Systèmes mécaniques

Des systèmes mécaniques ont été développés pour essayer de remplacer l'action de la main. Le premier était sous la forme d'une roue excentrée assurant une compression cyclique sur le sternum. Ce système a été abandonné.

À partir du milieu des années 1990 est apparue la cardiopompe (Ambu® Cardio-pump) : il s'agit d'une ventouse que l'on colle sur la poitrine, et munie de poignées. Si le bénéfice en matière de circulation a été prouvé, peu d'études ont en revanche prouvé un meilleur taux de survie, et l'efficacité du dispositif est contestée (il n'est toutefois pas néfaste). Après un engouement pour ce dispositif prometteur, de nombreux organismes cessent de l'utiliser.

Un système similaire a été inventé et permettant de faire des contre-compression abdominales : le LifeStick™ Ressuscitator [1]. Il comprend deux parties adhésives, une allant sur la poitrine et l'autre sur l'abdomen, reliées par un balancier muni de deux poignées.

De nouveaux systèmes sont apparus dans les années 2000 [5] :

Autres techniques associées

D'autres techniques ont été essayées par des équipes médicales en association avec les compressions thoraciques. Par exemple, le fait d'effectuer des compressions abdominales à contre-temps des compressions thoraciques pour améliorer le retour veineux ; cela ne peut se faire que sur un patient intubé en raison des risques de régurgitation (syndrome de Mendelson), et est au final peu pratiqué, sans doute en raison d'un manque de bénéfice flagrant.

Dans certains cas, les équipes médicales pratiquent des massages des membres pour assurer une circulation jusqu'aux extrémités : en effet, le sang circulant mal, une des complications possibles en cas de survie est l'amputation d'extrémités. Ceci ne peut se concevoir qu'avec une équipe importante, et donc exclusivement en bloc opératoire. On pourrait objecter que plus le sang va vers les extrémités, moins il va vers le myocarde et le cerveau.

Bibliographie

[1] PY. Gueugniaud (Lyon), P. Plaisance (Montréal), M. Vranckx, B. Huart, B. Atanasova, F. Duwe, A. Farhat, J. Thomas (Nivelles), Massage cardiaque externe dans un lit d'hôpital : une planche est-elle utile ?, communication du congrès Urgence de la SFMU 2004 [5]

[2] European Resuscitation Council Guidelines 2000 for Adult Basic Life Support, p4 [6]

[3] B.S. Abella et coll. : Chest compression rates during cardiopulmonary resuscitation are suboptimal. A prospective study during in-hospital cardiac arrest., Circulation n°111 (2005), pp 428-434

[4] Dr J. Hascoët (service médical BSPP), Secourisme revue n°149 (avril 2005), éd. Association des instructeurs et moniteurs de secourisme (Anims)

[5] ,L. Wik, Automatic and manual mechanical external chest compression devices for cardiopulmonary resuscitation, Ressuscitation volume 47, n°1, [(septembre]] 2000, pp7—25

Voir aussi

See also: Compression thoracique, 2000, 2004, 2005, Aide médicale urgente, Années 1990, Années 2000