Clavecin
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Le clavecin est un instrument de musique à cordes pincées et à clavier.
Il est souvent présenté, à tort, comme l’ancêtre du piano. Le clavecin précède bien chronologiquement le piano, mais les mécanismes de ces deux instruments sont très différents : le piano utilise des marteaux couverts de feutre qui frappent brièvement les cordes, alors que le clavecin utilise un plectre, (sorte de médiator qui pince la corde à la manière d’un harpiste). Si un instrument devait être décrit comme l’ancêtre du piano, il s’agirait plutôt du clavicorde, instrument à cordes frappées par des « tangentes » (dispositif qui existait aussi sur les premiers pianos, appelés alors pianoforte).
Le clavecin est joué par le claveciniste à l’aide d’un ou de plusieurs claviers (deux, rarement trois) qui, par un mécanisme précis, vont pincer les cordes afin de les faire vibrer. À la différence du piano, la force d'impact du doigt sur la touche n’a pas d’effet sur la puissance de la note.
Cet instrument qui fut l’un des plus prestigieux à l'époque baroque, a été largement délaissé et oublié pendant tout le XIXe siècle ; il réapparaitra progressivement pendant le XXe siècle.
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écouter le son d’un clavecin
| Sommaire |
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1.1 Généralités |
Description de l’instrument
Généralités
Le clavecin stricto sensu a grossièrement la forme d’un triangle rectangle affectant l'aspect d'une aile d'oiseau disposée horizontalement. Le ou les claviers sont placés sur le petit côté de l'angle droit. À gauche (du côté des notes basses), la caisse est rectiligne : cette paroi s'appelle l'échine. À droite (du côté des notes aiguës et constituant l'« hypoténuse »), la paroi est concave (c'est l'éclisse courbe) et elle rejoint l’échine par une queue ou pointe rectiligne ou convexe. On peut rapprocher cette forme de celle du piano à queue, le clavecin étant beaucoup moins massif et surtout moins large du fait de son étendue qui ne couvre guère plus de cinq octaves. Il est aussi beaucoup moins lourd car toute la structure est en bois, sans cadre métallique sauf dans les clavecins de la première partie du XXe siècle.
Clavecin_flamand.png
Les cordes, à raison d’une seule par note et par registre (à la différence du piano), sont fines, en fer, en laiton ou en cuivre, et disposées dans le sens de la plus grande longueur (du clavier vers la pointe). Les vibrations des cordes sont transmises à la table d'harmonie qui joue le rôle d’un résonateur et qui consiste en une lame de bois (épicéa ou cyprès) très fine (2, 3 millimètres ou guère plus) qui occupe presque toute la surface de l’instrument. Cette transmission se fait par l’intermédiaire du chevalet, pièce de bois dur en forme de « S » allongé, qui est collée sur la table d'harmonie et sur laquelle sont tendues les cordes.
On désigne les différent jeux de cordes par une « longueur » en nombre de pieds. En fait il s’agit de la taille du jeu d'orgue émettant un son de même hauteur. La taille la plus courante est de 8' (huit pieds), et beaucoup de clavecins n’ont qu’un ou deux jeux de 8'. Il existe aussi des jeux de 4', ainsi que (beaucoup plus rarement) des jeux de 2' et de 16'. La disposition dite « de Bach » avec jeux de 16, 8 et 4 pieds est en fait une invention du début du XXe siècle, car les instruments authentiques de la période baroque qui la présentent sont excessivement rares.
La forme du clavecin provient directement de la longueur des cordes, et si toutes étaient de même matière, de même section et soumises à la même tension, les pointes d’accroche seraient disposées suivant une courbe exponentielle : l'instrument serait très long. Pour pallier cela, on fait varier la matière et la section des cordes de l'aigu (cordes en fer de petit diamètre) vers le grave (cordes en cuivre de plus gros diamètre). L’augmentation du diamètre est encore plus rapide vers le grave, car c’est là que le problème de longueur devient important ; de ce fait, vers les graves, le chevallet est incurvé en sens inverse ou, chez le italiens, est fortement coudé.
Le clavecin est surmonté d'un couvercle en une ou deux parties articulées à l’échine, qui se soulève latéralement lorsqu’on en joue. Le couvercle est maintenu en position ouverte par une simple tige de bois non fixée à l’instrument (la béquille). Il est destiné à protéger de la poussière et des chocs la table d’harmonie et les cordes qui sont très fragiles. Par ailleurs, un panneau amovible (le portillon), peut venir enfermer complètement le clavier.
ClavecinDécor.jpg
Cette table d’harmonie est souvent percée, dans son angle droit, l’orifice circulaire est alors orné d’une rosace ouvragée en parchemin (clavecins italiens) ou en étain doré (clavecins flamands et français : elle porte alors la marque du facteur).
Chez les Flamands et les Français, la table d’harmonie est le plus souvent décorée de façon fastueuse de motifs floraux, d’insectes, d’oiseaux, etc. alors que les Italiens et les Anglais préfèrent le bois brut.
La décoration de la caisse diffère aussi selon les traditions :
- en Italie, on préfère les moulures, sculptures, gravures, peintures dorées ou non, avec incrustations de matériaux précieux (nacre, ivoire, pierres fines ...) ; les claviers sont en bois dur, tel que le buis, teinté ou non.
- en Flandre, on utilise des papiers peints avec arabesques et motifs géométriques pour l’intérieur, l’extérieur est souvent peint de façon assez fruste, imitation de marbre ou de ferronnerie ; l’intérieur du couvercle est souvent décoré de papier peint imitant le bois (!) avec des maximes en latin.
- en France, le clavecin est un élément important du décor des maisons nobles et bourgeoises : il est souvent décoré avec richesse et luxe, caisse et couvercles étant peints par de grands artistes, avec profusion de dorures ; les claviers sont souvent en ébène pour les marches, en os ou ivoire pour les feintes (à l’inverse du piano).
- en Angleterre, on privilégie l’ébénisterie, avec bois plus ou moins précieux et marqueterie raffinée.
- en Allemagne, les influences des autres pays se superposent ; en général, la pointe de l’instrument est arrondie, l’éclisse courbe prenant la forme d’un S allongé.
À l’époque baroque, mis à part les instruments anglais tardifs, le clavecin ne comporte pas de pédales. Si elles existent elles servent au changements de registres et autres mécanismes expressifs. Les clavecins français, pour cette fonction, utilisaient plutôt des genouillères. Les pédales ont été à l’honneur au début de la renaissance du clavecin vers 1900.
La couleur du clavier
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On associe volontiers le clavecin avec un clavier où les touches diatoniques sont noires et les chromatiques blanches (à l'inverse du piano). Cette pratique est surtout celle de l'école française. Beaucoup de clavecins flamands ayant ensuite été modifiés (ou ravalés) par les facteurs parisiens, cette caractéristique apparaît assez souvent dans ces instruments.
Dans les autres pays, il n’y avait guère de règle, et toutes les possibilités ont été exploitées. On trouve souvent des instruments anciens qui ont les touches de la même couleur que le piano, ou avec des touches de bois plus ou moins clair. Des matières précieuses telles que la nacre ou l'écaille ont aussi été utilisées.
Lorsque les touches chromatiques sont blanches, c’est seulement la partie supérieure qui reçoit un plaquage en ivoire ou en os. Les touches massives dans ces matières sont excessivement rares.
Les touches diatoniques sont, quant à elles, généralement ornées sur leur partie antérieure (bord vertical faisant face à l’instrumentiste) de frontons en bois dur artistiquement travaillés.
Le clavecin « moderne »
Les premiers clavecins qui ont été construits de la fin du XIXe siècle jusque dans la seconde moitié du XXe, s’ils ont en commun avec les anciens instruments un certain nombre d’éléments et de caractéristiques, en différaient beaucoup.
Harpsichord_1980.JPG
En effet, le principe même du clavecin le rend incapable de lutter à égalité avec un orchestre moderne comme peut le faire le piano. Sa sonorité délicate le mariait admirablement aux formations instrumentales beaucoup plus réduites de l’époque baroque, au cours de laquelle a été constitué l’essentiel de son répertoire.
De fait, la facture s’est aujourd’hui entièrement retournée vers les modèles et les techniques du passé, aidée par les travaux d’experts qui ont étudié les modèles anciens des collections publiques et privées.
Autres formes d’instruments
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Viriginal.jpg
On appelle aussi clavecin des instruments de forme différente mais de mécanisme analogue, généralement de plus petite taille : cette famille comprend notamment les épinettes, rectangulaire, pentagonale ou courbe, le virginal, le muselaar, l’ottavino, le clavicytherium. La forme rectangulaire, dont la plus grande longueur est parallèle au clavier est celle de nombreux instruments archaïques et de faible étendue (quatre octaves, voire moins). Les cordes sont alors grossièrement parallèles au clavier, d’ou une sonorité différente, et, par leur faible étendue, leurs claviers particuliers (octaves « courtes » ou touches dédoublées correspondant à plusieurs notes distinctes) ces instruments ne sont adaptés qu’à l’exécution des œuvres les plus anciennes : particulièrement celles des virginalistes anglais. De manière très générale, tous ces instruments n’ont qu’un seul clavier et un seul registre. Beaucoup n’avaient pas de piétement : ils étaient simplement posés sur une table ou tout autre support.
On ne doit confondre le clavecin ni avec le clavicorde, ni avec le forte-piano (ou piano-forte) dont le mécanisme sonore est différent car les cordes sont frappées et non pincées).
Tous ces instruments étaient d’ailleurs fabriqués par les même artisans.
Curiosités et/ou monstruosités
L'imagination débordante de certains facteurs a donné naissance à nombre d’instruments extraordinaires, produits à peu d’exemplaires dont, souvent, aucun ne subsiste :
- « Geigenwerk » (Allemagne, XVIIe siècle) : les cordes ne sont pas grattées mais frottées par des roues, sortes d'archets cylindriques rotatifs actionnés par une pédale, analogues à celui de la vielle à roue ;
- Le clavicithérium (clavecin vertical) : la queue du clavecin est verticale, les sauteraux horizontaux sont actionnés par un système de renvoi articulé - on gagne de la surface au sol, mais le plafond doit être haut !
- «Moeder en kind» (Mère et Enfant, Flandres, XVIIe siècle) : une petite épinette peut se ranger dans une plus grande ou se superposer à celle-ci pour jouer ensemble ;
- Clavecin imbriqué avec un muselaar prenant place au niveau de l’éclisse courbe (Flandres, XVIIe siècle) ;
- « Spinettone de teatro » (Cristofori, Italie, XVIIIe siècle) : Clavecin avec queue très en biais pour limiter l’encombrement dans les fosses d'orchestre ;
- « Double virginal » (Cristofori, Italie, XVIIIe siècle) : avec jeux de cordes entrecroisées ;
- « Vis-à-vis » (Allemagne, XVIIIe siècle) : un clavecin et un piano-forte se font face, imbriqués dans un même énorme meuble ;
- Clavecin à pédale ;
- Claviorganum (à la fois clavecin et orgue) ;
- Clavecin « brisé » en trois parties pouvant être transportées séparément (France, XVIIIe siècle) ;
Le mécanisme du clavecin
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L'élément principal du mécanisme du clavecin est une lamelle de bois dur appelée « sautereau » qui repose verticalement sur l’extrémité de la touche opposée au clavier. Lorsque le claveciniste appuie sur la touche, le sautereau se soulève par effet de levier, ce qui va permettre de « pincer » la corde correspondante. À l’extrémité supérieure du sautereau se trouve une petite languette de bois dur articulée de façon élastique sur le sautereau et munie du « bec » ou « plectre » (en plume de corbeau, en cuir ou en plastique) qui soulève la corde. Lorsque le sautereau continue à s’élever, le bec se courbe progressivement puis finit par « lâcher » la corde ainsi mise en vibration. Lorsqu'on cesse d'appuyer sur la touche, le sautereau retombe et le bec passe sous la corde, mais sans bruit (ou presque) par la conception de l'articulation de la languette et du sautereau. La languette s’escamote vers l’arrière, et revient ensuite à sa place grâce à un léger ressort en soie de [[sanglier]. Un étouffoir en feutre vient reposer sur la corde pour faire cesser le son dès que le sautereau est en position basse.
Mécanisme_de_clavecin.PNG
Lorsque l'instrument possède deux claviers, deux dispositifs différents permettent d’actionner le même sautereau à partir des deux claviers :
- l’accouplement à tiroir (dispositif à la française) : en faisant glisser légèrement un des claviers vers l’avant ou l’arrière, des ergots verticaux placés à l’extrémité des touches inférieures viennent en butée contre les touches supérieures ; lorsqu’on frappe une touche inférieure quelconque, la touche supérieure s’abaisse également (mais pas l’inverse)
- le sautereau en « jambe de chien » dog leg (dispositif à l'anglaise) : les sautereaux sont crantés, et peuvent être soulevés, soit par la touche inférieure, soit par la touche supérieure.
Ces deux dispositifs, dont l’utilité musicale est différente, n’apparaissent jamais simultanément sur le même instrument.
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Clavecin_dogleg.jpg
Le mécanisme du clavecin n’autorise pas de variations d'amplitude sonore par variation de la force appliquée à la touche par l’exécutant, contrairement au piano : les seules possibilités sont le changement, la combinaison ou l’accouplement de registres. Cet instrument est particulièrement adapté à l’exécution de la musique baroque (en soliste, concertiste ou élément du continuo) et son déclin coïncide historiquement avec le passage à la période dite « classique » (celle de Haydn, de Mozart, de Beethoven). Quelques dispositifs furent essayés en Angleterre, au XVIIIe siècle, pour varier le volume du son (entre autres des persiennes à ouverture progressive) : ces essais n’eurent guère de succès.
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Le clavecin dispose, comme l'orgue, de « registres » (au nombre de 1 à 4, voire plus). À chaque registre correspond un jeu de sautereaux, un jeu de cordes pouvant produire des sons différents et éventuellement un clavier distinct. Chaque registre peut être poussé ou tiré, afin de mettre en service ou hors service le jeu de sautereaux correspondants. Cette disposition rend le clavecin très adapté à la musique « baroque » ou le contrepoint est particulièrement important (chaque main peut jouer sur un clavier différent ses propres lignes mélodiques indépendantes, ce que ne permet pas le piano).
Il n'y a pas de corrélation directe entre le nombre de jeux (groupes de cordes), le nombre de registres et le nombre de claviers car :
- un même jeu peut être activé par plusieurs registres
- un même registre peut être activé par plusieurs claviers
- un même clavier peut activer plusieurs registres
toutes ces combinaisons donnent aux instruments les plus complexes une grande variété de timbres. C'est leur existence qui entraîna la mise au point, au XVIIIe siècle) des dispositifs destinés aux changements « automatiques » des facteurs français (par genouillères) et anglais (pédales).
Le toucher du clavecin
Le toucher du clavier et la technique de jeu sont très différents de ceux du piano, du fait de mécanismes aux caractéristiques éloignées :
- les touches actionnent un mécanisme très léger et très réactif ;
- elles s'enfoncent beaucoup moins que sur un piano ;
- la force d'appui ne joue pas sur l'intensité du son produit (elle est même plutot nuisible car elle provoque l'émission de bruits de chocs qui, bien que feutrés, sont audibles).
Il est possible, sur un piano, d'enfoncer complètement une touche sans produire de son. Ceci n'est pas possible sur le clavecin (si un registre est engagé).
L'instrument est particulièrement adapté à l'exécution des ornements - que sa sonorité délicate réclame d'ailleurs dans son répertoire privilégié, la musique baroque.
Tout ceci explique que, de nos jours, les artistes professionnels sont le plus souvent spécialisés dans l'un ou l'autre instrument.
Historique
Bien que l’existence du clavecin soit attestée par l'iconographie au moins jusqu'au XIVe siècle, le plus ancien instrument connu, un clavecin italien, date du début du XVIe siècle et, de manière surprenante, la facture en est quasiment accomplie : on ne peut donc faire que des hypothèses sur l'évolution antérieure de celle-ci, d’autant que les documents écrits manquent presque complètement jusqu'à l' Encyclopédie de Diderot.
L'instrument est peut-être originaire d'Italie ou de Bourgogne, que ces deux centres de facture aient été en communication ou se soient développés de façon indépendante. L’Italie sera toujours, et de loin le siège de la plus importante production, avec une facture très typée qui demeure la même pendant trois siècles.
L’âge d’or
La grande époque du clavecin s’étend sur les XVIIe et XVIIIe siècles.
On distingue en général cinq « écoles » nationales pour la facture:
- Italie (centres principaux : Venise, Milan, Florence, Rome, Naples, ...).
- Flandres (Anvers avec la plus célèbre famille de facteurs: les Ruckers).
- France principalement à Paris : les Denis, Blanchet, Taskin, Hemsch ...).
- Angleterre, essentiellement à Londres (Shudi, Kirckmann, ...).
- Allemagne à Hambourg (Hass, Zell), Berlin (Mietke), Dresde (Gräbner)...).
Il s’est produit peu de clavecins en dehors de ces régions. Quelques instruments ibériques (portugais, espagnols) subsistent, qui dénotent une forte influence italienne, mais la production a toujours été très réduite.
- Les facteurs français du XVIIIe siècle se sont fait une spécialité du ravalement de clavecin flamands, particulièrement des Rückers. En effet cette signature était synonyme de qualité sonore exceptionnelle et de prix exorbitant : elle donna lieu aussi à des contrefaçons.
- Le ravalement pouvait prendre plusieurs formes :
- petit ravalement : extension du nombre de touches du clavier, transformation d’un clavier transpositeur en clavier harmonique, sans modifier la caisse ;
- grand ravalement : élargissement de la caisse et de la table d’harmonie, augmentation du nombre de claviers, etc. le grand ravalement était un travail d’expert.
- Les œuvres écrites sont pour l’instrument seul, pour les concerti, pour la basse continue, ou en accompagnement des récitatifs d’opéras.
- À la fin du XVIIIe siècle, le clavecin est considéré comme un instrument démodé, souvent relégué comme objet décoratif; il est délaissé par les compositeurs, la fabrication est ralentie alors que le piano-forte est apparu, mis au point par le célèbre facteur italien Bartolomeo Cristofori.
- Le dernier clavecin « antique » est un Kirckmann fabriqué à Londres en 1809.
Le renouveau
Il faut attendre 1889 (Exposition Universelle de Paris) pour le voir réapparaître, fabriqué par Pleyel et Erard (avec des caractéristiques très différentes).
Au début du XXe siècle, la pianiste virtuose Wanda Landowska va œuvrer pour le renouveau de l’instrument en s’y consacrant de façon exclusive : elle interprète sur un instrument spécialement conçu et construit pour elle par Pleyel les œuvres de Bach, Couperin, Rameau, Scarlatti, ... et forme de nombreux disciples (parmi ceux-ci : Ralph Kirkpatrick, Rafael Puyana).
La tradition de la facture classique s'est perdue depuis le XVIIIe siècle : les nouveaux clavecins font l’objet d’une conception nouvelle, et l’on croit bien faire en s’inspirant beaucoup de celle du piano : cadre métallique, cordes sous forte tension, becs en cuir durci, registres à déplacement variable, multiples pédales pour changer de registre ou varier l’expressivité, multiples vis d'ajustement, clefs d'accord doublées, etc. donnent à l'instrument redécouvert une physionomie toute autre que celle de ses lointains prédécesseurs. Le son en est différent, beaucoup plus métallique, et, chose plus surprenante, d’une faiblesse qui surprend et pourrait justifier a posteriori l’abandon de l’instrument à la fin de l’époque baroque. Le clavecin ainsi « falsifié » ne supporte guère la comparaison avec le piano, ni la confrontation avec l'orchestre ...
Les compositeurs redécouvrent pourtant l’instrument: de Falla (Le concerto pour clavecin) ou Poulenc (Concert champêtre pour clavecin et orchestre).
Dès les années 1950 Gustav Leonhardt, organiste, claveciniste et pédagogue, va susciter une nouvelle vague dans l’approche, la lecture et l’interprétation de la musique ancienne. Il va, avec ses nombreux élèves, ses disciples, et bien au-delà du seul clavecin, susciter un engouement pour les techniques anciennes d’interprétations et de facture.
Un retour progressif à la facture traditionnelle s’opére en effet après la Seconde Guerre mondiale, sous l’impulsion de quelques facteurs enthousiastes, en particulier : Hugh Gough en Angleterre, Franck Hubbard et William Dowd aux États-Unis, Martin Skowroneck en Allemagne. On réalise que les facteurs de la grande époque avaient mis au point un instrument presque parfait qu’il suffisait de reproduire pour retrouver les qualités sonores de jadis. Ce retour à la facture traditionnelle est parallèle à la redécouverte des techniques de jeu du passé, par l’étude des traités du XVIIe et XVIIIe siècles, et manifeste une recherche d’authenticité qui n’est d’ailleurs pas spécifique au clavecin.
Aujourd’hui, de nombreux facteurs produisent des clavecins « à l’antique » de grande qualité. Certains fabricants proprosent même des kits permettant à l’amateur passionné de construire (avec beaucoup d’habileté, de soin et de patience ...) son propre instrument.
Le clavecin a retrouvé depuis le dernier quart du XXe siècle sa place privilégiée dans l’interprétation de la musique baroque, comme instrument soliste, concertant ou assumant le continuo. Il a pratiquement éliminé le piano moderne de ce domaine, car ses caractéristiques sont beaucoup plus appropriées à l’interprétation d’une musique qui a été conçue pour lui (seul le double-clavier permet d’exécuter exactement certaines œuvres contrapuntinques, les ornements sont beaucoupl plus faciles à pratiquer du fait de son mécanisme très léger).
Les compositeurs contemporains tels Ligeti, Xenakis ou Gorecki vont aussi composer pour l’instrument.
La facture : caractéristiques générales
En ce qui concerne la facture, on distingue souvent cinq « écoles » nationales bien caractérisées, même si de nombreuses variantes existent, et si les facteurs les plus talentueux ont toujours fauit preuve d’imagination et d’ingéniosité. Les caractères indiqués ci-après ne décrivent que des tendnces générales, qui sont sujettes à de nombreuses exceptions.
Formes_de_clavecins.PNG
La facture italienne
Du XVIe au XVIIIe siècle, l’Italie a été le plus important centre de fabrication de clavecins de toute l’Europe. Les instruments en sont très caractérisés ; leur son typé et leur attaque précise les destine tout particulièrement à la réalisation de la basse continue. D’ailleurs peu d’artistes italiens se sont consacrés exclusivment à cet instrument.
Le clavecin italien le plus typique a une caisse extrèmement légère formée de parois minces en cyprès, dont la construction évoque la lutherie. Cet instrument fragile n’est pas décoré ; il est contenu dans une caisse extérieure solide, de caractère utilitaire à l’origine, et qui prendra au cours des temps une fonction décorative de plus en plus importante. Les instruments plus tardifs ont souvent des parois plus épaisses, mais ils s’efforcent de conserver la même apparence de structure. La table d’harmonie est découpée à la forme du fond, que les éclisses entourent, et à partir duquel on construit l’instrument.
Clavecin_italien.jpg
Très généralement, il n’y a qu’un seul clavier, actionnant deux jeux de 8 pieds, les registres n’étant pas mobiles ; ils sont parfois disposés obliquement (non parallèles au clavier). Ce clavier est proéminent par rapport à la caisse. La mesure des cordes (en laiton)est courte, et la progression de leurs longueurs vers le grave sans variation de diamètre donne à l’instrument une forme très allongée, avec une éclisse courbe très incurvée. C’est dans la partie la plus grave que les diamètres de cordes sont augmentés, ce qui s’accompagne d’une pointe presque perpendiculaire à l’échine. Dans cette partie, le ou les chevalets ne sont pas courbes, mais anguleux.
En ce qui concerne la décoration :
- la caisse (ou la caisse externe) donne lieu à la plus grande variété décorative, misant principalement sur les matières et les reliefs. Les moulures très ouvragées participent à la solidité de l’instrument. Les plus somptueux mettent en œuvre la marqueterie, les sculptures,la dorure, les incrustations de matières précieuses, telles que nacre, écaille, ivoire, pierres fines, perles.
- la table d’harmonie est de bois brut ; elle est ornée d’une rosace de parchemin découpé, en plusieurs couches, selon des motifs géométriques parfois très complexes.
- le piétement, souvent constitué de trois pieds en colonnes plus ou moins travaillées est parfois une œuvre d’art à lui seul, parfois d’une exubérance époustouflante.
La facture flamande
La facture flamande représente le pôle opposé à la facture italienne. Les autres « écoles nationales » se rattachent à sa tradtion. Le plus grand nombre d’instruments conservés vient de la famille Ruckers, dont la production représente l’archétype de cette école.
Contrairement au clavecin italien, le clavecin flamand est un instrument solide, aux parois relativemetn épaisses ; la rigidité de la caisse est assurée, en outre, par des renforts internes disposés en éventail, plus ou moins perpendiculairement à l’éclisse courbe. Les flamands emploient des bois tels que le tilleul ou le peuplier. Les éclisses sont posées sur le fond (donc la table d’harmonie n’a pas la même surface que ce dernier) mais il est probable qu’en fait, on fixait le fond (par collage et clouage), une fois l’instrument terminé, sur la tranche inférieure des éclisses.
Le plus souvent, il n’y a qu’un seul clavier, actionnant deux jeux de 8 pieds ou de 4 et 8 pieds, avec registres mobiles disposés parallèlement au clavier. Ce clavier est enfoncé dans la caisse. La mesure des cordes (en acier ou laiton) est assez longue, et la progression de leurs longueurs vers le grave est accompagnée d’une variation de diamètre qui permet d’avoir un instrument assez compact, avec une éclisse courbe peu incurvée. Les chevalets sont incurvés en forme de « S ». Les instruments à deux claviers en état d’origine sont transpositeurs (claviers décalés, sans accouplement).
La table d’harmonie a une épaisseur variable sur les bords, et un barrage assezrigide.
Le piétement est l’extrapolation de simples tréteaux : quatre pieds en chêne tourné et ciré, reliés par des traverses horizontales. Il était parfois étonnamment haut, car l’on pouvait jouer debout.
En ce qui concerne la décoration :
- la caisse est peinte de façon à imiter le marbre ou des motifs de ferronnerie. Il n’y a pas de moulures, sauf celles prises dans la masse en haut des éclisses, ni de motifs en relief. L’intérieur est garni de papiers décoratifs imprimés avec arabesques, dauphins stylisés, etc. Le couvercle, en une partie ou deux parties articulées, porte souvent une maxime en latin.
- la table d’harmonie est décorés de motifs floraux stéréotypés, et d’une rosace en étain doré portant la marque et les initiales du facteur
La facture française
Il existe une tradition française de la facture antérieure à la période d’extraordinaire engouement pour les clavecins flamands qui la fit évoluer de façon décisive. Cette manière ancienne est d’ailleurs beaucoup plus proche des flamands que des italiens. La production française est presque entièrement concentrée à Paris, qui comptait presque cent facteurs au XVIIIe siècle. Quelques autres travaillent à Lyon, Toulouse ...
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Le clavecin français typique du XVIIIe siècle est un grand instrument à deux claviers dont la structure rappelle beaucoup celle des flamands. En effet, bien souvent, ces instruments sont issus de l’opération de ravalement qui consiste à transformer un ancien instrument pour le mettre au goût du jour. Il s’agit soit d’adjoindre un second clavier ou d’ajouter un accouplement, soit d’augmenter l’étendue du clavier, soit d’augmenter le nombre des registres, et éventuellement d’ajouterb des dispositifs de changement rapide.
La décoration est somptueuse, avec dorures, sculptures, peintures ; la table d’harmonie possède une décoration florale raffinée. L’interéieur du couvercle est souvent un véritable tableau.
La recherche d’expressivité a donné lieu, au XVIIIe siècles, à des innovationas telles que les genouillères pour changement rapide des registres, le plectre en peau de buffle, ...
Malgré la production importante, il subsiste relativement peu d’instruments français de la grande époque, à cause des destructions consécutives à la Révolution.
Les grands noms de la facture française :
- les Blanchet
- Henri Hemsch
- Pascal Taskin
La facture allemande
Les pays allemands n’ont pas été des centres de production importants. Il subsiste peu d’instruments anciens, et ceux-cin présentent une grande diversité. Les influences flamande et française sont très fortes.
Les instruments fabriqués en Allemagne méridionale sont d’aspect moins élaborés que ceux d’Allemagne du nord, parmi lesquels se distinguent particulièrement ceux du facteur hambourgeois Hieronymus Hass. Celui-ci a réalisé des instruments avec les jeux, rares, de 2 pieds et de 16 pieds. Son œuvre la plus exceptionnelle de complexité est un clavecin vraiment unique à 3 claviers, 5 jeux de cordes et 2 tables d’harmonie.
Les clavecins hambourgeois présentent souvent une éclisse doublement courbée dont la queue fait partie intégrante : cette forme est celle des instruments du début du XXe siècle ; elle ne se retrouve pas en Saxe ou en Allemagne méridionale, dont les instruments apparaissent moins massifs.
La facture anglaise
La facture anglaise est influencée par celle des Flandres. Il y a une production importante de virginals au XVIIe siècle, et d’épinettes courbes dont la taille inférieure ç celle du grand clavecin a favorisé la diffusion.
Un de ses traits distinctifs est l’utilisation, pour la caisse du chêne, plaqué de noyer puis d’acajou. Les facteurs les plus significatifs sont d’ailleurs des menuisiers et ébénistes d’origine continentale, Kirckmann (allemand) et Shudi - Tschudi - (suisse alémanique)
La table d’harmonie, dont l’épaisseur croît légèrement de l’aigu vers le grave, comporte une rosace mais n’est presque jamais décorée. Le piètement est des plus simples, souvent des pieds de section carrée.
Les facteurs anglais du XVIIIe siècle ont multiplié les dispositifs permettant d’agir sur l’expressivité : pédales pour le changement de registres, « machine-stop » permettant de préparer un changement complet et rapide de la registration, volets vénitiens placés au dessus de la table d’harmonie pour modifier le volume sonore.
Glossaire technique
La caisse
- la joue : petit côté latéral (droite) de la caisse
- l’échine : grand côté latéral (gauche) de la caisse
- l’éclisse courbe : partie concave de la caisse, à droite entre joue et pointe
- la queue ou pointe : paroi située à l’extrémité, reliant l’éclisse courbe et l’échine
- la barre de nom : paroi au-dessus du clavier, sur laquelle est inscrit le nom du facteur
- le sommier : poutre de bois massif, parallèle au clavier, sur laquelle sont collées la joue, l’échine, la barre de nom, qui supporte le(s) sillet(s) et ou sont fixées les chevilles d’accord.
- la fosse : espace entre le sommier et la table d’harmonie, permettant aux sautereaux d’atteindre les cordes
- la contre-sommière et la masse : deux pièces de bois plutôt massives opposées au sommier de l’autre côté de la fosse.
- le boudin : pièce de bois allongée placée sous la table d’harmonie, fixée à la caisse, épousant la forme du chevallet et destinée à contrer la pression exercée sur celui-ci par les cordes.
- le fond : planche de bois qui ferme le dessous de la caisse.
- le couvercle : planche de bois - en une seule partie ou deux parties articulées - qui recouvre le dessus de l’instrument et protège la table d’harmonie et les cordes. On le relève latéralement pour jouer.
- la béquille : baguette de bois qui maintient le couvercle ouvert quand on joue.
- le portillon : panneau vertical amovible permettant de dissimuler le clavier quand l’instrument est fermé.
- le piétement : sorte de tréteau sur lequel est posée la caisse.
Le mécanisme
- les marches : touches diatoniques.
- les feintes : touches chromatiques (dièses et bémols).
- le sautereau : baguette de bois mince et allongée posée verticalement sur l’extrémité arrière de la touche et assurant le pincement d’une corde à l’aide du bec.
- la languette : petite pièce de bois articulée sur le sautereau et supportant le bec - généralement en buis ou en houx.
- le bec ou plectre : élément en plume de corbeau, cuir ou plastique (Delrin ou Celcon) qui pince la corde sonore.
- la pointe de balancement est une tige métallique qui maintient la touche en place tout en lui permettant de pivoter pour soulever le sautereau.
- le chapiteau est une pièce de bois transversale garnie de feutre, placée au-dessus des rangs de sautereaux et qui limite leur course verticale.
- la genouillère : sorte de poussoir fixé sous le clavier ; au nombre de plusieurs sur les clavecins français du XVIIIe siècle, elles servent à manœuvrer les registres à l’aide du genou en laissant les mains libres pour le jeu.
Les éléments sonores
- les cordes, en fer, laiton ou cuivre
- la table d'harmonie : très mince panneau de bois qui, par résonance, amplifie le son produit par la vibration des cordes
- le barrage : plusieurs barres de bois collées sur la face interne de la table d’harmonie et destinées à en améliorer la qualité sonore.
- la rosace : élément purement décoratif fermant l’ouverture circulaire pratiquée dans certaines tables d’harmonie (en parchemin, bois, étain doré, etc.)
- le sillet : profilé en bois dur supportant les cordes sur le sommier ;
- le chevalet : profilé en bois dur supportant les cordes sur la table d’harmonie ;
- la pointe d’accroche : sorte de clou sur lequel est fixée une des extrémités de la corde, près de l’éclisse courbe
- la cheville d’accord : cheville métallique sur laquelle est fixée une des extrémités de la corde, sur le sommier. C’est par la cheville d’accord, qu’on tourne à l’aide d’une clef, qu’on règle la tension de la corde et donc la hauteur du son qu’elle émet ;
- les pointes de sillet et de chevalet sont des petites pointes sans tête qui servent à fixer la position des cordes à leur passage sur le sillet ou le chevalet.
Citation
« (Ces couplets sont assez bons) pour un piano-forte qui est un instrument de chaudronnier en comparaison du clavecin » (Voltaire)
Liens internes
La Musique de clavecin est l'objet d'un article spécifique
Instruments apparentés
Facteurs célèbres
- Ruckers
- Bartolomeo Cristofori
- Pascal Taskin
Liens externes (en anglais)
- Site sur le clavecin avec images
- Le son de différens clavecins
- Maximes latines inscrites sur les anciens instruments
Bibliographie
En francais
Le clavecin par Norbert Dufourcq (réed. 1981, PUF - « Que sais-je ? ») ISBN 2130368514. Rédaction ancienne, intéressante en ce qui concerne le répertoire.
Les clavecins par Claude Mercier-Ythier (1996, Paris, Expodif Editions ISBN 2876772450) Beau livre assez complet et abondamment illustré de belles photos et de schémas détaillées.
En anglais
Three Centuries of Harpsichord Making par Frank Hubbard (1967, Cambridge, MA: Harvard University Press; ISBN 0674888456) est chronologiquement le premier ouvrage de référence sur la facture historique du clavecin.
A history of the harpsichord par Edward L. Kottick (2003, Indiana University Press, ISBN 0253341663) Le point actuel des connaissances sur l'histoire de la facture de clavecin.
A guide to the harpsichord par Ann Bond (1997, AmadeusPress, ISBN 1574670638) « A most comprehensive guide to the harpsichord. - a must for all harpsichord students. »
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