Chevalier de La Barre
Biographie
François Jean Lefebvre, dit Chevalier de la Barre, issu d'une famille noble, né en 1746 au château à Férolles-en-Brie. Vers 16 ans il fut, ainsi que son frère Jean-Baptiste, envoyé à Abbeville chez sa tante Anne Marguerite Feydeau, abbesse de Willancourt. Parce qu'Abbeville était une ville pieuse et conservatrice, les deux fils de La Barre, d'esprit anticléricaux, furent mal vus dès leur arrivée.
François Jean sera impliqué dans deux affaires au départ distinctes : mutilation du crucifix du Pont-Neuf et perturbation d'une procession religieuse. Il aurait couru au sein de la procession et n'aurait pas ôté son chapeau.
Au départ, de La Barre n'était pas le seul accusé : il y avait notamment Gaillard d'Etallonde, neveu du Seigneur Belleval. Duval de Soicour, le lieutenant de police d'Abbeville, mènera l'enquête avec acharnement, n'hésitant pas à fournir de fausses accusations et de faux témoignages.
À travers cette affaire, apparaît l'ascension puis la chute sociale d’une famille, ainsi qu'un panorama peu reluisant du XVIIIe siècle : la justice est une machine infernale dans ses procédures et ses méthodes incluant toujours l'usage de la Question… Une justice où le Parlement et le Roi se livrent à une lutte pour légitimer leur pouvoir en invoquant le peuple, et voulant se montrer l’un et l’autre les meilleurs garants de la religion catholique.
Malgré le plaidoyer remarquable d'Henri Linguet (1736-1792), journaliste et avocat, les amis de l'abbesse de Willancourt déployèrent une défense inefficace devant le Parlement. Et la condamnation aux galères obtenue en première instance se transforma en condamnation à mort. François Jean fut exécuté le 1er Juillet 1766 à Abbeville. Il eut d’abord le poing et la langue coupés, puis il fut décapité et jeté au bûcher avec l’exemplaire du Dictionnaire Philosophique de Voltaire que la justice avait trouvé dans ses biens.
Voltaire, qui fut mis en cause dans cette affaire, écrivit deux textes sur cette tragédie : le Cri d'un Sang Innocent, et Relation de la mort du chevalier de La Barre. Il fut d'ailleurs condamné mais, étant en Suisse, échappa à la sentence. Voltaire fut mal informé durant cette affaire, et c'est Diderot qui le tiendra au courant des événements. Bien que le considérant innocent, Voltaire jugea comme fou mais innocent François-Jean Lefebvre et folle la posture prise par le chevalier de la Barre qui refusa la fuite lorsqu’il en était encore temps car celui-ci et son entourage pensait encore obtenir un appui de leurs relations pour résoudre cette affaire. Voltaire arrivera à utiliser ses relations pour innocenter Gaillard d'Etallonde, qui s’était enfui en Hollande, et le protégera en le faisant engager dans l'armée prussienne.
François Jean de la Barre fut réhabilité par la Convention en novembre 1791.
Pour en savoir plus
- Max Gallo, Que passe la justice du Roi : Vie et supplice du chevalier de La Barre, Robert Laffont, 1987.
