Cap Arcona

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Le « Cap Arcona »,
dans le port de Hambourg

Le Cap Arcona était un paquebot allemand de grand luxe, dont l'histoire est liée à l'une des plus grandes tragédies maritimes de la Seconde Guerre mondiale : en 1945, il est coulé par l’aviation britannique alors qu’il transporte des milliers de déportés sortis du camp de concentration de Neuengamme.

Sommaire

Fierté de la marine allemande

Ce bateau à vapeur rapide appartenait à la Hamburg-Südamerikanische Dampfschifffahrts Gesellschaft (entreprise de croisières entre Hambourg et l’Amérique du Sud). D’une longueur de 206 mètres, d’un tonnage de 27 500 tonnes et doté de cales profondes, il était considéré en 1927 comme l’un des plus beaux navires de son temps. Son nom, Cap Arcona, provient du Kap Arkona sur l’île allemande de Rügen (Mecklembourg-Poméranie occidentale). Ce vapeur servit aussi bien à des croisières de luxe qu’à l’émigration, principalement vers l’Amérique du Sud. Le 3 décembre 1928, à Rio de Janeiro, un hydravion transportant l’élite intellectuelle brésilienne et chargé d’accueillir Santos-Dumont, qui était à bord du Cap Arcona, s’échoua près du navire.

Réquisition par la Kriegsmarine

En 1940, le Cap Arcona fut transféré à la Kriegsmarine et resta à quai dans le port de Gotenhafen, baie de Danzig (mer Baltique), Prusse orientale. Fin 1944, il servit au transport de réfugiés de la Prusse orientale vers l’ouest.

Des prisons flottantes

Le 26 avril 1945, le Cap Arcona embarqua avec deux navires plus petits, le Thielbek et l'Athen, des déportés du camp de concentration de Neuengamme dans la baie de Lübeck avec comme objectifs de supprimer tous les témoins et d’effacer toutes les traces des crimes perpétrés par les SS dans ce camp et ses annexes.

La tragédie de Lübeck

Le 3 mai 1945, quatre jours après le suicide d’Hitler, le Cap Arcona, le liner de luxe allemand d’avant-guerre de 27 561 tonnes et de 206 mètres de long, le Thielbek (un cargo de 2 815 tonnes) l'Athen et le Deutschland (liner de 21 046 tonnes), ancrés dans la baie de Lübeck au large de Neustadt (Schleswig-Holstein) et Scharbeutz furent bombardés et coulés par des chasseurs-bombardiers Typhoons IB du Groupe 83 du Second Tactical Air Force de la RAF. Environ 7 000 à 8 000 déportés périrent noyés, les survivants nagèrent dans la mer Baltique glaciale puis furent mitraillés par les SS sur la plage.

À bord des deux premiers bateaux, plus de 7 500 déportés des camps de concentration de Neuengamme près de Hambourg et de Stutthof près de Danzig, dont une moitié étaient des prisonniers de guerre russes et polonais et d’autres français (résistants, réfractaires au STO, anciens STO, etc.), allemands (droit commun), danois, etc., ont été rapidement évacués de ces camps en face de l’avancée rapide des troupes britanniques. Arrivant dans le port de Lübeck, ils furent forcés de monter à bord de l'Athen (un cargo de 1 936 tonnes) pour être transférés dans le Cap Arcona dont le capitaine, Heinrich Bertram, refusa de les prendre à bord en protestant que son bateau ne pouvait en contenir que 700. Menacé de mise aux arrêts et d’exécution sommaire, il obéit et laissa 7 000 déportés être entassés par quelque 600 SS dans les cales profondes de son navire. Ces bateaux devaient être sortis en pleine mer puis sabordés, noyant tous ceux qui étaient à bord selon l’ordre d’Himmler indiquant à tous les commandants de camps de concentration qu’aucun déporté ne devait tomber vivant entre les mains de l'ennemi. Quand l'Athen eut finit son travail de transbordement, un groupe de déportés fut retransferré du Cap Arcona (qui était maintenant trop surpeuplé) à l'Athen. Le capitaine de ce dernier accostait alors son navire contre le quai de Neustadt et déployait un drapeau blanc, ce qui sauva 1 998 personnes. À une courte distance de là, le liner Deutschland était ancré et était en train d’être converti en navire-hôpital.
Tirant leurs roquettes, les Typhoons du 184 Squadron basé à Hustedt attaquèrent d’abord, touchant les trois bateaux. Les capitaines du Cap Arcona et du Thielbek firent déployer un drapeau blanc.
La seconde attaque vint du 198 Squadron basé à Plantlünne dirigé par le Group Captain Johnny Baldwin (le pilote qui avait dirigé l’attaque sur la voiture du staff de Rommel le 17 juillet 1944).
La troisième vint du 263 Squadron basé à Ahlhorn, l’escadrille attaqua le Deutschland et la quatrième attaque effectuée par le 197 Squadron basé aussi à Ahlhorn.
Le Deutschland, s’embrasa rapidement, la quille à l’air et coula quatre heures plus tard. Heureusement, il n’y avait aucun déporté à bord et l’équipage avait déserté le navire après la première attaque.
Le Cap Arcona, avec 4 650 déportés piégés en-dessous dans les cales profondes suffoquèrent dans la fumée et les flammes, le navire s’inclina sur un côté, fut en partie submergé et s’embrasa. Quelques-uns des déportés réussirent à s’en extraire et à se cramponner à la coque du navire, d’autres sautèrent dans la mer Baltique glaciale.
Le Thielbek se transforma en épave où l’incendie couvait et coula quarante-cinq minutes plus tard. Du Thielbek, sur 2 800 déportés seulement 50 furent sauvés.
Beaucoup de survivants, essayant de nager jusqu’à la plage, furent abattus dans l’eau par les mitrailleuses des Typhoons volant en rase-mottes et tournant autour des bateaux, d’autres par les unités de la SS, des Jeunesses hitlériennes, de l'infanterie de marine stationnées sur la plage. Les SS en barques épargnèrent uniquement ceux en uniforme SS, au moins 400. En tout, environ 8 000 personnes moururent dans cette tragédie (7 300 déportés et 600 SS), 314 déportés et 2 membres d’équipage furent sauvés. Les pilotes de la RAF ne savaient pas qu’il y avait des déportés à bord et ce n’est que beaucoup d’années plus tard, en fait en 1975, que certains apprirent qu’ils avaient massacré des déportés des camps de concentration. Pendant des semaines après le naufrage, les corps des victimes furent ramenés par le courant sur la plage, ils furent rassemblés et enterrés dans de simples fosses communes à Neustadt en Holstein. Et pendant presque trois décennies, des squelettes et des morceaux de squelette furent récupérés sur la plage, le dernier fut trouvé par un garçonnet âgé de douze ans en 1971. L’histoire de cette tragédie est dépeinte dans le musée du Cap Arcona de la ville de Neustadt ouvert en 1990.

Ces déportés étaient de 24 nationalités différentes : allemande, américaine, belge, canadienne, danoise, espagnole, estonienne, française, grecque, helvétique, hongroise, italienne, lettonienne, lituanienne, luxembourgeoise, néerlandaise, norvégienne, polonaise, roumaine, russe, tchécoslovaque, ukrainienne, yougoslave.

Ce naufrage fait partie, avec ceux du Wilhelm Gustloff et du Goya, qui eurent également lieu en 1945 dans la mer Baltique, des trois plus grandes pertes en vies humaines de l’histoire de la mer.

Bibliographie

Liens externes

Voir aussi

See also: Cap Arcona, 17 juillet, 1927, 1928, 1940, 1944, 1945, 1971