Bonheur

  1. La satisfaction du désir : désirs liés au corps, recherche des biens matériels, etc.
  2. La satisfaction du devoir : accomplissement du bien.
  3. La satisfaction du vrai : désir de connaissance.
  4. La satisfaction du beau : contemplation esthétique.

(On peut réunir les trois dernières catégories et distinguer simplement satisfactions physiques et psychique ou spirituelle) La satisfaction est le plus souvent le produit de plusieurs de ces satisfactions élémentaires.

  1. Si le bonheur est un état de satisfaction durable et entier,
  2. et si l'homme est un être doué de raison et affecté sensiblement,
  3. alors le bonheur n'est qu'un rêve de l'imagination.

Il est de ce fait plus facile d'étudier le malheur que le bonheur.

Le bonheur se distingue du plaisir, par la durée et parce que le plaisir concerne ce qui est agréable, et de la joie, en tant que cette dernière est un état plus dynamique que le bonheur. La félicité est un bonheur parfait.

Sommaire

Genèse

L'être humain, en tant qu'animal, dispose de deux moyens primitifs pour déterminer les rapports qu'il entretient avec le monde : le plaisir et la douleur. Par ces moyens, nous jugeons de l'utile, de l'agréable et de la souffrance et du nuisible. Avant de percevoir le monde comme objet d'analyse, nous le sentons donc comme un lieu de vie agréable ou menaçant. Nos émotions et nos passions, mis en forme par les valeurs de notre civilisation, découlent de ce rapport à partir duquel nous extrapolons ou imaginons l'idée de bonheur et l'idée de malheur.

Types philosophiques

La recherche du bonheur

L'eudémonisme antique

Les philosophes de l'Antiquité ont très tôt considéré que le bonheur est la fin ultime de la philosophie ; la recherche de la vérité et de la sagesse est surtout un moyen pour approcher le bonheur. Cette conception, qui fait du bonheur le souverain bien, s'appelle l'eudémonisme.

Bonheur de la vie contemplative

« Ceux qui trouvent du plaisir à s’exercer à la géométrie deviennent meilleurs géomètres... et il en va de même de ceux qui aiment la musique, l’architecture et les autres arts : ceux là progressent dans l’ouvrage qui leur est propre qui éprouvent du plaisir à l’exercer. » (Ethique à Nicomaque).

Le bonheur est donc l'expression d'une excellence, i.e. d'une vertu. Néanmoins le bonheur suprême reste celui qui accompagne l'activité de la raison, ce qui en fait un idéal quasi-surhumain :

« ce n'est pas en tant qu'homme qu'on vivra de cette façon, mais en tant que quelque élément divin est présent en nous » (Ethique à Nicomaque, X,7).

Sérénité de l'âme et du corps

« Lors donc que nous disons que le plaisir est la fin, nous ne parlons point des plaisirs des prodigues et des plaisirs de sensualité, comme le croient ceux qui nous ignorent, ou s'opposent à nous, ou nous entendent mal, mais nous parlons de l'absence de douleur physique et de l'ataraxie de l'âme. » (Épicure, Lettre à Ménécée). Voir l'article Désir.
« Tu espères que tu seras heureux dès que tu auras obtenu ce que tu désires. Tu te trompes. Tu ne seras pas plus tôt en possession, que tu auras mêmes inquiétudes, mêmes chagrins, mêmes dégoûts, mêmes craintes, mêmes désirs. Le bonheur ne consiste point à acquérir et à jouir, mais à ne pas désirer. Car il consiste à être libre. »
Ainsi, au contraire de l'épicurisme, le bonheur découle de la vertu.

Mise en cause de l'idéal du bonheur

Le pessimisme

On peut faire remarquer que la recherche du bonheur a un point de départ assez pessimiste : nous voulons le bonheur que nous n'avons pas, ou/et nous voulons fuir ce qui nous nuit. Il n'est donc pas étonnant que le bonheur complet soit si souvent lié à l'idée de perfection, attribut d'un dieu. Par conséquent le bonheur n'existe que sous la forme d'un but idéal et inaccessible. Dans les cas les plus extrêmes, par exemple pour ceux qui croient en un dieu parfait, le vrai bonheur n'existe que sous la forme d'une promesse : le bonheur n'est pas humain, il appartient à un être parfait, ou à la partie la plus divine de notre être, partie qui ne peut se satisfaire des réalités contingentes, illusoires. Le désir de l'homme serait d'être heureux, mais la satisfaction des aspirations humaines appartient à un autre que l'homme : au sage surhumain pour les Stoiciens, à l'âme immortelle dans certaines religions. Ce pessimisme est parfois radicalisé, comme on le voit chez ce philosophe désespéré, Hegesias, « ministre de la mort », qui enseigna que la vie ne vaut rien, qu'il faut mourir pour être heureux. Sa doctrine (aboutissement du Cyrénaïsme) entraîna de nombreux suicides...

Il y a enfin des philosophes qui remettent en cause le principe même du bonheur. Le raisonnement est le suivant : les moralistes estiment que les hommes font leur propre malheur ; mais ces hommes cherchent ce qu'ils croient leur être profitable. Or, ce qu'ils croient tel, ce sont les honneurs, les richesses, le pouvoir, le plaisir. Si l'on s'en tient à leurs comportements réels, les hommes ne cherchent pas le bonheur, mais la puissance. Cette quête peut être brutale et sanguinaire ; elle peut être aussi heureusement spirituelle : recherche du savoir, création artistique, quête religieuse. En bref, c'est la quête d'une haute culture, qui exige de grands sacrifices, et qui n'est pas toujours compatible avec le bonheur. On passe ainsi du problème du bonheur, peut-être un faux problème, au problème de notre destination, qu'on la conçoive d'un point de vue naturel ou d'un point de vue surnaturel. Cette thèse est soutenue par Kant : pour lui le bonheur existe, mais secondairement, non comme récompense ; et par Nietzsche, pour qui le bonheur n'est que la conséquence de la force et de sa maîtrise spirituelle. Le bonheur n'est donc pas un but.

Angoisse, existence et temps

Si le désir est un élément essentiel de l'être humain, alors le bonheur est un état toujours espéré, jamais atteint, car le désir est un manque, la marque de l'imperfection de notre existence, le signe de notre finitude.

L'ennui, le vide, l'insignifiance

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La mélancolie, Albrecht Dürer
Quand je me suis mis quelquefois à considérer les diverses agitations des hommes, et les périls et les peines où ils s'exposent, dans la cour, dans la guerre, d'où naissent tant de querelles, de passions, d'entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j'ai dit souvent que tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre.

Mais quand le repos est atteint péniblement, l'homme devient pour lui-même un enfer :

Rien n'est si insupportable à l'homme que d'être dans un plein repos, sans passions, sans affaires, sans divertissement, sans application. Il sent alors son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance, son impuissance, son vide. Incontinent il sortira du fond de son âme, l'ennui, la noirceur, la tristesse, le chagrin, le dépit, le desespoir.

Ainsi le bonheur n'appartient-il pas à la condition humaine, ni dans le repos, ni dans l'activité :

On doit donc reconnaître, que l'homme est si malheureux, qu'il s'ennuierait même sans aucune cause étrangère d'ennui par le propre état de sa condition naturelle : et il est avec cela si vain et si léger, qu'étant plein de mille causes essentielles d'ennui, la moindre bagatelle suffit pour le divertir. De sorte qu'à le considérer sérieusement, il est encore plus à plaindre de ce qu'il se peut divertir à des choses si frivoles et si basses, que de ce qu'il s'afflige de ses misères effectives ; et ses divertissements sont infiniment moins raisonnables que son ennui.

La mort

La mort, comme pensée de la disparition du moi, montre l'impossibilité d'un bonheur durable et d'une satisfaction entière. La mort nous fait nous demander : « à quoi bon ? », « pourquoi tout ce cirque ? », et finalement, « pourquoi ne pas en finir tout de suite ? » Certains philosophes conséquents ont ainsi pensé que le suicide était une bonne solution, sinon pour être heureux, du moins pour éviter le malheur.

Morale du devoir ou morale du bonheur ?

L'opposition du bonheur et du devoir est un lieu commun de la philosophie morale. La difficulté de cette opposition naît d'une conception dualiste de l'homme : d'une part, l'homme en tant qu'animal, qui trouve son bonheur dans la satisfaction de sa sensibilité ; d'autre part, l'homme en tant qu'être doué de raison, et qui doit obéir à ses commandements sans tenir compte de ses désirs.

Kant admet néanmoins que l'on ne saurait être moral si l'on est trop malheureux ; ce qui est pratiquement l'aveux que l'on ne fait le bien que dans le bonheur (ce point doit être particulièrement souligné, car on fait souvent de Kant un rigoriste).

Points de vue psychologiques

Bonheur et modernité

Quelques questions pour méditer

Bibliographie

Voir aussi

See also: Bonheur, Alain, Angoisse, Animal, Antiquité, Aristote, Arthur Schopenhauer, Ataraxie, Bouddhisme, Casuistique