Autorité
LA NOTION D’AUTORITÉ
En dépit de la richesse sémantique du mot autorité, il s’agira d’en retenir une énonciation unique. Ce faisant, on essaiera de déterminer ce qui peut moralement (ou idéalement) justifier l’autorité. Une définition sera proposée puis éclairée par une présentation étymologique.
I-DÉFINITION
L’autorité pourrait se définir comme une puissance exercée par une institution en raison et à raison des fonctions généralement reconnues à celle-ci.
Ajoutons quelques commentaires à cette définition.
1°) D’autres acceptions du mot sont possibles : Lorsque l’on dit d’une personne qu’elle a « de » l’autorité, cela signifie qu’elle a une aptitude à commander (ou à imposer son point de vue ou à se faire respecter), une propension à commander. Dans ce sens, l’individu qui aurait beaucoup ou trop d’autorité serait qualifiée d’autoritaire. En revanche, si l’on se réfère à la définition mise en exergue, on dira qu’elle a l’autorité ( le « de » étant à proscrire dans ce type de proposition) ou si l’on veut, qu’elle est autorisée à agir, à exercer sa puissance. 2°) La puissance, c’est la faculté d’influer notablement sur le déroulement d’une action, sur l’évolution d’une situation. 3°) Le terme institution est à prendre au sens organique mais pas nécessairement politique ou juridictionnel, l’institution pouvant par exemple, se concrétiser par un professeur ou les parents. L’institution se comprend en définitive, comme une entité intégrée à une organisation. L’entité « professeur » ipso facto, fait partie du système éducatif; l’entité « parents » est un élément constitutif du système « famille ». 4°) Par métonymie, l’autorité désigne souvent l’institution elle-même. 5°) La locution « en raison et à raison » est utilisée pour signifier la cause (en raison) et la limite (à raison).
On remarquera donc à quel point les mots autorité, puissance, institution et fonctions sont intimement liés. L’étymologie exprime également l’importance de la notion.
II-ÉLÉMENTS D’ÉTYMOLOGIE
Le mot autorité vient du latin auctoritas. Le Professeur Michel HUMBERT, dans son livre « Institutions politiques et sociales de l’antiquité » (Précis Dalloz) donne des informations très intéressantes au sujet de ce dernier mot. Seulement quelques fragments sont retranscrits ci-après.
« La notion d’auctoritas, essentielle en droit privé et en droit public romains, se rattache, par sa racine, au même groupe que augere (augmenter), augure (celui qui accroît l’autorité d’un acte par l’examen favorable des oiseaux), augustus (celui qui renforce par son charisme [...celui qui est porteur de l'auctoritas]). L’auctoritas exprime à son tour l'idée d'augmenter l'efficacité d'un acte juridique ou d'un droit.[...] De même le Sénat, grâce à son incomparable prestige, a la vertu d'augmenter la portée de tout acte pour lequel il a donné son accord (son auctoritas).[...] Aucune de ces décisions ne sera prise directement par le Sénat (il n'en a pas le pouvoir). Mais tous ces projets, enrichis de l’auctoritas du Sénat, sont assurés du succès.[...] Aucun acte politiquement significatif n'est mis à exécution par un magistrat sans l'accord (et la délibération) du Sénat. Au point que tout se passe comme si l'inspirateur de la décision était le Sénat, et l'exécutant, le magistrat. Telle est la force de l’auctoritas : sans elle, pas d'action ; devant elle, pas d'inaction. »
La notion d'autorité vient d'être définie dans un sens plutôt juridique et social. C'est son caractère nécessaire, voire indispensable à la structure de toute société qui la rend légitime pour le plus grand nombre et qui permet de l'opposer erga omnes (à condition bien sûr, qu'elle soit régulière juridiquement).On ne doit pas oublier, non plus, ce qu'on appelle l’autorité naturelle pouvant se dégager d'une personne (et là encore l'aspect bénéfique est sous-jacent). Il convient de signaler enfin, que la notion de d'autorité a été traitée en philosophie et en sociologie, notamment par Max WEBER et Alexandre KOJEVE.
