Astor Piazzolla

Lorsque les « tangueros » orthodoxes, dans les années 1950 et 1960, affirmèrent que ce qu'il faisait « n'était pas du tango », il répondit en formulant une définition nouvelle : « C'est la musique contemporaine de Buenos Aires ». Pour ses disciples et les amateurs de sa musique, sa musique est celle qui représente le mieux le rythme crispé mais mélancolique de la capitale argentine devenue une métropole immense. La personnalité de Piazzolla, irrévérencieuse, passionnée jusqu'à l'intolérance, comportait sans aucun doute ces deux éléments, qu'il a parfois mêlés dans certains morceaux.

Biographie

Astor Pantaleón Piazzolla est né à Mar del Plata, à l'époque où cette ville de la côte Atlantique, à 400 kilomètres au sud de Buenos Aires était un port de pêche et n'était pas encore devenue une station balnéaire aristocratique. À l'âge de trois ans, il part avec ses parents à New York. Il avait huit ans la première fois qu'il eut entre les mains un bandonéon. En 1936, il revient à Mar del Plata, où il créa ses premiers groupes musicaux ; en 1938, il part pour Buenos Aires. Après être passé par divers orchestres, il intègre finalement celui d' Aníbal Troilo. Ce dernier eut parfois à lui faire des remontrances pour qu'il se cantonne dans les frontières strictes qui étaient celles de l'orchestre.

En 1944, il abandonne l'orchestre de Troilo et dirige celui qui accompagna le fameux chanteur Francisco Fiorentino. À partir de là, Piazzolla commence à lâcher la bride à sa créativité. Peu de temps après, il crée son propre orchestre. Parmi les morceaux qu'il interpréta à ce moment-là, cinq se détachent, écrits de sa main, et dont l'un porte le titre, sans doute intentionnel, de « Prepárense » (Qu'ils se préparent).

Au début des années 1950, il pense sérieusement abandonner le tango pour se consacrer à la musique classique. Pour cela, il se rend à Paris, où il étudie sous la direction de Boulanger, qui sut le convaincre de retourner au tango. À Paris, en 1955, il enregistra environ 16 morceaux, qu'il avait écrits lui-même pour la plupart, avec les cordes de l'Orchestre de l'Opéra de Paris, Martial Solal au piano et lui-même au bandonéon.

De retour à Buenos Aires, il créa un orchestre à cordes et à bandonéon, et son fameux octet, avec lesquels il créa des tangos fondamentaux de son répertoire, parmi lesquels « Tango del ángel » (Tango de l'ange) et « Tres minutos con la realidad » (Trois minutes avec la réalité), tandis qu'il réinterprétait certaines partitions créées par d'autres compositeurs.

En 1958, il se rend de nouveau à New York ; il tente d'opérer une fusion entre tango et jazz qui échoue et qu'il critique vivement par la suite. Il retourne à Buenos Aires en 1960, et crée une autre formation, le Quintet « Nuevo Tango » (bandonéon, violon, piano, guitare électrique et contrebasse). Avec ce groupe, il crée des tangos comme « Revirado », « Adiós Nonino », « Buenos Aires Hora Cero », « Muerte del ángel », qui sont, parmi ses compositions, les plus enregistrés et interprétés dans les décennies suivantes.

En 1965, le quintet joue à New York ; cette même année, il enregistre là-bas des tangos composés sur des poèmes de l'écrivain Jorge Luis Borgès avec le chanteur Edmundo Rivero et l'acteur Luis Medina Castro. Ensuite, Piazzolla s'associe avec le poète Horace Ferrer, avec qui il crée les tangos les plus connus de son répertoire : « Chiquilín de Bachín » et « Balada para un loco ». Au tout début des années 70, Piazzolla part en Italie. Il écrit des œuvres plus ambitieuses, comme « Balada para mi muerte » (Ballade pour ma mort) avec la chanteuse Milva, et sa « Suite troileana », émouvant hommage à son maître. Dans les années qui suivent, il compose de nouveaux tangos et se rapproche à nouveau du jazz, par un disque composé avec le saxophoniste Gerry Mulligan.

En 1989, il met en place son dernier groupe, le Sextet « Nuevo Tango », de composition inhabituelle : deux bandonéons, un piano, une contrebasse, une guitare électrique et un violoncelle. Il meurt en 1992 à Buenos Aires.

Liens externes

See also: Astor Piazzolla, 11 mars, 1887, 1921, 1979, 1992, 4 juillet, Atlantique, Ballade