Argument d'autorité

Il semble a priori licite et même sain, lorsqu'on s'exprime sur un sujet, de savoir à tout hasard ce qu'en pensent des spécialistes. Citons la boutade de Bertrand Russell :

La question de l'autorité est ailleurs : elle consiste non pas à utiliser le spécialiste comme porte-parole de ce qu'on aurait pu dire soi-même, mais à se servir simplement de son nom pour tenter d'échapper à une polémique, ou à une conclusion gênante. Or :

Ainsi, Stephen Jay Gould avait émis une observation sur le fait que la théorie de l'évolution énoncée par Charles Darwin était sans doute encore incomplète et que quelques éléments nous manquaient. On vit alors des magazines en mal de sensationnel titrer : « Stephen Jay Gould met en cause la théorie de Darwin ».

De même, Einstein a affirmé que Dieu ne joue pas aux dés. Il serait pour le moins abusif de s'abriter derrière cette autorité pour affirmer que le hasard n'existe pas ou que Dieu existe. Surtout quand on sait que cela ne se rapportait qu'à une question très technique de mécanique quantique, et qu'en plus que cette phrase est un extrait tronqué où Einstein précisait bien qu'il ne s'agissait que d'une conviction personnelle (et non le résultat de ses travaux).

Perspective historique

L’argument d’autorité était un des outils majeurs de régulation de la cité et de l’État avant le siècle des Lumières. Le Prince, à partir des textes religieux, dictait la loi et jugeait les hommes. Les choses étaient « simples. » On avait ou pas la liberté, l’égalité ou la fraternité.

Le XVIIIe siècle, en particulier à travers l’Encyclopédie de Diderot et D’Alembert a mis en avant le rôle de la raison et la nécessaire complexité de son application aux affaires humaines, les pragmata. Un argument de la raison obéit aux catégories de QuintilienQuis, quid, ubi, quibus auxiliis, cur, quomodo, quando – ou, pour simplifier, explose le fait, l’auteur du fait et le contexte d’action ou d’élocution.

Mais tout cela demande un effort et il est tellement plus rapide de remplacer la raison complexe par l’autorité « simple » du fait, de la personne ou du contexte.

Cette « autorité du moindre effort », cette mécanique des références faibles présentées comme fortes est bien plus pernicieuse que l’autorité de l’Âge classique. En ces temps lointains, le citoyen, dans les cas les plus courants de la vie, savait « à quel saint se vouer ». Non pas que ces temps fussent plus justes qu’aujourd’hui mais ils étaient moins complexes.

Si nous voulons échapper aux arguments d’autorité « mécaniques », « simplistes », il nous faut travailler sur la complexité de la nature et des hommes.

Arguments d'autorité et sources encyclopédiques

L'abus du référencement systématique de tout point présenté dans un article encyclopédique, sans trop s'attarder sur la pertinence de la source, peut aboutir à remplacer les démonstrations par des arguments d'autorité. Outre la tentation d'une dérive élitiste, le risque est qu'une bévue ou un mensonge référencé peut donner au lecteur l'impression d'une certitude. Dans les cas extrèmes, cette pratique, si elle est volontaire et exploite indûment le cautionnement tacite qu'apporte les conventions de sourçage de l'encyclopédie, peut s'apparenter à une manipulation ressortant des techniques de propagande.

Voir aussi

See also: Argument d'autorité, Bertrand Russell, Charles Darwin, Einstein, Homéopathie, Manipulation, Michel Chasles, Mécanique quantique, Ostéopathie, Pragmata