André Franquin

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André Franquin, dit Franquin, est un auteur belge francophone de bande dessinée né le 3 janvier 1924 à Etterbeek, mort le 5 janvier 1997 à Saint-Laurent-du-Var.

Sommaire

Vue d'ensemble

À l'instar de Hergé dans le Journal de Tintin, André Franquin est un des piliers de la bande dessinée belge, qui a œuvré pendant de nombreuses années aux côtés de Peyo, Morris, et Will dans le Journal de Spirou. Il se distingue par la qualité de son dessin, notamment dans le rendu des mouvements et l'expression des personnages, en particulier des animaux. D'ailleurs, Hergé aurait dit: « à côté de André Franquin, je ne suis qu'un piètre dessinateur ». Il se remarque aussi par l'inventivité de son humour, souvent coloré de poésie. Son souci de la perfection graphique, allié à la position historique de sa carrière, donnent des œuvres qui séduisent toutes les générations de lecteurs. En effet, situé dans une période où la bande dessinée est essentiellement destinée aux jeunes, il réalise des histoires accessibles à un jeune public, mais insère des détails qui n'apparaissent qu'avec une lecture plus approfondie. Il développa ce principe avec Gaston Lagaffe, qui lui apporta la célébrité, mais ne réalisera des bandes « pour adultes » qu'à la fin de sa carrière, avec les Idées noires et le magazine Fluide Glacial.

Les débuts

André Franquin a commencé sa carrière au Moustique, un magazine destiné à diffuser des programmes de radio et de télévision, édité par Dupuis. Entre 1945 et 1952, il y a dessiné plusieurs couvertures, ainsi que des gags en une planche avec paroles au dessous. Il a aussi réalisé des dessins à vocation publicitaire. L'ensemble représente une bonne quarantaine de dessins.

On peut déjà remarquer une très bonne expression des personnages, ainsi qu'une tendance à l'humour noir gentillet (les personnages sont vraiment dans une situation désagréable, mais ça passe avec l'expression comique du dessin).

Durant cette période, Franquin réalise aussi quelques couvertures au lavis pour l'hebdomadaire Bonnes soirées, qui peuvent permettre de saisir son talent dans le dessin figuratif.

Spirou et Fantasio

Période 1: les aventures

Dupuis ayant embauché André Franquin au Moustique et remarqué ses talents, il lui propose de faire une aventure de Spirou et Fantasio : Le Tank. Celle-ci a été dessinée en 1946, puis publiée en 1947 dans l'Almanach Spirou, recueil de diverses bandes de dessinateurs de l'équipe Dupuis. Cependant, Spirou continuait à être dessiné parallèlement par Jijé dans Le Journal de Spirou.

Mais ce dessinateur étant attiré par d'autres réalisations, il profita de l'occasion pour léguer à André Franquin, en juin 1946, la série Spirou et Fantasio. Cette passation se fit en cours du récit La Maison Préfabriquée, entre la case 48 et la case 49. Il est très difficile de voir le changement, André Franquin s'étant efforcé de le rendre insoupçonnable.

Les possibilités graphiques de André Franquin apparaîtront donc bien mieux à l'épisode suivant : L'Héritage. On y voit notamment de nombreux animaux, qui amènent toujours une note d'humour supplémentaire au récit. Les rats surpris en pleine discussion, le gorille demandant un pourboire pour aller fumer un cigare et boire un whisky, les crocodiles se ruant avec un large sourire sur leurs proies, amènent une nouvelle dimension dans l'humour de la BD. On y trouve aussi un lion et des léopards, ainsi que des éléphants, le tout constituant déjà une grande partie du parc animalier de Franquin.

Dix aventures se succèdent avec un style assez homogène, jusqu'à Mystère à la Frontière, en 1950. On notera encore divers animaux, dont un tordant sanglier, dans Spirou et les plans du Robot, mais aussi diverses voitures dont une Traction préfigurant l'affinité de André Franquin avec la marque Citroën. On doit mentionner aussi l'épisode du combat de Spip avec un rat dans Spirou sur le Ring, qui selon certains commentateurs, préfigure les Idées noires, avec un dessin en noir total en contre-jour.

Au cours de cette première période, André Franquin dessine des aventures assez courtes (20 planches en moyenne, maximum 39 planches dans L'Héritage). Les personnages autres que Spirou, Fantasio, Spip sont chaque fois différents, sauf le Professeur Samovar que l'on voit dans Le Savant Fou et Les Plans du Robot (on peut voir dans ce personnage une préfiguration de Zorglub).

Période 2: Le monde de Franquin

Il y a un Sorcier à Champignac (scénario Henri Gillain, frère de Jijé) inaugure en 1951 le monde de Spirou tel que la plupart de ses lecteurs le connaissent. André Franquin a trouvé le profil définitif de ses personnages et en ajoute un d'une grande importance : le Comte de Champignac. Par ailleurs, avec le Maire de Champignac, Monsieur Duplumier, et le village de Champignac, il commence à construire un petit monde qui se précisera au fil des aventures pour devenir familier à tout lecteur assidu. D'autre part, avec 57 planches, Il y a un sorcier à Champignac entame une série de grandes aventures.

Publié dans Le Journal de Spirou entre 1951 et 1952, Spirou et les Héritiers nous permet de découvrir Le Marsupilami, Zantafio, cousin peu fréquentable de Fantasio, le constructeur automobile Turbot et ses pilotes, et surtout l'inventivité mécanique de Franquin avec le Fantacoptère et divers appareils motorisés.

La Turbotraction, superbe création automobile (réalisée grandeur nature par la suite, sur un chassis Citroën) apparaît dans La corne de rhinocéros initialement dénommé Spirou et la Turbotraction.

Les talents animaliers de notre dessinateur sont particulièrement mis en valeur entre 1956 et 1957, avec Le Gorille a bonne mine, Le Nid des Marsupilamis et Le voyageur du Mésozoïque. Cette dernière aventure développe, bien avant Jurassic Park, l'idée d'un dinosaure amené par des chercheurs à vivre dans notre époque.

L'interconnection des mondes de Franquin nous permet de déceler des apparitions de Gaston, tout d'abord presque anonymement dans Le voyageur du mésozoïque et Vacances sans histoires, puis plus longuement dans La foire aux gangsters en 1958.

Période 3: Le travail collaboratif

Au cours des périodes précédentes, Franquin travaille le plus souvent seul. En 1958, Greg, Franquin et Jidéhem s'associent pour faire Le prisonnier du Bouddha. Greg s'occupe du scénario, et Jidéhem des décors. Cette association sera mise plusieurs fois à contribution dans les aventures ultérieures. Les talents de Greg pour les situations cocasses donnent des histoires parfaitement délirantes, dont La peur au bout du fil, courte histoire de 13 planches, en est un bel échantillon. Ceci constitue un pas de plus vers le comique absurde. En effet, dans les aventures précédentes, bien que diverses trouvailles et inventions en jeu soient de nature purement fantastiques, les scénarios étaient souvent tout à fait crédibles et bâtis sur des intrigues classiques de traficants, voleurs, et malfrats divers. C'est avec Zorglub, aspirant maître du monde dans Z comme Zorglub et L'ombre du Z, que l'on pourra le mieux se rendre compte de l'efficacité hilarante de cette association.

Franquin entreprit ensuite de faire une nouvelle aventure avec Zorglub, mais l'éditeur refusa. Greg prit en main le scénario, ce qui donna QRN sur Bretzelburg, que Gotlib considère comme un « chef-d'œuvre absolu ». En effet, André Franquin atteint (sur cette série) son plus haut niveau graphique (dessin à la plume), et le scénario est irréprochable. L'ensemble est truffé de scènes hilarantes, et se déroule dans un climat caricaturé de régime totalitaire, où André Franquin peut exprimer à souhait son esprit anti-militariste. Paradoxalement, aucun personnage du monde habituel de André Franquin n'intervient, le monde de Spirou étant réduit au minimum avec Fantasio, Spip et le Marsupilami. L'aspect fantastique se réduit au comportement « humanisé » des deux animaux de compagnie. Autre paradoxe, cette histoire est interrompue pendant plus d'un an lors de sa publication dans le Journal de Spirou, pour cause de dépression de Franquin. L'album est publié en 1966, mais l'édition intégrale, comportant 65 planches (ce qui en fait la plus longue aventure réalisée par Franquin) n'est publié qu'en 1987.

André Franquin se lasse du personnage avec lequel il a commencé sa carrière. Il dessine encore Panade à Champignac, dans laquelle on retrouve Gaston et Zorglub, et surtout Bravo les Brothers, que l'on peut considérer autant comme une gaffe étendue de Gaston que comme une courte aventure de Spirou. Tembo Tabou est d'abord parue dans le quotidien Le Parisien Libéré, puis plus tard dans le Journal de Spirou. Il finira par abandonner la série Spirou et Fantasio à Fournier, mais conservera un certain temps le Marsupilami.

Modeste et Pompon

Suite à un désaccord avec son éditeur Dupuis, Franquin s'engage en 1955 dans le Journal de Tintin pour une série de gags en une planche. Il s'agit de la série Modeste et Pompon, dans laquelle il trouve plus de liberté que dans les aventures de Spirou et Fantasio, qu'il poursuit toutefois dans le Journal de Spirou. Le fait que cela procure beaucoup de travail au dessinateur (trois planches par semaine) explique la sobriété du dessin et une certaine monotonie qui en découle. Il semble cependant que cela ait servi à Franquin à trouver dans le gag hebdomadaire un rythme qui lui convient et qu'il mettra à profit avec plus de succès dans Gaston. On peut noter cependant quelques « inventions » prémonitoires, comme l'ouvre-boîte électrique et la télécommande pour télévision (tournées en dérision bien sûr), qui n'existaient pas à cette époque. Par ailleurs, comme beaucoup de ces histoires se déroulent dans les habitations des protagonistes, cette série est intéressante comme témoignage de la mode décorative modernisante de l'époque.

On remarquera, parmi les personnages corollaires, l'irascible Mr Ducrin, voisin de Modeste, qui préfigure le personnage de Joseph Boulier que l'on trouvera dans la série Gaston, et qui illustre bien l'aversion de Franquin pour le formalisme administratif.

Greg, Goscinny, Peyo et Tibet ont contribué occasionnellement à cette série qui se termine en 1959 et totalise 182 planches. Elle sera reprise ensuite par d'autres dessinateurs.

Gaston Lagaffe

Gaston Lagaffe est le personnage qui a eu le plus des succès parmi les diverses créations de Franquin. Il apparaît dans le Journal de Spirou en Février 1957, sans que l'on sache ce qu'il fait là. Le journal de Spirou est intérieurement animé par divers personnages, dont Spirou et Fantasio, en dehors de leurs aventures stricto sensu et présentés comme s'ils étaient des employés réels du journal (Fantasio est journaliste chez Dupuis). Gaston est présenté comme un nouvel employé, mais sans emploi défini: c'est un « héros sans emploi ». Il apparaît tout d'abord en dessins humoristiques, seul ou avec Fantasio. Ses gaffes prennent finalement une forme régulière, en une longue bande s'étendant sur deux pages, puis sur une demi-planche, et Jidéhem est associé à la réalisation. On doit noter que la gaffe N°1 (Spirou N°1026) représente Gaston désagrégeant une colonne militaire avec un sac de noix: Franquin profite de cette occasion unique de montrer son mépris de l'organisation militaire.

C'est la période la plus prolifique de Franquin: parallèlement à la création de Gaston, il enchaîne Le nid des marsupilamis et Le voyageur de mézozoïque, et poursuit Modeste et Pompon dans le journal de Tintin. Sans compter de nombreuses illustrations et couvertures pour le journal de Spirou.

Le succès s'accroît au fil des années, et Gaston occupe une demi-planche en couverture. À partir de 1968, Franquin travaille seul, et produits des gags en une planche. Plus tard, lorsqu'il laisse à Fournier les aventures de Spirou et Fantasio, ce dernier disparaît de la série (probablement pour avoir commis de graves « gaffes » à l'encontre de MM Dupuis et De Mesmaeker, gaffes N°467 et 478). En effet, un personnage de bande dessinée ne peut pas apparaître en même temps dessiné par deux dessinateurs différents. C'est alors Prunelle qui deviendra le souffre-douleur attitré de Gaston, jusqu'à la fin de la série.

Franquin s'exprime au mieux dans cette série (Gaston est son personnage, contrairement à Spirou dans lequel il trouve une contrainte). Si les gags hilarants sont majoritaires, les inventions diverses, moments poétiques, critiques de la société de l'urgence et de la consommation, et même messages écologistes et humanitaires constituent peut-être la partie la plus intéressante de la série. Par ailleurs, Franquin peut y manifester son talent animalier avec les animaux de compagnie de Gaston (chat, mouette, souris, vache…), et surtout sa technique du « bruitage » en bande dessinée, consistant à rendre quasi-auditive la bande par le travail sur le lettrage, la coloration, la disposition et le choix des onomatopées.

Le Petit Noël

Parallèlement aux aventures de Spirou, Franquin dessine de temps en temps (à l'occasion de numéros spéciaux du Journal de Spirou, pour Pâques ou Noël par exemple) des aventures courtes destinées à un tout jeune public. Le Petit Noël, personnage apparaissant plusieurs fois dans ces histoires (parfois avec le Marsupilami), est un petit garçon solitaire errant désespérement dans les rues de Champignac en quête de distraction ou d'une rencontre agréable. Il représente une des meilleures expressions poétiques de Franquin, tout particulièrement dans Noël et l'Élaoin, publié en mini-récit en 1959 dans le Journal de Spirou. L'Élaoin est une sorte de robot se déplaçant par bonds, qui est capable de faire tout un tas de choses selon ce qu'il observe dans les pensées des gens - une lampe d'Aladdin moderne, en quelque sorte - . Selon le petit Noël, « c'est une machine tellement perfectionnée que c'est comme quelqu'un!… en mieux… »

Les Idées Noires

En 1977, on voit apparaître dans le journal de Spirou un supplémént de 8 pages appelé Le Trombone illustré. Il s'agit d'une sorte de « parasite » (au sens biologique du terme) du journal de Spirou, agrafé à l'intérieur, dans lequel on trouve des choses très inhabituelles pour le journal, notamment de l'humour noir et de l'humour vis-à-vis de la religion catholique, monté par Yvan Delporte et Franquin. Des dessinateurs extérieurs au journal de Spirou viennent se joindre à ce qui semble être une farce d'intellectuels rigolards, coincés dans le « politiquement correct » du journal de Spirou. Il paraîtra une petite trentaine de numéros de ce supplément.

Franquin entame ici une série de bandes dénommées Idées noires, où il s'exprime d'une façon nouvelle. Il est agressif. Il utilise ses capacités humoristiques pour dénoncer les aspects sordides de notre société passés dans les habitudes. Ses cibles principales sont les profiteurs, les chasseurs, les militaires, les présomptueux, la société polluante, le spectacle, la religion, mais peut-être aussi l'espèce humaine en général, par un humour noir gratuit. Les dessins sont effectués avec beaucoup de noir, rendant une sensation cauchemardesque évoquant un univers où la clarté n'existe plus.

Après l'interruption du Trombone illustré, la série Idées Noires continue dans Fluide glacial, dirigé par Gotlib, admirateur et ami de Franquin. Une bonne soixantaine de planches seront ainsi publiées, puis éditées en album.

Par leur humour décapant, la qualité du dessin et son originalité, cette série est souvent considérée comme le chef d'œuvre de Franquin.

Signatures, monstres, titres et illustrations diverses

Franquin a fait énormément de dessins couvertures et de dessins indépendants, hors de toute série BD. C'est bien sûr le journal de Spirou qui a le plus utilisé ses services. Il y a réalisé, seul ou en collaboration, plus de 700 couvertures, ainsi que près de 600 illustrations (présentations d'évènements, publicités, annonces, illustrations de chroniques et reportages, etc…) dans lesquelles sont souvent utilisés ses personnages. Il a par ailleurs épisodiquement travaillé avec d'autres revues de bandes déssinées (Fluide Glacial, (A SUIVRE), Circus) et collaboré occasionnellement à de nombreux fanzines, ce qui lui a permi de réaliser une multitude de créatures imaginaires plus ou moins hideuses et amusantes. Un recueil intitulé Cauchemarrant regroupe certains de ces « petits monstres », ainsi qu'un recueil à tirage limité intitulé Un Monstre par semaine, mais un grand nombre de ces dessins reste inédit en album.

Que ce soit des ses séries régulières ou dans le cadre de ces diverses illustrations, Franquin a souvent cherché à glisser des détails amusants ou ironiques, pas toujours visibles lors de la première approche. Cette particularité a donné lieu à l'un des plus curieux recueils de dessins: un recueil intitulé Signé Franquin, reprenant plus de 200 signatures. Il s'est en effet amusé à signer diverses bandes d'une façon rigolote, reprenant le thème de la bande en un dessin minuscule figurant sa signature.

Dans le même esprit, mais tout de même plus classique, un album intitulé Le Trombone Illustré regroupe les titres de ce magazine, qui chacun constituent une petite histoire.

Isabelle: Franquin scénariste

Les Tifous

Bibliographie

(Hors bibliographies listées dans Spirou et Fantasio, Gaston Lagaffe, Idées noires, Le Marsupilami, Modeste et Pompon)

Cauchemarrant, Bédérama, 1979
Noël et L'Élaoin, Bédérama, 1982
Le livre d'or de Franquin, Jacky Goupil Éditeur, 1982
Signé Franquin, Dupuis, 1992
Le Monde de Franquin, Marsu Productions, 2004
Le Trombone Illustré, Marsu Productions, 2005
Un Monstre par semaine, Marsu Productions, 2005

Sources

Les cahiers de la bande dessinée N°47/48, Glénat, 1980
Presque tout Franquin (bibliographie très détaillée), Comset Éditions, 1991
Dossier N°1 Franquin (interview, inédits, bibliographie), DBD, 1998
Franquin/Jijé (entretiens), Niffle, 2001

Liens externes

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See also: André Franquin, (A SUIVRE), 1924, 1945, 1950, 1951, 1952