Alfred Wegener
Alfred est le deuxième fils du pasteur Richard Wegener et de sa femme Anna (née Schwarz). Il effectue ses études au lycée de Cologne à Berlin, puis dans les universités de Heidelberg, Innsbruck et Berlin.
À sa sortie de l'université, il est nommé comme astronome à l'Urania de Berlin, mais démissionne rapidement pour être adjoint technique à l'observatoire astronomique de Tegel (Prusse), aux côtés de son frère aîné Kurt. Ils établissent ensemble un record du monde de durée de vol en ballon dirigeable (52h et 30 minutes) sur le trajet de Berlin à Spessar en passant par le Jutland et Kattegat, profitant de cette expédition pour vérifier l'exactitude du collimateur de site depuis leur engin.
En 1906, Alfred part deux ans en expédition sur la côte nord-ouest du Groënland, avec une équipe danoise, pour y effectuer des observations météorologiques. Il expérimente ainsi les techniques liées aux voyages polaires qui lui serviront dans ses expéditions ultérieures.
De retour en Allemagne, il passe en 1908 son doctorat en astronomie et météorologie à l'université de Marburg. Il y donne des cours à partir desquels il écrit son Cours sur la thermodynamique de l'atmosphère, qui sera remplacé en 1935 par un ouvrage coécrit avec Kurt mais publié à titre posthume.
Il retourne en 1912 au Groenland avec J. P. Koch pour une seconde expédition destinée à séjourner pendant l'hiver à l'extrémité est de l'inlandsis, puis à traverser l'île dans sa partie la plus large. Les conditions exceptionnelles qui furent rencontrées firent presque échouer l'expédition, en raison d'une débâcle des glaces qui atteignit le camp. Le départ de la traversée ne put se faire qu'à la fin de l'hivernage suivant, en 1913, et dura deux mois, nécessitant de gros efforts pour la mener à bien.
La Première Guerre mondiale commence peu après son retour, il sert dans l'armée Allemande en tant que météorologue et est blessé à deux reprises.
Il publie en 1915 la première édition de son livre La genèse des continents et des océans (après un premier article sur La translation des continents écrit en 1912), dans lequel il propose une nouvelle théorie associant géophysique, géographie et géologie. Cette théorie s'appuie sur des bases géologiques étayées et constitue une hypothèse cohérente et bien argumentée à quelques détails près. Dans ce livre qui connaîtra trois autres éditions (en 1920, 1922 et 1929) et de nombreuses traductions (en français, en espagnol, en russe et surtout en anglais), il rejette le modèle de l'époque expliquant la présence des montagnes et des océans par des plissements dus au refroidissement de la Terre (selon la métaphore de la pomme ridée). Les élements qui le poussent à chercher une nouvelle théorie sont liés à la distribution particulière des chaînes de montagnes à la surface du globe, notamment sous la forme de cordillères sur le pourtour de l'océan Pacifique et de la chaîne des Alpes se prolongeant sur le continent asiatique. Les différentes éditions représentent un travail de refonte complète des éditions précédentes en prenant en compte toutes les critiques à sa thérorie.
Sa théorie s'appuie principalement sur la complémentarité qu'il constate entre les côtes et certaines structures géologiques de part et d'autre de l'océan Atlantique et sur la présence de faunes communes aux ères primaire et secondaire en Amérique et en Afrique du Sud, à Madagascar, en Inde, en Australie et dans l'Antarctique. On lui objecta que cette complémentarité ne serait qu'une illusion disparaissant pour un niveau très différent de la mer. D'autres indices vinrent pourtant conforter cette idée : les traces d'une grande glaciation à la fin de l'ère primaire et des dépôts de sel se regroupent parfaitement lorsqu'on rapproche ces continents en un puzzle géant, qu'il nomme Pangée, le super-océan qui l'entoure recevant le nom de Panthalassa.
Il tente également de démontrer que l'Amérique s'éloigne de l'Europe en utilisant des calculs de géodésie et sur la transmission des ondes radio. Cependant, ces techniques ne donnent pas les résultats escomptés. Des recherches ultérieures confirmeront toutefois ce mouvement et détermineront sa vitesse effective.
La principale faiblesse que présente la théorie de Wegener est liée à la raison véritable de la dérive des continents, ce qui permet aux géophysiciens opposés à cette idée (dont notamment le Britannique Harold Jeffreys) de la torpiller en « démontrant » qu'elle est physiquement irréalisable. Cette opposition forte a eu pour conséquence de conforter pour un temps la communauté des géologues sur ses positions « antimobilistes ». Dans le meilleur des cas, on estimait que la théorie de Wegener faisait beaucoup d'hypothèses pour expliquer et prédire bien peu.
Wegener trouvera cependant un soutien dans la communauté scientifique de l'époque, principalement avec le Suisse Émile Argand, le Sud-Africain Alexandre L. Du Toit, l'Écossais Arthur Holmes (lequel propose une explication à l'origine de la dérive par la radioactivité) ou l'Américain Reginald Daly.
Après la guerre, son frère et lui sont nommés respectivement professeur extraordinaire de météorologie à l'université de Hambourg (qui vient d'être créée) et chef de section à l'Observatoire maritime de Hambourg. En 1924, Alfred accepte un poste de professeur de météorologie et géophysique en Autriche, à l'université de Graz.
L'année 1928 marque un tournant dans son travail de refonte de son livre : il décide de ne plus continuer car il considère qu'il pourrait ne pas arriver seul à bout de la tâche en raison de l'abondance et de la spécialisation des ouvrages concernant les translations continentales.
À la même période, Koch meurt, et l'expédition qu'il comptait effectuer avec lui au Groenland est compromise. Il constitue alors une équipe entièrement allemande, avec le soutien de l'institution en charge de la recherche allemande. Un premier repérage d'été lui permet de déterminer les meilleures conditions pour gravir l'inlandsis depuis la côte ouest de l'île. En 1930, l'expédition principale s'élance, dont un des principaux résultats est la mesure de l'épaisseur de l'inlandsis qui atteint plus de 1800 m d'épaisseur. Il meurt sur place en novembre de la même année.
L'astéroïde 29227 Wegener a été nommé en son honneur.
