Jean-Marie Perrot
L'abbé Jean-Marie Perrot, en breton Yann Vari Perrot, (3 septembre 1887, Plouarzel-12 décembre 1943, Scrignac), était un prêtre breton.
Il est élevé dans une famille de paysans parlant le breton. Après des études à Institut des Frères des Ecoles à Guingamp en 1889. Il y exprime le désir de devenir prêtre. Il part alors faire ses humanités au Petit Séminaire de Pont-Croix. Une année passée à Brest au sein du 19ème Régiment d’Infanterie. Il rentre au Grand Séminaire de Quimper, il devient vicaire à Saint-Vougay en 1904, où il entreprend la création d’un patronage « Paotred Sant-Nouga » où il forme la jeunesse au travers de cercles d’études, d’une chorale et d’un groupe de théâtre. .
| Sommaire |
Militant pour la langue bretonne
Bleun Brug (Fleur de Bruyère) a été créé en 1905 par l'abbé Perrot avec sa revue Feiz ha Breiz (Foi et Bretagne) qui existe depuis 1899, et qu'il dirige, à partir de 1911. Nommé vicaire à Saint-Thégonnec au mois de mars 1914. Il est mobilisé à Lesneven le 5 août mais il demande à partir pour le front comme volontaire au Groupe des Brancardiers Divisionnaires. Il est décoré de guerre 1914-1918. Militant culturel, il possède depuis les années 1910 une aura importante dans l'Emsav, mouvement nationaliste breton.
Il est nommé vicaire à Plouguerneau en 1920. En 1922, Yves Floc'h (futur peintre) devient garçon de presbytère à sa cure. L'abbé Perrot crée le patronage Michel Le Noblez et organise des représentations théâtrales. Aussi, à cette occasion Yves Floc'h peint les décors d'une pièce et ses dons sont alors remarqués par le vicaire.
Dès 1932, son secrétaire est Herry Caouissin. Il est l'auteur d'innombrables articles et pièces de théâtre. Il est en poste à St Vougay, puis sera muté à Scrignac (en 1933) par sa hiérachie épiscopale qui désavouait son engagement politique au delà du plan culturel. Le 8 juillet 1941, il fait partie de la commission d'écrivains qui adopta une orthographe unifiée du breton.
Seconde guerre mondiale
Avec la guerre, l'hostilité à son égard grandit grandit. Des rumeurs coururent régulièrement sur son compte.
Par exemple, en octobre 1939, des fils télégraphiques sont coupés dans la région d'Huelgoat. L'abbé Perrot est dénoncé aux autorités comme étant l'auteur de ce crime. Les gendarmes perquisitionnent son presbytère par deux fois et l'abbé Perrot fut soumis à un interrogatoire mais ne fût pas arrêté car il bénéficiait d'un alibi. Un gendarme l'accusent publiquement d'être responsable de la coupure des fils, il porte plainte pour diffamation. Par la suite, l'enquête établit qu'un ballon captif de l'armée était responsable de la coupure des fils. A la demande du colonel de gendarmerie de Quimper, l'abbé retira sa plainte pour diffamation.
Plus tard, son presbytère sera partiellement réquisitionné par l'occupant et il sera alors accusé d'héberger des soldats allemands.
Henri Fréville, dans Archives secrètes de Bretagne 1940-1944 affirme que : Tout au long de l'occupation, l'abbé Perrot va recevoir les nationalistes bretons les plus en vue, comme les plus compromis avec les Allemands. Dès novembre 1940, le Docteur Benning et Joseph Otto Plassmann, ce dernier directeur du "Bureau II des questions raciales de la S.S." » chargé par Himmler de mener des investigations approfondies sur place afin de brosser un tableau précis de la situation ethnique de la Bretagne, ainsi que de l'état du Mouvement autonomiste breton, font le déplacement jusqu'au presbytère de Scrignac. Gerhard von Tevenar, un des meilleurs soutiens du PNB (Parti Nationaliste Breton) d’avant-guerre, fondateur de la « Société allemande d’études celtiques » et par ailleurs agent de l’Abwehr, fera de même. Sans parler du très germanophile abbé Gantois souvent menacé, lui aussi, de quelque « coup de crosse épiscopal » en raison de ses activités culturelles et nationalistes flamandes. François Debeauvais, accompagné de Hans Grimm, officier du S.D. (Service de Sécurité des S.S. - N.D.L.R.) se rend également chez l’abbé le 13 août 1942.
L'abbé Perrot participe au Comité consultatif de Bretagne.
Il condamne dès 1942 les agissements de Célestin Lainé, alors qu'il tente de créer un embryon d'armée bretonne. Il dénonce par ailleurs en 1942 la culpabilité des soviétiques dans le massacre de Katyn dans Feiz ha Breiz, et condamne les bombardements alliés sur les villes bretonnes.
Il est question, dans le livre d'Henri Frévile, de manoeuvres des Bagadou Stourm (groupes de combats), le 7 août 1943, qui se terminent à Scrignac. L’abbé Perrot sympathisait fortement avec le P.N.B. Il avait donné l’hospitalité aux Jeunes des Bagadou Stourm qui manoeuvraient dans le Finistère et dont les deux chefs, Yann Goulet et L’Haridon, avaient été arrêtés par la police française et relâchés par les Allemands.
Assassine par un "Résistant"
L'abbé sera abattu le 12 décembre 1943 par un militant communiste Jean Thépaut.
Exploitation de sa mémoire
Après sa mort, Célestin Lainé enrôle une soixantaine d'hommes qui se regroupent sous le nom de "Bezen Perrot", et qui assistèrent les allemands, appellation qui eut pour fâcheux effet d'amalgamer la pensée du prêtre à des actions qu'il aurait visiblement désapprouvées.
Souvenir
Il repose à la chapelle de Coat-Quéau, en Scrignac. La mémoire de Jean-Marie (Yann Vari) Perrot est toujours célébrée, notamment le 15 août, par les autonomistes bretons. C'est dans le souvenir de l'abbé Perrot que culmine le « militantisme breton » des scouts Bleimor. Le rôle de l'abbé Perrot sera l'objet de polémiques sur "la cause bretonne" notamment entre Ronan Caouissin et le directeur du groupe théâtrale " Ar Vro Bagan ". Unvaniezh Koad Kev, association de la loi 1901, a été créée pour maintenir le souvenir de l'Abbé Perrot, fondateur du Bleun Brug, écrivain, militant ainsi que « l'apôtre de "Feiz ha Breizh" » assassiné. Cette association est proche du mouvement nationaliste breton Adsav.
Témoignages
- Yvon Tranvouez, dans Bretagne et identités régionales pendant la Seconde Guerre mondiale affirme que « ... l'abbé Perrot fait partie de ces 'nouveaux croisés' (...) qui, par phobie du communisme, ont été conduits à admettre la logique de la collaboration avec l'Allemagne, conçue conjoncturellement comme un moindre mal. Ce n'est donc pas, me semble-t-il, son nationalisme breton qui l'a conduit à cette extrémité et à ses conséquences fatales, mais plutôt son anticommunisme catholique, rigide et intransigeant. Au coeur du Léon, il ne lui en eût vraisemblablement rien coûté: à Scrignac, c'était suicidaire. ».
- L'abbé Henri Poisson affirmera dans son livre : « L’assassinat de l’abbé Jean-Marie Perrot, le 12 décembre 1943, plus connu, et à qui on ne pouvait reprocher que son ardente fidélité à la Bretagne, constitue un crime odieux et ne peut s’expliquer que par le régime d’anarchie et de totalitarisme qui fût la marque de cette période ».
- Le résistant Fañch Gourvil en 1990 : « L'abbé Perrot était bien connu pour ses attaches avec les "Breiz Atao" qui eux-mêmes.... De là à en conclure, après la seconde arrestation de D., qu'il en portait la responsabilité, il n'y avait pas loin... En réalité, l'abbé, la bonté même, était bien incapable de nuire, même à un ennemi politique. Malheureusement, il avait des familiers, que vous connaissez aussi bien que moi et auquels, fort innocemment, il avait dû rapporter le fait incriminé, lequel fut joint à d'autres concernant (...) le tout fut transmis à Quimper et enregistré, dans l'ordre, par celui qui, dans cette ville, centralisait les renseignements susceptibles d'interesser à quelque titre la Gestapo. La Résistance locale, à Scrignac, fut sans doute mise au courant du passage concernant D. dans cette liste. À la suite de quoi, le pauvre recteur « paya de sa vie » une dénonciation dont il n'était pas l'auteur »
Publications
- Alanik al Louarn. Pe "n'euz den fin n'en deuz e goulz". Pez c'hoari plijadurus rimet e daou Arvest, Brest, Moullerez "Ar c'hourrier", 1905
Bibliographie
- L'Abbé Jean-Marie Perrot du chanoine Henri Poisson, préfacé par le chanoine François Falc'hun. Édition Plihon (1955).
- Qui a tué Yann-Vari Perrot ? de Thierry Guildet. Édition Coop Breizh (1997), ISBN 2-909924-84-X,
- L'Abbé Jean-Marie Perrot, fondateur du Bleun-Brug. Réédition de l'Unvaniezh Koad-Kev (1998)
- Actes du Colloque de l'université de Brest (2001) : " Bretagne et identités régionales pendant la Seconde Guerre mondiale ". partie de Yvon Tranvouez.
- Archives secrètes de Bretagne 1940-1944 par Henri Fréville, éditions Ouest France, 2004
